Le 30 août 2010, il présentait son premier "19.45" sur M6. Ce lundi 25 août, Xavier de Moulins entamera sa 15e saison à la tête du rendez-vous d'information du soir de la Six. Un JT qui est au fil du temps entré dans le quotidien des Français, rassemblant la saison dernière une moyenne de 2,2 millions de téléspectateurs soit 12% du public et 19% des 25-49 ans. Pour Puremédias, le titulaire du poste revient sur 15 années riches en actualités et en émotions, sur le lien qu'il est fier d'avoir créé avec ses téléspectateurs, mais aussi sur ses projets pour les prochains mois, sans oublier le mercato agité de sa chaîne.
Propos recueillis par Léa Stassinet
Puremédias : Vous fêtez vos 15 ans à la tête du "19.45", le rendez-vous d'information du soir de M6. Rêviez-vous d'une telle longévité quand la chaîne vous a proposé le poste à l'été 2010 ?
Xavier de Moulins : En fait, je ne rêvais de rien du tout. J'étais déjà très surpris qu'on me propose ce type de poste et heureux d'être là. C'est vrai que si on m'avait dit : "Tu vas signer pour 15 ans", je ne sais pas comment j'aurais réagi. Mais quand je me retourne et que je me dis que ça fait 15 ans, ça fait quelque chose quand même. C'est passé tellement vite. Et c'est une des magies de ce métier, c'est qu'on ne voit pas le temps passer.
Vous n'éprouvez donc aucun sentiment de lassitude ?
Comment avoir de la lassitude quand on est aux premières loges de tout ce qu'il se passe ? Et en 15 ans, il s'en est passé des choses. C'est à la fois un marathon et ça va très vite comme un sprint. Et puis on se réveille un matin et ça fait 15 ans. Je n'ai rien compris (rires). C'est aussi ce qui fait le sel de notre métier car c'est très répétitif, le cadre d'un JT, c'est toujours le même tous les soirs. Et pourtant il se passe des milliards de choses jusqu'au bout, jusqu'au dernier moment ça change. On l'a encore vu avec les feux il y a deux jours (l'interview a été réalisée juste après les incendies à Marseille, fin juillet, ndlr). Vous partez sur un feu, il y en a un autre qui se déclenche. Ça modifie totalement votre rapport au temps. Moi, il n'est plus du tout le même. C'est-à-dire que demain, ça me paraît dans 1.000 ans et hier, ça me paraît il y a 1.000 ans. C'est un métier qui vous ancre dans le présent et qui vous donne aussi une culture du passé.
Vous traitez tous les jours cette actualité parfois très anxiogène. Comment fait-on pour encaisser pendant 15 ans et prendre le recul nécessaire lorsqu'on rentre chez soi ? Vous arrivez à passer à autre chose tout de suite ?
Ce n'est pas qu'il faut laisser ça à la porte de chez soi, parce qu'en tant que journaliste, on est toujours journaliste, on ne s'arrête pas en sortant de M6. C'est juste qu'il faut avoir, je pense, un univers personnel fort et un équilibre émotionnel fort à côté pour ne pas se laisser complètement manger par tout ce qu'il se passe. Parce que, nécessairement, quand vous passez 9 heures par jour à vous injecter du poison directement assimilé dans les veines, ça peut être toxique. Donc, l'univers fort chez moi, ça passe par un système de cercles avec un cercle qui est la littérature, l'écriture de romans (il en a écrit 12, ndlr) et puis ma passion pour les cheveux de course. Et j'ai la chance sur M6 de pouvoir exercer ma passion puisque je commente quatre grands prix en plus du JT. Et puis, j'ai "Au cœur de la création" sur RTL. Ce podcast-là, il m'a fait beaucoup de bien aussi. Pouvoir me poser une heure avec une personne que j'ai choisie pour parler création et échanger sur un autre mode que celui de l'actualité choquante, brûlante, violente et indisciplinée, ça me recharge. Et puis dans le "19.45", on essaie aussi de parler de choses positives, de mettre en avant des initiatives, des actions pour montrer que tout n'est pas complètement pourri dans ce monde.
Est-ce qu'en 15 ans, vous avez l'impression d'avoir évolué dans l'écriture de votre journal, dans la présentation, dans sa conception ?
