"Laurent Nuñez sera l’invité de CNews et d’Europe 1 demain matin. Il leur répondra en direct sur nos antennes". Laurence Ferrari avait annoncé la couleur, le mardi 15 septembre, en annonçant la venue du ministre de l'Intérieur sur le plateau de sa "Grande Interview" pour répondre aux revendications des policiers mobilisés pour de meilleures conditions de travail et une hausse des salaires. Le membre du gouvernement était ainsi prêt à s'exprimer sur une chaîne, qu'il avait pourtant menacé de "poursuites pénales" quelques jours auparavant, en cas de retour de Xenia Fedorova devant les caméras. C'est lui-même qui avait signé, en juillet, l’arrêté d’expulsion de la collaboratrice russe pro-Kremlin salariée des médias de Vincent Bolloré.
Or, dès 8h10, mercredi, c'est le président de Debout la France, Nicolas Dupont-Aignan qui siégeait face à la présentatrice vedette de la chaîne d'info et répondait à ses questions. Pourquoi un tel revirement ? "Le Monde" révèle dans ses colonnes que "le premier flic de France" a tout simplement été désinvité à la dernière minute, de l'initiative même du grand patron du groupe Canal+. "La Place Beauvau a été prévenue quelques heures plus tôt et Laurent Nuñez 'déprogrammé' par le groupe Bolloré", écrivent nos confrères. Ni Laurence Ferrari, ni Serge Nedjar, directeur général et directeur de la rédaction de CNews, n’ont souhaité répondre aux sollicitations du quotidien.
Auditionné par la commission d'enquête sur l'audiovisuel public en mars dernier, Vincent Bolloré avait pourtant assuré ne pas intervenir sur le contenu de ses médias et ne dicter aucune ligne directrice à ses collaborateurs. "Je ne peux pas être tenu pour responsable de tout ce qu'il y a sur nos chaînes", avait répondu le milliardaire breton à une question sur des propos controversés de Pascal Praud. Le chef d'orchestre de "L'heure des pros" n'est d'ailleurs jamais le dernier à déplorer qu'Emmanuel Macron et certains de ses ministres snobent son plateau.
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Alors que CNews avait annoncé le retour prochain de sa chroniqueuse, visée par un arrêté d'expulsion du territoire français, Laurent Nuñez avait alerté l'Arcom sur les conséquences juridiques d'une nouvelle apparition à l'antenne. Dans un courrier adressé mercredi 9 septembre à Martin Ajdari, président du régulateur de l'audiovisuel, le ministre de l'Intérieur estimait que la chaîne pourrait s'exposer à des "poursuites pénales". Révélé par "Le Monde" et consulté par l'AFP, ce signalement revient sur la décision prise fin juillet à l'encontre de Xenia Fedorova, qui vit désormais à l'étranger. Le locataire de la place Beauvau lui reproche notamment d'avoir, "en manipulant l'information et le débat public", porté atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation et participé à des actes d'ingérence "au bénéfice de la Fédération de Russie".