Boualem Sansal a été élu à l'Académie Français en janvier dernier.
C'est un coup de tonnerre dans le monde de l'édition. Après vingt-sept ans de collaboration avec Gallimard, l’auteur franco-algérien Boualem Sansal a quitté son écurie historique pour rejoindre Grasset, maison appartenant au géant Hachette Livre, détenu par Vincent Bolloré, comme l'annonce l'AFP, ce vendredi 13 mars. "C'est son choix. Il voulait changer de vie professionnelle", a expliqué Arnaud Lagardère, patron du premier groupe éditorial français, lors d'une conférence de presse célébrant ses 200 ans d'existence. Il s'agit donc d'une très belle prise pour cette filiale contrôlée par le milliardaire breton. Car, depuis sa libération en novembre dernier, et la médiatisation qui a suivi, l'écrivain de 81 ans, sorti très marqué par ses mois de captivité, faisait l’objet d’innombrables sollicitations.
Lauréat du Grand Prix du roman de l’Académie française en 2015 pour "2084. La fin du monde", le romancier naturalisé français a été incarcéré le 16 novembre 2024 pendant près d’un an en Algérie après avoir contesté les actuelles frontières de ce pays avec le Maroc dans le magazine d’extrême droite "Frontières". Il avait été condamné à cinq ans de prison ferme avant d’être gracié par le président de la République algérienne, Abdelmadjid Tebboune, grâce à l’aide de l’Allemagne. Boualem Sansal est finalement rentré en France, où il s'interroge depuis sur la suite de son existence.
Les dirigeants d'Hachette ont su trouver des arguments plus convaincants que leurs homologues de Gallimard pour le rassurer. Pourtant, son éditeur de toujours n'a pas ménagé ses efforts pour le faire libérer après son arrestation. Dans l'industrie, beaucoup se disent, sous couvert d’anonymat, choqués par cette décision. "Après tout ce qu’Antoine Gallimard a fait pour lui, c’est honteux", tacle un éditeur, cité dans "Le Parisien". "Ils n’ont rien lâché jusqu’à ce qu’il sorte de prison, ils ont créé une association de soutien, organisé des soirées pour qu’on ne l’oublie pas. Quelle tristesse".
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Gallimard avait par ailleurs tout mis en œuvre pour que Boualem Sansal soit élu à l’Académie française, ce qui fut officialisé le 29 janvier dernier. "Nous n’avons pas eu la conversation que j’aurais aimé avoir" sur les raisons de son départ, a précisé au "Monde" le patron de la boîte, qui avait publié tous ses romans depuis le premier, "Le Serment des barbares", en 1999. Ce n'est donc pas chez lui que l'un de ses auteurs fétiches publiera son prochain ouvrage sur ses longs mois d'incarcération en Algérie. Un ouvrage promis à de gros chiffres de vente.
De nombreuses hypothèses planent sur les raisons de ce départ brutal : le carnet de chèques de Vincent Bolloré, la manipulation de "proches" depuis la fin de sa détention, le lobbying effectué par Nicolas Sarkozy... "C’est une bien triste histoire qui ne redore pas l’image de notre secteur", résume un ponte de ce milieu, catastrophé par "le montant, sûrement astronomique, du chèque signé par Hachette pour Sansal".

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