BFMTV veut redonner la parole à ses reporters. Ce dimanche 8 novembre, la chaîne d'information en continu inaugure une nouvelle émission baptisée "Sur le terrain", présentée par Pauline Revenaz. Dans un message interne adressé aux salariés, révélé par le journaliste Adrien Schwyter sur X, la direction annonce tester ce nouveau format, diffusé de 13h à 13h30, qui pourrait ensuite revenir ponctuellement à l'antenne, en fonction de l'actualité.
Le principe ? Inviter trois reporters à revenir sur des sujets couverts au cours du mois écoulé, pour raconter "ce qu'ils ont vu, entendu ainsi que les coulisses du reportage". Pour ce premier numéro, Pauline Revenaz recevra Sonia Carneiro, Naoufel El Khaouafi et Olivier Saint Paul.
Une nouveauté qui intervient dans un contexte particulièrement tendu pour la chaîne du groupe CMA Media, confrontée depuis plusieurs semaines à une fronde interne sur sa ligne éditoriale et les conditions de travail de ses journalistes. Les équipes regrettent notamment la place croissante occupée par les débats et les émissions d'opinion au détriment des sujets réalisés sur le terrain.
"C'est bien de nous envoyer partout, mais si, à partir de 16h30, on n'a plus de place à l'antenne et qu'il n'y a plus que de l'opinion, ça n'arrange rien", confiait cette semaine une journaliste à "Mediapart". Dès lundi 2 novembre, plus de 160 salariés de Nextprod, travaillant notamment à la régie, à la production et à la technique de BFMTV, avaient dénoncé dans une lettre ouverte adressée à leur direction la "lente dérive idéologique des opinions exposées" à l'antenne.
Deux jours plus tard, 213 journalistes de la chaîne avaient à leur tour signé un courrier porté par la Société des journalistes (SDJ), s'inquiétant de la "banalisation de certains propos racistes ou discriminatoires" et estimant que ces dérives éditoriales alimentaient la défiance du public et mettaient en danger les équipes sur le terrain. Jeudi 5 novembre, environ 120 journalistes et techniciens de BFMTV ont participé à un débrayage (une grève de courte durée, ndlr) pour défendre "la sécurité physique" des reporters et "la crédibilité éditoriale" de leur chaîne. Un mouvement social inhabituel au sein de la rédaction, qui fait suite à plusieurs lettres ouvertes adressées à la direction.
En marge des manifestations, et particulièrement depuis l'attentat raciste de Trappes, le 23 octobre, plusieurs reporters de BFMTV ont été pris à partie lors de rassemblements. Certains travaillent désormais avec des micros sans logo pour éviter d'être identifiés. Selon "Mediapart", un sondage informel réalisé auprès de 72 journalistes de terrain révèle que plus de 70 % des répondants ressentent de l'angoisse lorsqu'ils travaillent pour BFMTV, tandis que 50 % évoquent de la peur et 60 % de la honte.
La polémique s'est notamment cristallisée autour de Sonia Mabrouk, arrivée de CNews à la rentrée. Invité de "Quotidien" lundi 2 novembre, le grand reporter Igor Sahiri avait évoqué la défiance rencontrée par les équipes sur le terrain, avant de préciser qu'il ne demandait aucunement le départ de la présentatrice. De son côté, la direction de BFMTV rejette fermement les accusations de banalisation du racisme. Mercredi 4 novembre, Jean-Philippe Baille, directeur de l'information de CMA Media, a annoncé plusieurs mesures, dont la création d'une "cellule invités", la publication d'un baromètre mensuel du pluralisme et la saisine d'un comité éthique.