Énormément. J'ai l'impression d'avoir grandi aussi, d'avoir mûri. Comme la rédaction d'ailleurs, parce que pour certains, on bosse ensemble depuis 15 ans, donc on a appris à se connaître. Travailler avec une rédaction, c'était quelque chose d'assez nouveau pour moi. Avant j'étais dans différentes rédactions, mais j'étais un doux solitaire (rires). Donc là, il a fallu s'ancrer dans un collectif, une famille professionnelle. Et ce JT, il a grandi avec nous aussi. On l'a fait évoluer, on a appris de nos erreurs, de nos succès aussi.
Justement comment faire pour se renouveler dans cet exercice du journal télévisé, qui est comme vous l'avez dit très codifié ?
En ayant toujours l'humilité et la capacité de se remettre en question. Par exemple, il n'y a pas si longtemps que ça, j'ai retravaillé certaines choses. Ça va du débit de paroles, à l'écriture, à la manière d'appréhender un conducteur, de construire un JT. Et puis l'expérience donne de meilleurs réflexes au fil des années. Vous affinez vos réactions dans certains événements qui hélas se reproduisent. On se dit, "tiens, souviens-toi comment ça s'était passé, là on va faire différemment".
Y aura-t-il des nouveautés cette saison au "19.45" ?
Il y a toujours des nouveautés. En 15 ans, le journal a évolué, le plateau a évolué 5-6 fois. Tous les 2 ans et demi, on rafraîchit car il y a un moment, un JT ça vieillit aussi. Donc il faut toujours garder à l'esprit deux choses : à la fois gérer les affaires courantes et garder un bout de cerveau pour essayer de voir comment on peut le faire évoluer. Après, il y a eu des évolutions qui ont été faites déjà à la marge. La technologie Unreal Engine, mise en place progressivement, permet d'être encore plus en immersion. On a aussi intégré de nouvelles rubriques, certaines vont rester, d'autres partir. On réfléchit beaucoup à repenser le format de la rubrique santé également.
Le "20 Heures" de France 2 dure désormais 1h, TF1 l'a rallongé aussi cet été. Est-ce que ça pourrait être le cas aussi du "19.45" ?
On l'a déjà fait cette année, on est passé à 34 minutes puis à 40 aujourd'hui. On était parti de 24 au départ donc on a quasi doublé. Donc là, il y a une sorte de course qui s'est mise en place avec la concurrence mais nous on ne court après personne. La durée, ça fait partie des évolutions qu'on a faites sans dire "Regardez, on a changé ça".
Durant ces 15 années, y a-t-il un journal qui vous a profondément marqué, ou un invité reçu dont vous vous souvenez particulièrement ?
Évidemment les attentats. L'assassinat d'Hervé Gourdel, Mohammed Merah, "Charlie Hebdo", novembre 2015, Nice... Ça a été un moment de basculement et de cohésion aussi dans la rédaction. On s'est tous regardés, à la fois effarés par ce qu'il se passe car ça se passe en temps réel et il faut assurer. Ce genre d'événement-là, ça soude une rédaction et ça laisse des traces aussi. Là on ne compte pas les heures, on y va, et on sait pourquoi on fait ce métier. Et puis il y a une part de responsabilité énorme, la marche après Charlie, c'était un truc de dingue. On a vécu quand même des moments en direct, comme pendant la traque des frères Kouachi : on est devant nos écrans et on ne sait pas ce qu'on va raconter dans le quart d'heure qui suit. Le Covid, évidemment, quand on s'est retrouvé à peine à 12 dans un immeuble de M6 qui emploie 1.800 collaborateurs, à faire des JT sans se voir, sans se toucher... Il n'y avait personne dans Paris, c'était la fin du monde. Moi, je n'ai pas du tout vécu des choses comme ceux qui me parlent de leur confinement et de cette époque-là. On s'est surpassé pendant cette période, on a été chercher des ressources à l'intérieur de nous qui faisaient que, quoi qu'il arrivait, il fallait qu'on fasse notre journal. Et enfin, ce qui m'a énormément marqué aussi, c'est d'avoir annoncé la mort de Ben Laden à la télévision. Je m'en souviendrai toute ma vie.
Concernant les invités que vous recevez, les politiques ont plutôt le réflexe d'aller faire des annonces sur les "20 Heures" de TF1 et France 2. Est-ce une source de frustration pour vous ?
