Depuis la rentrée, les signaux d'alarme se multiplient au sein du service d'information de France Télévisions. Le 13 octobre, une double erreur frappe de plein fouet la crédibilité du groupe : au "13 heures" de Julian Bugier, puis au "20 heures" de Léa Salamé, les rédactions confondent les circonstances de la mort de deux enseignants victimes de terrorisme : Dominique Bernard, poignardé en 2023 à Arras, et Samuel Paty, décapité en 2020. Une confusion immédiatement relevée sur les réseaux et dénoncée en interne.
Dès le lendemain, le SNJ parle d'une "faute impardonnable", "révélatrice de dysfonctionnements internes très inquiétants". La CGT, encore plus directe, évoque un "navire amiral du '20 heures' en train de couler" et dénonce un "cocktail toxique" mêlant "ploutocratie, endogamie et élitisme". Pour Muriel Pleynet, directrice adjointe de l'information, l'erreur n'est ni isolée ni anodine. "Une quinzaine de personnes ont possiblement failli", reconnaît-elle au "Monde". "Il y a eu un engrenage, qui a donné lieu à un naufrage collectif." Pourtant, une "charte du rectificatif" adoptée en 2023 devait empêcher ce type d'erreur. "Encore aurait-il fallu qu'elle soit appliquée", admet-elle.
Sous pression, Delphine Ernotte a annoncé le 16 octobre le rattachement de la direction de l'information, conduite par Alexandre Kara, à celle des antennes et des programmes dirigée par Stéphane Sitbon-Gomez, son bras droit. Mais la décision, inédite, provoque incompréhension et inquiétudes au sein de la rédaction. "Journalistiquement, le rattachement de l'information à la même direction que les divertissements me dérange", confie un journaliste au "Monde". Le président de la SDJ, Valéry Lerouge, redoute quant à lui un impact sur l'indépendance rédactionnelle. La direction assure vouloir davantage de cohérence et une meilleure circulation des informations. Un audit interne doit également identifier les points de rupture et proposer des mesures correctives.
Cette crise survient alors que France Télévisions s'apprête à être ausculté par la commission d'enquête parlementaire voulue par Éric Ciotti. Entre le 25 novembre et la mi-avril 2026, une cinquantaine d'auditions doivent examiner "la neutralité, le fonctionnement et le financement" de l'audiovisuel public. Avec ses 2,5 milliards d'euros de budget, le groupe occupera une place centrale. Delphine Ernotte pourrait être convoquée à deux reprises.
En interne, les plaies sont nombreuses. Un rapport d'expertise du cabinet Cedaet, dévoilé fin octobre, compile 37 témoignages d'anciens journalistes de France 3, dénonçant depuis la fusion des rédactions une "perte d'autonomie", une "dégradation des relations sociales" et une "division du collectif". Le rallongement du "20 heures" en 2024 et la fin des éditions nationales de France 3 en 2023 ont laissé des traces profondes. "Il y a un passif, et une rédaction à laquelle on demande beaucoup", reconnaît Muriel Pleynet. "Peut-on faire mieux et avoir d'autres ambitions ? Sans doute, même si nous n'avons pas à rougir sur la qualité de ce qu'on met à l'antenne."

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