Un choix éditorial qui va longtemps être reproché à France 2. Dimanche 18 octobre, alors que la France se remettait tout juste des manifestations de la veille contre la vie chère et les difficultés lycéennes, ainsi que des violences urbaines survenues en marge de ces mouvements, Laurent Delahousse proposait à la fin de son "20 Heures" un long sujet d'une dizaine de minutes. Un long format proposé à 20h30, à la place d'une interview enregistrée avec la chanteuse Angèle un peu plus tôt mais jugée trop en décalage avec l'actualité, qui avait plongé les téléspectateurs au cœur des violences perpétrées en marge des manifestations, sans beaucoup de contexte.
"Comme nous le faisons régulièrement dans la partie magazine du journal, après 20h40, nous avons proposé un reportage long format avec une écriture différente. Nous aurions dû être plus clairs, en contextualisant davantage", avait dans un premier temps reconnu Philippe Corbé, le patron de l'information de France Télévisions, interpellé par le médiateur du groupe public. Un peu plus tard, c'est Valéry Lerouge, président de la Société des Journalistes de France Télévisions, qui s'était ému de la diffusion de ce sujet inapproprié dans les colonnes de "Télérama". "C’est le dérapage, total et non contrôlé, avec cette séquence qui est un ovni. Une analyse que nous partageons à peu près tous, rédacteurs, chefs de service et même certains rédacteurs en chef. On est tous unanimement heurtés par cette séquence", avait expliqué le journaliste avec franchise.
Trois jours après la diffusion de ce sujet, c'est au tour du Syndicat National des Journalistes de France Télévisions de prendre la parole. "Nous n'étions pas d'accord. Ce qui a été diffusé ce week-end dans les journaux télévisés de France 2 ne reflète pas le choix de toute la rédaction. Le message porté aujourd'hui en assemblée générale est sans équivoque", débute l'organisation syndicale dans un communiqué. "C'est désespérant, la fascination pour la violence des images, leur caractère inédit, ce qui peut faire du buzz sur les réseaux sociaux, l'emportent sur le cœur de notre mission : le droit du public à une information de qualité, complète, libre, indépendante et pluraliste", poursuit le SNJ du groupe public. Le sentiment est largement partagé : nous avons renoncé à donner des clefs pour comprendre la complexité du monde. Le week-end dernier est l'apothéose de ce naufrage éditorial, reconnu par la direction elle-même, noyée sous les réactions de notre public sidéré, qui réclame le retour d'un vrai service public et non un nouveau canal pour attiser la haine et la peur dans notre pays."
Alors qu'il revendique pour traiter la situation "un débat éditorial interne à la hauteur de cet enjeu", le SNJ de France Télévisions, incluant "la majorité des journalistes de France 2, "réclame aujourd'hui "un retour à la raison". "Nous voyons aujourd'hui toutes les limites et les vices d'un fonctionnement en vase clos qui exclut la grande majorité des journalistes (considérés comme des exécutants) de l'essentiel des discussions éditoriales. Il faut en finir avec la confiscation du 'journal de la rédaction' par un tout petit nombre de hiérarques tout-puissants", conclut le communiqué.
