Nicolas Sarkozy, 70 ans, a été condamné à cinq ans de prison, dont trois avec sursis, ainsi qu'à 100.000 euros d'amende. Une décision qualifiée "d'une gravité exceptionnelle" par la présidente du tribunal, Nathalie Gavrino, soulignant l'atteinte portée à "la confiance des citoyens dans ceux qui les représentent". Mais la magistrate a également évoqué la fameuse "note libyenne" révélée par "Mediapart" en 2012, laissant entendre que "le plus probable est que ce document soit un faux".
Une appréciation qui a fait bondir Edwy Plenel. "La note libyenne révélée par 'Mediapart' n'est pas un faux", a rappelé le cofondateur du site sur X, soulignant que "la justice française a, par trois fois, définitivement débouté Nicolas Sarkozy et Brice Hortefeux de leur plainte pour faux et usage de faux déposée contre Mediapart". La Cour de cassation a d'ailleurs confirmé en 2019 le non-lieu en faveur du média, consacrant la validité de son travail journalistique.
Dans ce contexte tendu, "Le Point" a publié ce jeudi 2 octobre un long article intitulé "Sarkozy condamné : enquête sur la note de 'Mediapart' à l'origine de l'affaire". Le magazine s'appuie notamment sur les propos de la présidente du tribunal. Mais cette version a fait réagir le journaliste Fabrice Arfi, auteur de nombreuses enquêtes sur le dossier. Dans une réponse en accès libre, il pointe "au moins vingt erreurs factuelles grossières et omissions volontaires" dans l'article de l'hebdomadaire.
Selon lui, "Le Point" a ignoré une série d'éléments déterminants. Premier exemple cité : "Ce n'est pas parce que 'Le Point' ne l'a pas vu que personne ne l'a jamais vu", écrit Fabrice Arfi, rappelant que la justice a bien établi l'existence matérielle de la note. Il souligne que plusieurs expertises, notamment celles utilisant le logiciel Tungstène, ont confirmé que le document publié par "Mediapart" provenait d'un original papier, sans manipulation ni falsification. "Le document 'souche' a vraiment existé", insiste-t-il.
Fabrice Arfi reproche également à l'hebdomadaire de ne pas avoir mentionné les auditions d'experts comme Patrick Haimzadeh, ancien diplomate à Tripoli, ou encore les témoignages d'officiels libyens confortant l'authenticité de la note. "Tout ceci est connu du journaliste du 'Point', mais inconnu de ses lecteurs", déplore-t-il. Le journaliste épingle aussi des approximations ou confusions. Ainsi, "Le Point" cite "Louise Minoui" au lieu de la journaliste du "Figaro" Delphine Minoui, attribue à "Mediapart" des citations en réalité prononcées par des témoins, ou encore déforme un extrait de son livre "Avec les compliments du Guide", qualifiant ironiquement le journaliste du magazine de "définitivement fâché avec l'origine d'une citation".
"'Nicolas Sarkozy aurait ordonné d'attaquer la Libye pour tuer des témoins gênants et détruire des preuves, écrit 'Le Point', pour résumer ce qui serait la position de 'Mediapart'" souligne-t-il encore. Avant d'y opposer la version du site d'investigation : "Dans un article publié le 29 septembre, bien avant la publication du 'Point', voici ce que Mediapart écrivait : 'Jamais, nous ne dirons que la guerre a été fabriquée, comme certains complotistes l'affirment' (...) La nuance et la précision ne semblent pas être une option pour 'Le Point'."
Selon lui, l'hebdomadaire reprend mot pour mot certains arguments de la défense de Nicolas Sarkozy. Le magazine s'interroge : pourquoi aurait-il eu besoin, alors qu'il était donné favori en 2005, d'un financement occulte ? Or, rappelle Fabrice Arfi, le tribunal, comme le Parquet national financier, ont établi que Nicolas Sarkozy n'était pas certain d'être l'unique candidat de la droite en 2005, dans un contexte marqué par la rivalité avec Dominique de Villepin. Et lorsque "Le Point" écrit que "'Mediapart' élabore un scénario de corruption", Fabrice Arfi rétorque : "Mediapart n'est pas scénariste, ni juge, nous sommes journalistes. Mais que 'Le Point' se fasse des films, nous n'en avons aucun doute."

player2
player2
player2
player2
player2
player2
player2
player2
player2