C'est un petit séisme dans le monde de l'édition. Selon les informations de "La Lettre", qui a publié son article le 11 mars, plusieurs auteurs ayant été édités chez Fayard auraient impulsé récemment des démarches pour récupérer les droits de leurs ouvrages. En cause, l'évolution du catalogue de la maison d'édition, propriété de Vincent Bolloré depuis son rachat du groupe Hachette en 2023, désormais très nationaliste et conservateur.
"Populicide" de Philippe de Villiers, "Si tu te sens Le Pen" de Marion Maréchal, "La messe n'est pas dite" d'Eric Zemmour, "Ce que veulent les Français" de Jordan Bardella... en quelques mois, la maison d'édition a publié plusieurs livres signés de personnalités politiques d'extrême-droite ou de visages bien connus de CNews : Gilles-William Goldnadel, Ivan Rioufol, Alexandre Devecchio... pour ne citer qu'eux. Un virage qui pose problème à certains auteurs anciennement édités par Fayard, comme l'économiste et ancien conseiller der François Miterrand Jacques Attali, qui a publié de très nombreux livres chez Fayard et le dernier, "Il y aura d'autres jolis mois de mai", en 2021. Selon "La Lettre", ce dernier aurait demandé à son éditrice actuelle Sophie de Closets (Flammarion) d'entamer des démarches pour récupérer les droits des œuvres sorties sous pavillon Fayard. L'éditeur actuel de l'historien Pascal Blanchard et la famille de l'écrivain Guy Debord, décédé en 1994, ont formulé les mêmes sollicitations. Jean-Yves Mollier, à qui l'on doit notamment la biographie de Louis Hachette (publié en 1999 chez Fayard), a lui déjà récupéré son catalogue, après plusieurs péripéties et notamment une prise de parole, assumée (et décisive pour la ré-obtention de ses droits), pour dénoncer le virage éditorial de Fayard.
L'historien Ludovic Tournès a également récupéré récemment les droits sur ses anciennes parutions. Avec Jean-Yves Mollier, il œuvre auprès de la Société des Gens de Lettre (SGDL) pour la réflexion de la mise en place d'une clause de conscience pour les auteurs en prenant pour point de départ le virage éditorial de Fayard. "Elle permettrait à un auteur de récupérer automatiquement ses droits auprès de son éditeur, lorsque la ligne éditoriale de celui-ci évolue significativement", précise "La Lettre", qui ajoute que la SGDL a déjà commandé une expertise juridique à ce sujet. Toujours selon "La Lettre", la SGDL souhaite s'appuyer sur les résultats d'un comité d'experts qui travailleront sur la notion de "droit moral" fin mars pour faire ensuite tout remonter au Syndicat National de l'Edition (SNE), toujours dans l'espoir d'aider les auteurs. "Le lobby des écrivains organisera également un colloque public sur ce sujet cet été, pour réfléchir à la possibilité d'inscrire dans la loi cette clause de conscience, similaire à celle dont bénéficient les journalistes", précise également dans l'article.

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