La maison d'édition Grasset en crise. Il y a six jours, on apprenait le départ brutal de l'éditeur Olivier Nora, directeur de la prestigieuse maison d'édition, après 26 ans à sa tête. D'abord révélée par "L'Express" et "Le canard enchaîné", cette mise à l'écart avait été rapidement confirmée par le groupe Hachette Livres, propriétaire de Grasset. "Figure du groupe et du paysage littéraire français, Olivier a toujours œuvré avec grand talent au rayonnement de nos maisons et de nos auteurs et a ainsi joué un rôle déterminant pour installer Hachette Livre comme leader de l’édition en France. Je suis heureux de voir Jean-Christophe Thiery prendre sa succession à la tête de Grasset", avait ainsi écrit Arnaud Lagardère, patron d'Hachette Livres, dans le communiqué annonçant le remplacement de l'éditeur.
Pourtant, en coulisses, le limogeage d'Olivier Nora a été brutal. Selon "Le Nouvel Obs", c'est le refus de l'éditeur de publier le manuscrit de Nicolas Diat, qui n'est autre que l'auteur et l'éditeur de Jordan Bardella aux éditions Fayard, qui a causé son départ, directement réclamé par Vincent Bolloré. Cité dans cette affaire qui a entraîné dans son sillage le départ de près de 200 des auteurs de la maison d'édition Grasset, le milliardaire a pris la parole le 19 avril dans une tribune publiée par "Le Journal Du Dimanche". "Bien que n’ayant aucune fonction chez Hachette mais étant qualifié par certains, responsable d’un 'séisme', il me paraît intéressant de résumer ce que j’ai appris sur ce sujet, débute Vincent Bolloré, mettant d'emblée sur la table un différend entre lui et Olivier Nora quant à la date de parution du prochain livre de l'écrivain Boualem Sansal chez Grasset, après son départ surprise de Gallimard, un transfert qui avait fait grand bruit dans le monde de l'édition. "En entreprise comme en démocratie, la majorité décide in fine…, poursuit-il, sans évoquer l'affaire du manuscrit de Nicolas Diat mais pointant les performances économiques "très décevantes" "de la Maison Grasset". "Le chiffre d’affaires, qui était de 16,5 millions d’euros en 2024, est descendu à 12 millions en 2025 et le résultat opérationnel, qui était de 1,2 million d’euros en 2024, a diminué de moitié pour ne représenter plus que 0,6 million en 2025. Pendant ce même temps, la rémunération annuelle d’Olivier Nora est passée de 830 000 euros à 1,017 million d’euros, et cette rémunération payée par Hachette n’a été facturée que pour moitié à Grasset, améliorant ainsi les charges apparentes de Grasset et donc son résultat ainsi présenté", détaille Vincent Bolloré.
Dans cette même tribune, l'homme d'affaire s'étonne que le départ d'Olivier Nora, qui dirigeait une maison d'édition de 38 salariés "sur les 33.000 que compte le groupe Lagardère", ne fasse "tant de vacarme". "[...] Cela touche une petite caste qui se croit au-dessus de tout et de tous et qui se coopte et se soutient, et qui, grâce à sa capacité de fracas médiatique, fait peur à beaucoup. Cela n’empêchera pas, heureusement, les dirigeants de Hachette de prendre les mesures de gestion normales et de bon sens ! N’ayons pas peur ! Grasset continuera et ceux qui partent vont permettre à de nouveaux auteurs d’être publiés, promus, reconnus et appréciés..., affirme le milliardaire breton, qui évoque au passage son amour pour la littérature. Et de conclure, faisant référence aux inquiétudes quant à la dérive idéologique potentielle de Grasset, comme cela a été le cas pour Fayard qui publie désormais de nombreux auteurs d'extrême-droite : "Je le rappelle une fois de plus : je suis chrétien démocrate et les dirigeants de Hachette continueront à publier tous les auteurs qui le souhaitent."
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