Le bras de fer se poursuit autour de Xenia Fedorova. Alors que CNews a annoncé le retour prochain de sa chroniqueuse, visée par un arrêté d'expulsion du territoire français, le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a alerté l'Arcom sur les conséquences juridiques d'une nouvelle apparition à l'antenne. Dans un courrier adressé mercredi 9 septembre à Martin Ajdari, président de l'autorité de régulation, il estime que la chaîne pourrait s'exposer à des "poursuites pénales". Révélé par "Le Monde" et consulté par l'AFP, ce signalement revient sur la décision prise fin juillet à l'encontre de Xenia Fedorova, de son vrai nom Ksenia Borchik. Le ministère de l'Intérieur lui reproche notamment d'avoir, "en manipulant l'information et le débat public", porté atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation et participé à des actes d'ingérence "au bénéfice de la Fédération de Russie".
Pour Laurent Nuñez, l'interdiction de revenir sur le territoire français ne vise pas uniquement sa présence physique. Le ministre considère qu'une intervention sur CNews depuis l'étranger pourrait permettre à la chroniqueuse de continuer à disposer des moyens de la chaîne, notamment d'un créneau sur une fréquence hertzienne et de moyens techniques de production. Il souligne que cette situation pourrait constituer un "contournement" des mesures prises par l'Etat français et faciliter les faits d'ingérence qui lui sont reprochés.
Le ministre rappelle également que ses avoirs et ressources économiques ont fait l'objet d'un gel le 30 juillet. Selon lui, le retour de Xenia Fedorova à l'antenne serait donc susceptible de recevoir "plusieurs qualifications pénales". Il précise toutefois que son courrier à l'Arcom intervient "sans préjudice des poursuites pénales qui pourront être engagées".
Malgré son expulsion, CNews avait ouvert la porte à un retour de la chroniqueuse. Le 2 septembre, Gauthier Le Bret avait ainsi annoncé en direct qu'elle pourrait prochainement intervenir dans "L'Heure Inter", émission diffusée deux fois par semaine. Selon le présentateur, les services juridiques de Canal+ estimaient que la décision d'expulsion ne l'empêchait pas de participer à distance, notamment en visioconférence.
Xenia Fedorova a, depuis, donné une interview au média "Omerta", dans laquelle elle a notamment affirmé être passée par la Suisse. L'entretien a ensuite été rediffusé sur CNews le 9 septembre.
L'Arcom connaît déjà le dossier. L'autorité avait été saisie à plusieurs reprises au sujet de déclarations de la chroniqueuse, notamment pour des propos considérés comme trompeurs ou manquant de rigueur. La nouvelle intervention de Laurent Nuñez place désormais le régulateur au cœur du bras de fer entre le gouvernement et la chaîne du groupe Canal+.