Coup de théâtre. Le CNC (Centre national du cinéma et de l'image animée) a annoncé mercredi 8 avril suspendre "jusqu'à nouvel ordre" les travaux de la commission chargée du Fonds d'aide à la création sur les plateformes sociales. Créé en 2017 sous le nom de CNC Talent, ce dispositif permettait de soutenir financièrement des projets de vidéos destinées à être diffusées sur YouTube ou sur les réseaux sociaux.
Dans un communiqué, son président Gaëtan Bruel a justifié cette décision par la polémique qui s'est amplifiée ces dernières semaines autour de certains projets soutenus par le fonds. Selon lui, la situation a atteint "un niveau d'agressivité inédit, y compris sous la forme de menaces à l'encontre des membres de cette commission et d'agents du CNC. "Dans ce contexte", ajoute-t-il, "la commission n'est plus en mesure de délibérer sereinement sur les projets qui lui ont été soumis".
À l'origine de la crise, une séquence diffusée fin mars sur la plateforme Twitch par la streameuse Ultia, récemment nommée membre de la commission sans avoir encore participé à ses travaux. Lors d'un direct, la créatrice avait expliqué qu'elle refuserait de soutenir des projets "proposés délibérément par quelqu'un d'extrême droite", tout en reconnaissant qu'elle pourrait encourager ceux portés par des créateurs qu'elle apprécie.
L'extrait, largement relayé sur le réseau social X, notamment par des comptes proches de l'extrême droite, a rapidement enflammé les débats. Certains responsables politiques ont accusé le fonds de fonctionner selon des logiques partisanes. L'eurodéputé François-Xavier Bellamy a ainsi dénoncé un "détournement de subsides entre militants de gauche", citant plusieurs chaînes ayant bénéficié de subventions.
Face aux critiques, le CNC a rapidement réagi en mettant fin aux fonctions d'Ultia au sein de la commission. "Ces propos contreviennent manifestement à l'obligation de neutralité, d'indépendance et d'impartialité qui s'impose à tous les membres des commissions appelées à formuler un avis sur l'attribution des soutiens financiers du CNC, obligation notamment rappelée dans le règlement intérieur de cette commission" a écrit l'organisme sur X.
Dans un nouveau live, la streameuse avait défendu ses propos affirmant qu'"un jury ne peut pas être objectif. C'est impossible ! Donc c'est pour ça qu'on constitue un jury de dizaines de personnes, qui ont des profils différents". "J'ai même pas pu parler au CNC, ils ont pris cette décision sans m'en parler en amont. À aucun moment ils m'ont parlé de ce droit de réserve (...) Je pense que au pire mes propos étaient maladroits". Elle a notamment ironisé : "probablement que je n'aurais pas dû dire extrême droite (… )J'aurais dû dire si c'est quelqu'un de raciste, de sexiste, de misogyne... Peut-être que j'ai fait l'amalgame".
Victime d'une vague de haine après sa participation au Zevent en 2021, la streameuse a également affirmé être la cible d'une nouvelle vague de cyberharcèlement après la polémique. Plusieurs observateurs ont dénoncé une décision prise sous la pression de campagnes menées en ligne et basée sur un extrait jugé partiel de la séquence.
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