Cet arrêté ministériel d'expulsion sonne sûrement comme la fin de l'aventure française de Xenia Fedorova. L’ancienne directrice de Russia Today France et désormais visage de CNews est visée par cette mesure, a indiqué mercredi à l'AFP le ministère de l'Intérieur, confirmant une information de "Libération". "Son comportement porte atteinte aux intérêts fondamentaux de l’Etat", et sa présence sur le territoire "constitue pour ce motif une menace particulièrement grave et actuelle pour l’ordre public", peut-on lire dans le document. Elle est accusée de relayer la propagande pro-russe dans les médias qui lui font confiance, ceux sous le giron de Vincent Bolloré. "En déployant ses narratifs", la polémiste "s'inscrit comme un relais des campagnes de désinformation pilotées par les autorités russes" dans le but "de déstabiliser l'ordre public" en France, est-il ajouté. Interrogé par "Le Monde", l’entourage de Laurent Nuñez précise : "C’est une décision souveraine qui lui retire de facto le titre de séjour et lui interdit de travailler".
Peu après 15 heures ce mercredi, l'avocat de Xenia Fedorova a indiqué auprès de l'AFP qu'elle allait "immédiatement former un recours" contre son arrêté d'expulsion. "Xenia Fedorova est une journaliste. Cette décision est une atteinte grave à la liberté d'expression d'une journaliste qui a toujours exercé son activité de manière la plus convenable qu'il soit", a affirmé Me Emmanuel Piwnica.
Éditorialistes comme responsables politiques avaient pointé du doigt ces derniers mois l'influence grandissante de la propagandiste russe au sein de la chaîne du groupe Canal+. "Xenia Fedorova n'est pas une voix parmi d'autre sur CNews : elle est 'la' voix de Moscou qui domine toutes les autres, ce qui la rend bien plus puissante qu'à l'époque où elle dirigeait RT", l'avait égratigné Patrick Cohen dans l'un de ses billets sur France Inter. Le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot avait déjà qualifié sur la même station la chroniqueuse de "propagandiste patentée, qui sert de relais à la désinformation du Kremlin", après que "Le Monde" a publié une enquête fouillée sur la trajectoire étonnante de "la protégée du milliardaire breton".
Face à ces attaques multipliées, son employeur était monté au front pour défendre la chroniqueuse dans une tribune intitulée "Défendre la liberté d’expression, surtout lorsqu’elle dérange" et publiée dans le "JDD". Dans ce texte, Arnaud Lagardère et Gérald-Brice Viret prenaient le contre-pied des détracteurs en soutenant que Xenia Fedorova, dont la voix, "rare et précieuse", "contribue depuis près de dix ans à la diversité du paysage audiovisuel français". Les deux dirigeants appuyaient de concert que celle qu'ils considèrent comme "journaliste" dans leur groupe "apporte sur le conflit russo-ukrainien un éclairage que l’on n’entend pas ailleurs".
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Elle est loin de faire l'unanimité puisque régulièrement, des téléspectateurs saisissent l'Arcom afin que le régulateur tranche au sujet des récentes positions partagées par celle qui est chargée de commenter l'actualité géopolitique sur le canal 14 de la TNT. Mais là, encore et contre l'avis de tous, les auteurs de cette tribune plaidaient la liberté d'expression. "Nous n’approuvons pas forcément chacune de ses positions. En revanche, nous nous opposons à sa délégitimation systématique. Nous lui apportons notre soutien, comme nous le ferions pour tout journaliste visé en raison de son origine, de son parcours ou de ses idées", estiment-ils.