C'est un départ qui fait grand bruit. Le 14 avril, on apprenait le départ de l'éditeur Olivier Nora de la maison Grasset, qu'il dirigeait depuis 26 ans. Un départ subit, né de la volonté de Vincent Bolloré (le propriétaire de Hachette Livres dont les éditions Grasset sont une filiale) et lié au refus d'Olivier Nora de publier le manuscrit de Nicolas Diat, éditeur et biographe de Jordan Bardella aux éditions Fayard. Pour justifier ce départ qui a provoqué une véritable insurrection dans le monde de l'édition, Vincent Bolloré a proposé une tribune au vitriol contre l'ancien patron de Grasset dans les colonnes du "JDD", pointant notamment ses mauvais résultats financiers. Le journal dirigé par Geoffroy Lejeune proposait également dans son édition parue le 19 avril une enquête baptisée "Affaire Grasset : chronique d'une manipulation", dans laquelle était notamment cité le patron d'Editis (qui compte 55 maisons d'édition comme Robert Laffont, Bordas, Pocket...) Denis Olivennes.
Ce dernier a lu avec attention l'article et a décidé d'y répondre, point par point, en s'adressant directement à son auteur via le réseau social "X". "Vous ne respectez pas une règle de base du journalisme qui est la vérification des faits, débute Denis Olivennes, citant des éléments tirés de l'article publié dans le "JDD". Je ne suis plus le cogérant de 'Libération' depuis 4 ans ; je ne pouvais pas avoir en main mardi soir la une de 'Libération' du mercredi ; je ne viens pas de prendre la présidence d’Editis car je l’ai prise en novembre 2023 ; Alain Minc n’était pas au lycée avec Olivier Nora car quand le premier était en terminale le second était au …CP ; je n’ai pas écarté Catherine Lucet de la DG d’Editis, elle a souhaité à l’occasion de son 67e anniversaire rester à Editis sur des fonctions non exécutives ; je n’ai pas réservé cette fonction à Olivier Nora puisque j’ai nommé Dalila Zein DG d’Editis le lendemain de l’éviction de ce dernier ; je ne rêve pas de faire venir Nora auprès de moi depuis 20 ans puisque je ne suis dans l’édition que depuis … 2 ans et demi." Après avoir corrigé ces éléments factuels, Denis Olivennes poursuit : "Vous ne respectez pas une deuxième règle de base du journalisme, le contradictoire : vous ne m’avez pas appelé avant d’écrire toutes ces choses fausses", regrette le chef d'entreprise, assurant au passage n'avoir jamais eu "aucune influence" sur les contenus éditoriaux de "Libération". "Cela s’appelle le respect de l’indépendance éditoriale."
Pointé du doigt dans cette enquête du "JDD" pour avoir "paradé" au café de Flore en compagnie d'Olivier Nora, Denis Olivennes contre-attaque : "Nous ne 'paradions' pas au Flore mais [...] je bavardais avec un vieil ami qui venait d’apprendre son éviction après 40 ans de bons et loyaux services chez Hachette et 25 ans chez Grasset dont il a fait une magnifique maison et l’une des plus rentables de l’édition française contrairement à ce qu’écrit votre journal pour essayer de le salir". Rappelant l'énorme tollé suscité par l'éviction d'Olivier Nora dans le monde de l'édition, Denis Olivennes poursuit : "Limoger si brutalement un grand éditeur parfaitement modéré et pluraliste, ce n’est pas une 'vicissitude du monde des affaires' comme vous le dites, mais une attaque frontale contre la liberté d’expression et la liberté de l’esprit.[...] C’est cela qui a fait réagir tant de gens. Le licenciement brutal et injustifié d’un honnête homme, venant après tant d’événements précédents, est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase", conclut le président d'Editis, avant de déplorer "les sous-entendus 'cosmopolites'" de l'enquête : "Je maintiens qu’il fleure bon (ou plutôt mauvais) les années 30. Si vous ne l’avez pas fait exprès, parlez-en à votre psychanalyste."

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