La formule a fonctionné. Depuis samedi 27 septembre 2025, un hors-série exceptionnel de 132 pages du magazine "Marianne", intitulé "Un président en prison, le récit intégral", s'arrache dans les kiosques. Entièrement consacré au procès de Nicolas Sarkozy, condamné à cinq ans de prison ferme pour association de malfaiteurs dans l'affaire du financement libyen de sa campagne présidentielle de 2007, il a été rédigé par le grand reporter Laurent Valdiguié, qui en retrace chaque audience avec minutie.
Le succès est tel que le journal a dû relancer la machine. "Merci de vos nombreux messages, dans tous les registres, de l'encouragement à la colère. Tous témoignent d'une volonté de comprendre le jugement libyen et comment on en est arrivé là", a écrit le journaliste sur X. Avant d'annoncer : "'Marianne' réimprime 40.000 exemplaires. Tous les kiosques qui n'en ont déjà plus seront réalimentés". Le journaliste, qui a suivi jour par jour le procès, a également été invité sur les plateaux de télévision ces derniers jours, dont "C dans l'air" et "Quotidien".
La condamnation de Nicolas Sarkozy a marqué un tournant inédit dans l'histoire politique française : jamais un ancien président de la République n'avait été condamné à une telle peine de prison ferme avec mandat de dépôt. Le 25 septembre, le tribunal correctionnel de Paris a jugé que l'ancien chef de l'État avait participé à une corruption "au plus haut niveau possible", en lien avec Claude Guéant, Brice Hortefeux et Ziad Takieddine, afin de favoriser son élection. Une décision assortie d'une exécution provisoire, signifiant que l'incarcération devra intervenir dans les prochains mois, malgré l'appel déjà interjeté par l'intéressé.
Mais ce succès éditorial contraste violemment avec l'état de la rédaction. Depuis des mois, "Marianne" est déchiré par une crise de confiance envers sa directrice de la rédaction, Ève Szeftel. Le 18 septembre, 71% des journalistes ont voté une motion de défiance, dénonçant "des prises de position dénaturant l'identité profonde du titre", un "management brutal" et de "graves manquements à l'éthique journalistique", en particulier sur la couverture du conflit israélo-palestinien. Plusieurs journalistes décrivent des méthodes d'intimidation, des menaces de licenciement et des promesses de promotions conditionnées à la loyauté.
Selon des témoignages relayés par "Le Monde" et "Mediapart", la directrice aurait tenté d'imposer des choix éditoriaux favorisant systématiquement des voix pro-israéliennes, refusant des articles jugés trop critiques envers le gouvernement de Benyamin Netanyahou. Des passages jugés offensifs dans certains papiers auraient été gommés, des tribunes polémiques introduites au forceps, avant d'être parfois retirées face au tollé. "On est entrés dans une guérilla pour sauver l'âme de Marianne", résume un journaliste opposé à la ligne actuelle auprès de "Médiapart".

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