C'est la fin d'une astuce bien connue des directeurs des programmes des chaînes d'information en continu et des stations de radio. À l'occasion de la publication de son rapport sur le traitement des élections municipales de mars, l’Arcom (l'Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique, ndlr) a annoncé une petite révolution dans le suivi du pluralisme politique à l'antenne : les interventions diffusées pendant la nuit ne seront plus comptabilisées dans le temps de parole des partis. La mesure entrera officiellement en vigueur à compter du 1er octobre prochain.
Jusqu'ici, la règle imposait aux diffuseurs de respecter un équilibre des temps de parole sur l'ensemble de leurs grilles. Un principe qui avait ouvert la porte à d’habiles manœuvres de programmation de la part de certains médias. Pour se conformer à la loi sans pour autant modifier leurs émissions de grande écoute, certaines chaînes ou stations n'hésitaient pas à reléguer les opposants politiques ou les "petits candidats" au cœur de la nuit. Une rediffusion d'interview à 3 heures du matin devant quelques milliers de noctambules valait alors autant, sur le tableur de l'Arcom, qu'un passage bien mieux exposé.
Le collège de l'Arcom, réuni en séance plénière le 30 juin, a donc choisi de siffler la fin de la récréation. En décidant de "ne plus tenir compte des prises de parole des personnalités politiques diffusées la nuit" (entre minuit et 5h59), le régulateur supprime cette variable d'ajustement artificielle. D'ici le 1er octobre, l'Arcom promet d'ouvrir une phase de concertation avec les patrons de chaînes et de radios afin d'adapter ses outils de contrôle, pour que "leur capacité à accueillir les personnalités politiques (...) ne soit pas affectée".
Si l'Arcom salue dans son rapport un "respect global" des règles pendant la campagne des municipales, elle n'a pas manqué de distribuer un carton rouge symbolique. La chaîne CNews a ainsi été mise en demeure pour la diffusion, le 20 mars dernier, soit à peine deux jours avant le second tour et à quelques heures de la période de réserve électorale, d'un reportage intitulé "Rachida Dati à la conquête de Paris", suivi d'un débat en plateau. Le gendarme de l'audiovisuel a estimé que ce bloc de programmes présentait un net "manque de mesure et d'honnêteté dans les commentaires et présentations de la campagne, caractérisant un manquement de la chaîne à ses obligations".
En serrant la vis dès la rentrée, l'Arcom prépare activement le terrain pour les prochaines échéances électorales majeures, et particulièrement l'élection présidentielle. L'instance de régulation a d'ailleurs annoncé qu'elle publierait dès cet automne ses recommandations officielles à l'égard des médias et des plateformes numériques (comme TikTok, X ou YouTube) en vue du scrutin présidentiel.
player2
player2
player2
player2
player2
player2
player2