Air Doll : C'est une poupée, qui fait oh oui, oh oui, oh oui

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Air Doll : C'est une poupée, qui fait oh oui, oh oui, oh oui
Une poupée gonflable prend vie et affronte le monde réel. "Air Doll" est une idée géniale de court-métrage vite ennuyeuse au bout de 2 heures.

Une poupée gonflable revient à la vie. Et nettoie son vagin en plastique entre deux viols. Dit comme ça, ça n’a pas l’air, et pourtant, Air Doll est un beau film... Plein de poésie. Ambiance pop et colorée, personnages attachants, nous voilà sur les traces d’une société (japonaise) en décomposition, où chacun vit dans sa solitude. Car c’est bien de la poésie que nous propose Kore-Eda. Une poésie nonchalente, désabusée, un conte moderne, comme savent les faire Emir Kusturica ou Tim Burton.

Chaque phrase fait figure d’évènement



Le réalisateur du très beau Nobody Knows a donc choisi ici de laisser couler les minutes, de suspendre le temps et d’y promener son héroïne, Pinocchio des temps modernes, poupée gonflable perdue aux yeux grand ouverts sur le monde. Adossé au directeur de la photo Mark Lee Pig-Bing (In The Mood For Love, rien que ça), il étale sur tous ses plans une couche de pastel, sur laquelle il appuie quelques bulles pop.

L’histoire d’une solitude au milieu de la solitude, mais où tout n’est pas perdu. L’histoire de notre société. C’est ça que veut nous dire le réalisateur : regardez ces hommes, ces femmes, qui cherchent à fuir leur isolement sans y parvenir. Il dépeint une société où personne ne se regarde, personne ne se parle, pas même, ici, les acteurs. Tous sont aussi creux et vides que la poupée, mais elle, au moins, a le mérite de chercher à communiquer. Ils se croisent sans s’échanger quasiment un mot, pendant deux heures où chaque phrase fait figure d’évènement.

Poupée gonflable et gonflante



Et pourtant, si Kore-Eda soigne avec amour certaines scènes, s’il laisse transpirer sa passion du cinéma et son attachement à son héroïne par moment, il laisse aussi tourner sa caméra parfois un peu vainement, essaye de créer le malaise en faisant se confronter deux mondes opposés (la candeur et l’innocence de l’enfance, de la poupée, la perversité et l’isolement du monde adulte, d’une poupée aux fonctions bien précises) sans parvenir à nous accrocher.

Cette poésie distendue glisse alors parfois doucement dans la mièvrerie, faute d’avoir eu le culot de mettre un coup de ciseau au moment opportun. Une idée géniale pour un court-métrage, qui se perd ici en plan fixes et en doux travelings. Et Air Doll finit comme tout le reste, comme la poupée, comme ce monde en pente douce, à se dégonfler sans bruit.

Air Doll
Air Doll
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