Déjà, on a reçu à peu près tout le monde lors des grands moments de campagnes électorales et même au moment de la dissolution de l'Assemblée nationale. On n'a pas la même approche que les autres JT sur cette question-là. Moi j'adore ça la politique, je regarde tous les débats, les interviews des uns et des autres... Aujourd'hui, la parole politique a quand même énormément évolué aussi donc la question c'est : qu'est-ce qu'on en fait ? Est-ce que c'est mieux d'expliquer la loi Duplomb ou est-ce que c'est mieux de recevoir l'un des défenseurs ou l'un des opposants ? C'est des débats et des questions que l'on a régulièrement. Après, c'est sûr, on en fait moins que les autres. Est-ce que ça me frustre ? Oui, souvent, parce que j'adore ça et que j'aime bien la confrontation. Mais c'est personnel et une fois de plus, moi, j'incarne le journal d'une rédaction. Donc il y a des choix qui sont faits et je fais avec.
Sentez-vous une volonté d'aller plus sur le terrain politique de la part de M6 avec les prochaines échéances ?
Oui, je pense qu'on va y aller de plus en plus. Mais si on me demandait demain de présenter une soirée électorale avec Anne-Sophie Lapix par exemple, je dirais oui, volontiers (rires).
Justement, Anne-Sophie Lapix qui arrive sur M6 pour un entretien hebdomadaire animera également des soirées événementielles. Vous aimeriez donc faire partie du dispositif ?
Je serais très heureux de battre le fer avec elle. C'est quelqu'un que j'aime beaucoup, que j'admire énormément. Après, une fois de plus, ce n'est pas moi qui déciderai. Mais si on me le propose, en tout cas, je lève la main.
Vous avez animé l'an dernier en duo avec Ophélie Meunier une rétrospective de l'année 2024. Sinon, on ne vous voit sur M6 qu'au "19.45" puisque vous avez arrêté de présenter "66 minutes" il y a deux ans. N'aimeriez-vous pas que la chaîne vous confie d'autres programmes ?
Je n'ai aucune frustration. J'ai passé l'âge d'en avoir. Je suis très heureux de mon sort. Je fais de la télé depuis 1999. Ça fait 26 ans que je vais de la télévision, j'ai fait plein de choses. Donc moi ce qui m'intéresse c'est d'être bien dans ma peau et de faire ce que j'aime et c'est le cas. Je n'ai pas besoin de multiplier les formats. Ce que j'ai fait avec Ophélie Meunier, c'est une récréation, qui permet de sortir de temps en temps de sa zone de confort. Ça j'adore l'idée. Si ça se représente, je l'ai dit à Guillaume Charles (le directeur général des antennes TV et des contenus du groupe M6), on le fera, sinon ce n'est pas grave. Et puis la radio me prend du temps aussi. Je veux déjà faire bien ce que j'ai à faire.
Justement, vous êtes tous les jours de la semaine à l'antenne sur M6, vous écrivez des romans, vous avez votre podcast sur RTL... Comment s'organisent vos journées ?
En fait, elles s'organisent assez naturellement. Le journal, c'est quelque chose de très structurant. Je suis aidé pour ça. Je suis capable de vous dire où je serai ce soir à 18h15, à 18h50, à 19h15, à 19h25 et à 48. Et le matin, je sais où il faut que je sois à 10h etc. C'est hyper timé. Je rentre dans une vie extrêmement balisée et cet ancrage-là, il me permet autour de construire des fenêtres et d'avoir le temps. Grâce à cette structure-là, autour, je fais rentrer plein de choses. Les chevaux, par exemple, ça commence le matin. En ce moment, il faut être à 5h30 à l'écurie et à 6h je suis à cheval. Je finis à 9h et à 10h, je suis au bureau. L'écriture de romans, c'est un peu chaque jour. Vendredi, samedi et dimanche, je n'ai pas de JT donc j'ai plus de temps.
Hormis pour parler de vos livres, on vous voit peu sur les plateaux de télévision ou dans la presse. Vous cultivez cette discrétion ?
J'aime la nature, la forêt, les chevaux. Et puis, j'ai horreur d'être là et de parler pour ne rien dire. C'est vrai que quand je fais mes livres, j'ai la chance d'être invité et ça permet aussi de parler du "19.45". Sinon, on me voit suffisamment je trouve. Je n'ai pas de besoin frénétique d'apparaître et j'aime bien moi cultiver mon jardin et rester dans mon terrier, notamment pour écrire.
Votre épouse Anaïs Bouton est également journaliste. Est-ce que vous vous conseillez l'un et l'autre sur vos carrières respectives ?
