C'est une décision qui marque un tournant dans l'organisation des rédactions. Selon les informations de "L'Informé", Infopro Digital, premier groupe de presse professionnelle en France, prévoit de supprimer tous les postes de secrétaires de rédaction (SR), soit 19 journalistes au total répartis dans ses 26 publications, parmi lesquelles "LSA", "L'Usine Nouvelle" ou encore "Le Moniteur". L'annonce a été faite lundi lors de deux comités sociaux et économiques (CSE), provoquant "un choc" au sein des équipes. Les tâches jusqu'ici assurées par ces journalistes expérimentés — vérification des informations, relecture, hiérarchisation éditoriale ou encore titraille — seront désormais confiées à une intelligence artificielle développée en interne, baptisée "Digi".
Pour justifier ce choix, la direction, par la voix de sa directrice exécutive Isabelle André, met en avant une réorganisation globale. En parallèle de ces suppressions de postes, cinq fonctions de chefs d'édition doivent être créées, dont trois au sein du Groupe Moniteur et deux dans la branche Gisi. Les salariés concernés pourraient être reclassés sur ces nouveaux postes ou vers d'autres métiers comme maquettistes, iconographes ou rédacteurs spécialisés.
Mais ces annonces peinent à convaincre. Les représentants du personnel dénoncent une décision brutale et contestent sa pertinence, tant sur le plan humain que journalistique. Dans un communiqué commun, les syndicats CFDT, SNJ, FO et Unsa jugent que "ce plan n'est viable ni humainement ni techniquement ni, surtout, journalistiquement", estimant qu'il s'agit d'"une insulte à l'intelligence des lectrices et des lecteurs".
Ils pointent également une dégradation des conditions de production et regrettent l'absence de réflexion sur les enjeux déontologiques liés à l'usage de l'intelligence artificielle. "Les questions de déontologie et d'éthique journalistiques n'ont été abordées à aucun moment", déplorent-ils, rappelant que la direction refuse depuis plusieurs années d'ouvrir des négociations sur une charte encadrant l'usage de ces technologies.
En interne, certains élus s'interrogent aussi sur la logique économique du groupe, évoquant une rentabilité élevée — avec une marge selon eux de 27 % et plus de 38 millions d'euros — malgré laquelle les coûts continuent d'être réduits. "Ils se foutent de nous" lance l'un d'entre eux. Une assemblée générale des salariés est prévue, tandis qu'une expertise pourrait être sollicitée dans le cadre de la procédure. Dans le détail, onze postes sont supprimés au sein du Groupe Moniteur et huit chez Gisi. Une période d'information-consultation de deux mois s'ouvre désormais, avec des départs envisagés à l'horizon d'octobre.
Au-delà du cas d'Infopro Digital, cette décision s'inscrit dans un contexte plus large d'irruption de l'intelligence artificielle dans les rédactions. Selon "Challenges", au sein de "l'Équipe", la présentation récente d'outils capables de générer des contenus journalistiques a suscité de vives inquiétudes. Testés dès le mois de juin, ces dispositifs pourraient, à terme, produire des comptes rendus automatisés d'événements sportifs, y compris en pleine nuit. Une perspective qui alimente les tensions autour du plan de transition numérique du quotidien.

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