Depuis son arrivée à la tête du "20 Heures" de France 2 le 1er septembre 2025, Léa Salamé vit une première saison particulièrement mouvementée. Entre bourdes, polémiques éditoriales et comparaisons permanentes avec la concurrence de TF1, la journaliste a dû rapidement apprendre les exigences de ce rendez-vous ultra-exposé.
Invité de "Puremédias, l’Hebdo" sur T18 ce dimanche, Thierry Thuillier, directeur de l’information du groupe TF1, a justement été interrogé sur l’écart d’audiences qui continue de se creuser entre les journaux de TF1 et ceux de France 2 depuis l’arrivée l'ancienne star de la matinale de France Inter. L’ancien directeur de l’information de France Télévisions a d’abord tenu à saluer les qualités de la journaliste. "Je la salue, Léa, c’est quelqu’un qui a beaucoup de talent, c’est incontestable. On le voit notamment s’exprimer à travers les talks, parce qu’elle a du caractère, de la personnalité (…)", a-t-il déclaré, faisant référence à son rôle d'animatrice dans "Quelle Époque !", également sur France 2.
Mais pour Thierry Thuillier, l’exercice du JT reste très différent des émissions de débat ou d’interview qui ont fait la réputation de Léa Salamé. "Après le journal c’est un exercice très particulier, d’abord c’est un exercice très contraint de lancements de sujets, donc il faut un peu aplanir sa personnalité, et c’est surtout un travail collectif. Elle porte un travail collectif." Selon lui, la personnalité de la présentatrice ne suffit donc pas à elle seule à inverser la dynamique des audiences.
"Imaginer que seule elle puisse inverser une tendance, parce que c’est vrai que depuis quelques années le journal de France 2, l’écart s’est un peu agrandi de nouveau entre TF1 et France 2. (...) Pour changer ça, il n’y a quand même pas de recette magique, ce n’est pas simplement une question d’incarnation." Le patron de l’information de TF1 insiste surtout sur la nécessité de construire une relation durable avec les téléspectateurs. "Il faut de la constance, il faut rester longtemps, et je lui souhaite vraiment de rester longtemps pour construire quelque chose, pas seulement avec la rédaction, mais sa relation avec les téléspectateurs."
Thierry Thuillier, qui connaît particulièrement bien France 2 pour y avoir travaillé pendant plus d’une décennie, rappelle également l’importance d’une ligne éditoriale stable. "Moi, pendant dix, douze ans à France 2, on a été stables avec un cap clair, on avait une ligne directrice et on s’est appliqués pour permettre que cette ligne rassemble de plus en plus de téléspectateurs. Je pense qu’en tout cas il faut du temps, et vous ne pouvez pas changer toutes les saisons " Avant de conclure avec une pointe d’ironie : "Peut-être qu’elle réussira à cette place-là, ce que je lui souhaite… modérément, vu ma place".
Il faut dire que les débuts de Léa Salamé au 20 Heures n’ont pas été de tout repos. Dès septembre 2025, plusieurs séquences avaient provoqué des réactions embarrassées. Lors d’une interview avec Marion Cotillard, la journaliste s’était trompée sur la date de sortie du film "Karma" avant de questionner maladroitement l’actrice sur sa rupture avec Guillaume Canet. Quelques jours plus tard, elle confondait Henri Guaino avec Claude Guéant en direct. Mais c’est surtout une erreur commise à propos de Dominique Bernard qui avait suscité une vive polémique. La présentatrice avait affirmé à tort que l’enseignant assassiné à Arras avait montré des caricatures de "Charlie Hebdo" à ses élèves, confondant ainsi son histoire avec celle de Samuel Paty.
En mars dernier, une interview du ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov avait également déclenché une pluie de critiques. Accusée de complaisance, Léa Salamé avait ensuite reconnu "un regret" concernant cet entretien, estimant qu’il aurait dû être davantage "accompagné" par des reportages et des analyses en plateau. Nouveau couac encore ce 19 mai, lors d’une interview du constitutionnaliste Benjamin Morel, les téléspectateurs ont remarqué qu’une statue représentant un couple enlacé apparaissant en arrière-plan avait été floutée pendant plusieurs secondes. Face aux accusations de "censure", le compte officiel du JT de France 2 avait présenté ses excuses dès le lendemain : “Cette initiative individuelle n’avait pas lieu d’être. Nous présentons nos excuses à nos téléspectateurs”.
La journaliste a reconnu dans "Le Parisien" avoir traversé une période difficile. "Quand on dit oui aux 20 Heures, il faut accepter d’être attendue au tournant. Et de ce point de vue-là, je crois que l’on peut dire que j’ai été très attendue. Je mentirais si je disais que j’ai été insensible aux attaques", confiait-elle. "J’ai douté, mais je n’ai jamais eu de regrets. En prenant ce risque professionnel, je savais que je ne faisais pas le choix de la facilité", a-t-elle assuré.

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