Patrick Cohen a évoqué le cas de Vincent Bolloré dans son édito politique.© France Inter
La bombe à fragmentations lancée par Vincent Bolloré ne cesse de rebondir. Ce lundi matin, c'est Patrick Cohen qui s'en est emparé dans son édito matinal pour tancer l'homme d'affaires, coupable d'être à la manoeuvre du licenciement d'Olivier Nora, le PDG de Grasset quelques jours plus tôt. La veille, le milliardaire breton avait répondu dans le "JDD" à la crise qui couve dans la maison d'édition, s'en prenant notamment au milieu littéraire. L'actionnaire s'étonnait du "vacarme" suscité par le départ de l'ancien directeur, en dénonçant "une petite caste qui se croit au-dessus de tout et de tous et qui se coopte et se soutient". Il rappelait également n'avoir "aucune fonction chez Hachette", auquel appartient l'éditeur de Frédéric Beigbeder, Gaël Faye ou encore Bernard-Henry Lévy. Cette affirmation n'a pas échappé au journaliste politique, lequel a démarré son billet d'humeur avec ironie.
"Mais qui est ce Monsieur ? Un lecteur naïf ou très mal informé du JDD eut été en droit de se demander qui est ce Vincent Bolloré qui déboule en page 6 de son journal sans titre ni fonction", fait-il mine de s'interroger, avant d'apporter lui-même la réponse au vu de la couverture XXL dressée au patron du journal. "Mais, comme sa photo géante, façon Staline à la Une de "L'humanité", occupe deux tiers des pages, soit le double de la grande disparue du jour, l'actrice Nathalie Baye, reléguée page 39, le lecteur devine qu'il s'agit que l'homme qui s'impose est ici chez lui, dans son empire. Que le taulier n'aime pas qu'on lui résiste et que ses obligés feraient bien de le rester. Qui paie les musiciens choisit la musique", tacle Patrick Cohen, estimant cette tribune comme une "réplique méprisante et vénéneuse à celui dont il a eu la peau".
"Vincent est tout puissant. C'était d'ailleurs le titre du premier livre-enquête qui lui a été consacré il y a huit ans chez J.T Lattès, qui huit ans après comme Grasset, fait partie de l'empire Bolloré et ne pourrait plus publier un tel affront", a continué celui qui opère également dans "C à vous".
Acte d'autorité ou geste politique, Patrick Cohen n'a pas tranché : "Ce sont les deux, puisque Vincent Bolloré fait la guerre, même s'il se cache derrière des arguments économiques peu convaincantes attribués à l'ex-patron de Grasset. Il a alors démonté une par une les justifications avancées par le patron conservateur, "des performances décevantes quand la décision de le virer menaçait de faire couler la boîte" à "expliquer que ces départs allaient faire venir du sang neuf alors que Boualem Sansal a justement choisi Grasset pour le catalogue et le prestige de cette maison". L'éditorialiste a rappelé que l'entrepreneur n'en était pas à son premier coup d'essai. "Vincent Bolloré avait usé de la même méthode il y a 10 ans à Canal+ en balançant les salaires des auteurs des 'Guignols' au moment de leur couper la tête. Le plus vorace des prédateurs, le plus violent des démolisseurs est aussi le plus prévisible", a-t-il
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Pour le matinalier de France Inter, cette nouvelle décision contestée s'apparente à "une leçon de choses pour le monde des médias et de la culture". Car, il juge que "Vincent Bolloré n'a pas de limites, il n'y a aucune inhibition chez lui. La bataille idéologique prime toujours sur la rationalité économique. Les salariés de Canal+, puis d'Europe 1 et du 'JDD', puis les auteurs Fayard avant ceux de Grasset ont tous espéré, pour une raison ou une autre, échappé au laminoir. Ils se sont crus protégés à tort, comme aujourd'hui le milieu du cinéma, toujours mutique de peur de se voir priver de financement". Cette peur irrigue également le milieu politique puisque "la moindre critique contre le système Bolloré peut vous valoir des heures de dénigrement sur les antennes du groupe", assure le journaliste, prenant pour exemple les deux cent auteurs démissionnaires de Grasset "caricaturés dans 'Le JDD' de façon infamante dans un papier digne de l'action française" (un mouvement politique français d'extrême droite nationaliste et royaliste de la 3e République, ndlr). La conclusion d'un billet bien acide.
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