Carton jaune. Dans une décision rendue publique ce jeudi, l’Arcom a mis en demeure Radio France de respecter ses obligations en matière de pluralisme politique. Le régulateur estime que les représentants du Rassemblement national ont été insuffisamment présents dans les programmes diffusés en journée sur France Inter et Franceinfo entre le 1er janvier et le 31 mars 2026.
Une décision qui a immédiatement fait réagir Marine Le Pen. "Ce comportement n’est plus supportable !", a dénoncé la présidente du groupe RN à l’Assemblée nationale sur le réseau social X en relayant le communiqué de l’Arcom. La réponse de Jean-Rémi Baudot, chef du service politique de Franceinfo, ne s’est pas faite attendre : "Madame, nous vous proposons très régulièrement d’intervenir sur FranceInfo. Vous avez choisi de ne pas venir au "8.30" depuis le 30/05/24. Jordan Bardella n’a pas accepté nos invitations au 8.30 depuis le 12/02/24. Plus de deux ans… Ces invitations tiennent toujours", a-t-il écrit.
Selon Franceinfo, la chaîne sollicite en effet régulièrement Marine Le Pen et Jordan Bardella pour participer à l’interview politique matinale de 8h30, mais les deux principales figures du RN déclinent systématiquement ces invitations.
Dans sa décision, l’Arcom explique avoir analysé les temps de parole des personnalités politiques diffusés sur France Inter et Franceinfo au cours du premier trimestre 2026. Si les représentants du RN ont bien bénéficié de temps d’antenne, une part importante de leurs interventions a été diffusée durant la nuit. "Près de 60 % du temps de parole accordé aux représentants du RN sur France Inter a ainsi été diffusé entre minuit et 5h59", souligne l’autorité. Sur franceinfo, cette proportion dépasse les 70 %. À l’inverse, le parti est jugé insuffisamment représenté dans les programmes diffusés entre 6 heures et 23h59, les créneaux les plus exposés auprès du public. Pour l’Arcom, cette situation ne respecte pas les exigences de pluralisme fixées par la loi.
De son côté, Radio France rejette l’idée de choix éditorial. "Cette situation est conjoncturelle, c’est une erreur technique que l’on corrige. C'est non intentionnel", a indiqué le groupe dans un communiqué. "On a déployé un nouvel outil de pilotage de nos temps de parole en janvier, cet outil très complexe porte sur toutes nos antennes et le distinguo jour/nuit n'était pas encore possible. On n'a donc pas été alertés en temps réel pour rééquilibrer. Une mise à jour est faite et on va désormais avoir cette visibilité pour éviter que ça ne se reproduise."
La décision de l’Arcom a également été saluée par Jordan Bardella. "Censé faire preuve de pluralisme politique et d’impartialité, le service public de l’audiovisuel a donc sciemment mis à l’écart le premier parti de France et ses millions d’électeurs : sommes-nous encore dans une démocratie fonctionnelle ?", a écrit le président du parti d’extrême droite sur X. Même ton chez le porte-parole du RN, Laurent Jacobelli, qui a dénoncé un audiovisuel public selon lui "infiltré par la gauche". Évoquant les conclusions de l’Arcom, il a affirmé que "le premier parti de France et ses 13 millions d’électeurs avaient moins de 10 % du temps d’antenne sur le service public de radio" avant de défendre une solution radicale : "La privatisation."

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