Le directeur général de "20 minutes" est accusé d'avoir tenu des propos transphobes et sexistes face à une déléguée syndicale© Abaca Press
Une vive polémique secoue "20 Minutes". Dans un communiqué commun publié mardi 28 mai, les syndicats SNJ-CGT et SNME-CFDT ont dénoncé des propos "transphobes et sexistes" tenus par le directeur général de l’entreprise, Ronan Dubois, à l’encontre de Lise, déléguée syndicale CGT, lors d’une réunion de négociation interne qui s’est tenue le vendredi 23 mai.
"Alors que Lise reprenait la parole, le DG s’est permis de l’imiter d’une voix efféminée, d’adopter une posture digne des pires clichés, avant de la qualifier de 'clown' devant plusieurs membres de l’encadrement et des représentantes syndicales. Un comportement humiliant et discriminatoire, constitutif de transphobie, qui a profondément choqué Lise, l’ayant conduite à quitter la réunion en larmes, en état de choc", peut-on lire dans le communiqué.
Les syndicats assurent que "des éléments de preuve existent", l’échange ayant été enregistré. Lise a consulté un médecin, contacté la médecine du travail et engagé une démarche de reconnaissance d’accident du travail. "Nous attendons une réponse immédiate et exemplaire de la direction de ‘20 Minutes’. À défaut, nous prendrons toutes nos responsabilités syndicales: recours aux procédures d’alerte, interpellation publique, mobilisation avec d’autres syndicats et associations", préviennent-ils.
"Les actes transphobes et sexistes n’ont pas leur place au travail. Ils ne relèvent ni de l’humour ni du malentendu. Ce sont des violences et ils doivent être reconnus et traités comme tels", écrit encore le communiqué. Le SNJ-CGT et le SNME-CFDT invitent aussi à une coordination entre syndicats pour assurer le suivi de l’affaire et à mettre en place des "mesures de prévention durables contre toutes les formes de discriminations et de violences sexistes et sexuelles (VSS) au travail".
Ce lundi 2 juin, la direction de "20 Minutes" a publié un communiqué de réponse dans lequel elle reconnaît qu’"un incident a été rapporté" lors de la réunion du 23 mai. Elle précise qu’"une salariée a exprimé un sentiment d’atteinte à son intégrité", une situation qui, selon la direction, "heurte les principes auxquels '20 Minutes' est profondément attaché : le respect de la dignité de chacun, la lutte contre les discriminations et un dialogue social exigeant, mené dans un climat de confiance".
Ronan Dubois, mis en cause, "dément fermement avoir exprimé quelconque volonté de discriminer qui que ce soit et conteste les accusations de transphobie", poursuit le communiqué. "20 Minutes" affirme que "le respect des lois et des règlements en matière de non-discrimination ne peut souffrir aucune atteinte en la matière" et que Ronan Dubois ainsi que le comité de direction "en sont les garants".
"Dans un souci d’apaisement et afin de lever tout doute ou interprétation, une enquête administrative sera menée en coordination avec l’Inspection du Travail et la CARSAT" annonce la direction. Celle-ci "ne revêt pas de caractère disciplinaire à l’encontre de Ronan Dubois" mais "vise à recueillir de manière équitable les témoignages de l’ensemble des parties, dans un cadre respectueux, impartial et sécurisé." La direction promet de "mettre à disposition les éléments utiles à la manifestation de la vérité : documents, matériaux et témoignages".
En parallèle, "20 Minutes" suspend "temporairement le calendrier social" et prend deux mesures immédiates pour "renforcer le cadre des échanges sociaux à venir" : la présence d’un témoin référent CSSCT (Commission santé, sécurité et conditions de travail), "formé à la prévention des discriminations et violences", lors de chaque réunion, ainsi que l’enregistrement vidéo systématique des rencontres avec les représentants du personnel.
En France, la loi interdit toute forme de discrimination liée à l’identité de genre, y compris au travail. Se moquer d’une personne trans, l’humilier ou lui tenir des propos déplacés peut être considéré comme une discrimination ou du harcèlement, même sans intention de nuire. Le Code du travail protège les salarié·es contre ce type de comportements, qui peuvent aussi faire l’objet de sanctions disciplinaires ou de poursuites judiciaires.
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