Initialement convoqué par la Commission d'enquête sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public à l'Assemblée nationale pour évoquer son rôle d'actionnaire au sein de Banijay, société de production derrière de nombreux programmés diffusés par France Télévisions, Vincent Bolloré a vite été questionné sur d'autres sujets ce mardi 24 mars.
L'homme d'affaires, à la tête d'un empire médiatique qui comprend Canal+, Europe 1 ou encore "Le JDD", avait donné le ton en tout début d'audition : "Je ne vais pas pouvoir vous dire grand-chose sur Banijay car je ne connais rien et accessoirement je ne regarde pas beaucoup la télévision". Après quelques questions sur sa vision du service public, dont il a pointé du doigt la mauvaise gestion financière, Vincent Bolloré a été interrogé sur les médias qu'il dirige ou a dirigé. La fin de C8 mais aussi la ligne éditoriale de CNews ont été abordées par les membres de la commission.
Vincent Bolloré, qui n'a eu de cesse d'évoquer sa chrétienté et son rapport à la religion a notamment été interpellé par Ayda Hadizadeh, députée socialiste du Val-d'Oise. "Vous avez insisté sur des valeurs, que je partage, notamment celle de l’empathie, alors je m’étonne d’une chose : sur vos médias, la dimension d’empathie est un peu absente. Vous semblez dire qu’on en veut à vos chaînes, mais ces milliers de gens qui écrivent à l’Arcom, ils le font parce qu’ils sont heurtés par des propos non seulement dénués de toute empathie mais qui tombent sous le coup de la loi", a-t-elle commencé avant de prendre un exemple concret.
"Quand Mr Praud déclare le 29 septembre 2023 au sujet de la recrudescence des punaises de lit, qui était d'ailleurs une intox russe, 'Il y a beaucoup d’immigration en ce moment, est-ce que ce sont les personnes qui n'ont pas les mêmes conditions d’hygiène que ceux qui sont sur le sol de France qui les rapporte ?', c'est une question pleine d’insinuation, on sait ce que ça veut dire", a-t-elle poursuivi avant de pointer une contradiction et de citer la Bible : "'Quand un immigré viendra s’installer chez vous vous le traiterez comme l’un de vous. Tu l'aimeras comme toi-même car vous-même avez été des immigrés dans le pays d'Égypte'. Sauf que dans vos antennes, vous faites un parallèle systématique entre immigration, insécurité et islam".
L'Arcom avait d'ailleurs rappelé à l'ordre CNews après cette séquence de l'émission "L'heure des pros". L'instance avait considéré que celle-ci était "susceptible d'encourager des comportements discriminatoires", dans un avis rendu public ce lundi 11 mars 2024. Le régulateur a également souligné que cette séquence n'était pas en accord avec la convention de la chaîne de Vincent Bolloré, qui prévoit que CNews doit veiller "à ne pas encourager des comportements discriminatoires en raison de la race, ou de l'origine (...) ou de la nationalité".
Devant la Commission d'enquête, Vincent Bolloré a répondu : "Je ne peux pas être tenu pour responsable de tout ce qu’il y a sur nos chaînes. (...) Après vous allez me dire 'vous êtes CGT' parce que le numéro 2 de Sophie Binet travaille dans un de nos groupes ? Je ne peux pas être tenu pour responsable de ce que vous pouvez trouver sur les punaises de lit", a-t-il martelé, avant de conclure : "Ce que je peux vous dire, c'est qu'en ce qui me concerne, j'accueille évidemment tous les immigrés, j'ai beaucoup d'amis musulmans avec qui nous prions car nous partageons ensemble le fait de croire en un Dieu".
Durant son audition, le cas de Jean-Marc Morandini a également été évoqué. Condamné pour corruption de mineurs, l'animateur de CNews et d'Europe 1 avait été maintenu à l'antenne par sa direction, avant de démissionner sous la pression médiatique et celle de ses collègues. Le milliardaire breton a assuré que l'affaire avait été bien gérée par les dirigeants de la chaîne d'info. "Évidemment, je condamne tous les faits délictueux. J'ai 4 enfants, 9 petits-enfants… Ce sont des sujets insupportables", a d'abord convenu Vincent Bolloré. "Dans ces moments-là, il y a deux forces qui s'affrontent : d'abord la justice, elle est passée. Deux ans de prison avec sursis. Sursis, ça veut dire deuxième chance", a ensuite estimé l'actionnaire de référence de CNews. Pour ce catholique revendiqué, l'heure est au pardon, la deuxième "vertu" après la justice : "Je suis chrétien, je récite tous les jours le Notre Père dans lequel je dis 'Notre Père qui êtes aux cieux, pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons les offenses', alors je pardonne".
L'entrepreneur a également eu un mot amical pour ceux qui ont dû répondre à ce dossier encombrant. "Les dirigeants de CNews ont pris les bonnes décisions. Ils ont d'abord laissé M. Morandini regretter amèrement par écrit ce qu'il avait fait. Et ensuite, il a démissionné. Donc je pense que malheureusement, la justice est passée, et maintenant miséricorde doit passer", a-t-il déclaré. Vincent Bolloré a ainsi balayé les accusations tacites qui lui reprochaient de ne pas avoir licencié son ami de longue date. "Moi, je n’ai jamais fait partie et je ne ferai jamais partie de ceux qui hurlent avec les loups, sur tout problème. Donc sur des histoires dramatiques. Mais dans toute structure humaine, vous avez ce genre d’histoire. Et donc il faut justice, et miséricorde", a-t-il conclu.

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