On parle beaucoup de l'actualité, de tout ce qui s'est passé. On met une tête comme ça à nos enfants, qui sont au courant de beaucoup de choses et de beaucoup plus de choses que leurs camarades. Et on est là l'un pour l'autre, on s'épaule énormément. On se donne énormément d'avis, de conseils. Parfois, ça chauffe parce qu'on n'est pas toujours d'accord et qu'on a des tempéraments bien trempés. Mais c'est une chance de pouvoir partager sa vie avec quelqu'un qui fait à peu près le même métier que vous, parce qu'on se comprend en deux secondes et demie. Si elle doit partir parce qu'elle a un montage, on n'a même pas besoin de s'expliquer.
Anaïs Bouton a d'ailleurs été au cœur du mercato cet été puisqu'elle arrive en matinée sur LCI. Vous, avez-vous été tenté d'aller voir ailleurs ?
C'est toujours sympa d'avoir des coups de fil. On vous dit : "T'es gentil, tu sens bon. Viens voir par là" (rires). Après, dans ce que j'ai pu avoir comme contacts ailleurs, c'est toujours très chaleureux et très bienveillant et c'est vrai que c'est intéressant. Mais moi, j'ai fait le pari de la construction. Et avec la chaîne, on se parle très clairement, que ce soit avec Nicolas de Tavernost avant, David Larramendy et Guillaume Charles aujourd'hui. Vous les appelez, ils décrochent. Et cette conversation, on l'a eue ensemble. Moi, en 15 ans, je suis fier d'avoir construit quelque chose. Ça ne se fait pas du jour au lendemain, ça prend du temps. Après, si on est fébrile et on a besoin de se rassurer l'ego, on se dit tiens, je vais aller faire tel truc ailleurs, parce que j'existe. Moi, je n'ai pas besoin de ça. Le challenge à relever, c'est aussi d'être là et de créer un lien avec ceux qui vous regardent. Quand je fais mes salons du livre et que les gens me disent que je fais partie de leur famille, ça vaut quelque chose et ça ne se fait pas en changeant de boutique tous les ans. Ça se fait en créant un lien et en devenant une sorte de repère. Non pas parce que je suis génial, juste parce que je suis là tous les jours. Et en télévision, construire sur la durée, ce n'est pas donné à tout le monde.
Le groupe M6 a été très actif durant ce mercato en recrutant Anne-Sophie Lapix comme on l'a dit, mais aussi Olivier Minne et Cyril Hanouna. Comment appréhendez-vous l'arrivée de ce dernier ? Les rédactions de M6 et RTL ont fait part de leur inquiétude.
Moi, je regarde ça comme un ensemble. Et en fait, ce que j'aime dans ce mercato-là et dans ce qui s'est passé là, c'est que finalement, c'est l'identité du groupe qui est plus forte que jamais. C'est la chaîne de tous les Français. De Cyril Hanouna à Anne-Sophie Lapix, le spectre est quand même très large. Il y a vraiment à manger pour tout le monde. C'est très équilibré. Et moi, je suis fier d'être sur une chaîne qui parle à tous les Français. Et à un moment où ça se radicalise dans tous les sens, de réunir, ça ne me paraît pas idiot.
De votre côté vous serez à la rentrée en face de Léa Salamé, qui arrive au "20 Heures" de France 2. De quel œil voyez-vous ce changement de concurrente ?
On n'a pas peur. Je lui souhaite plein de bonnes choses. C'est quelqu'un que j'aime beaucoup, qui m'a longtemps réveillé le matin à la radio. Donc j'ai un repère en moins le matin parce que j'écoutais son rendez-vous, surtout celui de 9h30. J'aime beaucoup son ton. Mais voilà, on essaiera de lui prendre des parts de marché aussi, c'est le jeu. Mais de même que je regarde beaucoup ce que font les autres aussi, mes confrères Gilles Bouleau, Laurent Delahousse... Il faut respecter la concurrence.
Dominique Tenza a quitté les journaux du week-end de M6 et est remplacé par Ashley Chevalier. N'avez vous pas peur que ça déstabilise les JT de M6, vous qui parliez de créer un lien sur la durée ?
Moi, j'ai fait le choix que j'ai fait. Après, il y a Nathalie Renoux qui est là depuis longtemps sur le journal. Derrière, il y a des nouvelles têtes qui arrivent et à elles de créer leur sillon. Je ne connais pas Ashley Chevalier mais elle peut compter sur moi pour l'aider, lui donner quelques conseils. Après, ce sera à elle de créer son lien.

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