Xavier Giannoli et Jean Dujardin font front contre les critiques. Invités de "Quotidien", ce lundi 13 avril, le réalisateur des "Rayons et des ombres" et l'acteur principal de cette fiction inspirée de faits réels sont venus répondre aux polémiques, nées des remarques acides d'historiens. Ces derniers dénoncent des "approximations historiques" et accusent notamment le cinéaste de "dénigrer la résistance" dans ce film retraçant l'histoire d'un patron de presse associé à la collaboration avec le régime nazi durant la Seconde guerre mondiale. "Non mais c’est bien, j’aime bien quand ça gratte", a d'emblée lancé à Yann Barthès l'interprète de cette figure de la collaboration sous l'Occupation. "Je ne le vis pas comme un pataquès", a ajouté le comédien oscarisé, "très solidaire", néanmoins de la colère de son acolyte en plateau.
Le réalisateur s'est en effet montré surpris et irrité de la tournure très politique prise par les débats. "Je travaille sur ce film depuis 6 ou 7 ans et je ne pouvais pas savoir ce qu’allait être la France au moment où le film sort. La montée du RN en ce moment a hystérisé le regard de ces commentateurs-là sur le film", estime-t-il. Avant de se désoler : “Cette idée que l’on vient critiquer un film, pour des raisons politiques, en faisant mentir les faits, il y a quelque chose qui ne me plaît pas. Ce n’est pas bien”. Xavier Giannoli s'était pourtant prémuni contre les critiques en invoquant lors de la promotion du drame les mots de Victor Hugo, dont le recueil de poèmes a inspiré le titre de son projet : "Blâmer tout, c’est ne comprendre rien". "Mon film dérange un grand récit qui est 'la gauche n’a pas collaboré, il n’y avait que l’extrême droite'. Or l’histoire est complexe et mon film veut le montrer. Comprendre ce qu’il s’est passé, ce scandale sulfureux et politique de notre histoire de France. Le comprendre ce n’est pas l’excuser", a-t-il argumenté.
L'homme derrière le succès d'"Illusions perdues" affirme s'être entouré d'historiens pour, justement, retranscrire l’histoire de Jean Luchaire de la manière la plus fidèle possible. Il revendique toutefois une part d’adaptation propre au cinéma". "Le récit scénaristique n’est pas celui d’une thèse historique", explique-t-il, évoquant des "torsions cinématographiques" pour construire son long-métrage. Mais sans jamais, selon lui, trahir le fond : "Ce qui était capital, c’est qu’il n’y ait pas d’erreur grave et pas de contre-sens".
Jean Dujardin, plus habitué aux controverses ces dernières années, a pris ces critiques avec plus de détachement. Il a souligné l'importance de saisir l’occasion de “raconter notre récit national, dès que l’on peut éclairer un petit peu”. Tout en précisant : "Je trouve que, dans ce pays, c’est très bizarre, parce qu’on parle de complexité des personnages mais nous sommes des êtres complexes. Le cinéma sert aussi à ça. Donc autant y aller, autant débattre". Le "Loulou" d'"Un gars, une fille" a soutenu le parti-pris du réalisateur, qu'il défend mordicus. "Les grands dictateurs sont des gens très humains, très sympathiques au départ. Ce ne sont pas des monstres avec des cornes et qui crachent du feu. Et c’est surtout ça qu’il voulait raconter", a-t-il appuyé.

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