Le 24 août dernier, David Pujadas a fait sa rentrée sur LCI pour une nouvelle saison de "24h Pujadas", diffusée du lundi au vendredi entre 18 heures et 20 heures. Et l'émission du 15 septembre restera sûrement dans sa mémoire. L'ancien présentateur du journal télévisé de 20 heures de France 2 n'a pu cacher son émotion à la fin d'une chronique de Caroline Fourest. L'essayiste et directrice du journal "Franc-Tireur", est, comme chaque semaine, intervenue en direct sur le plateau pour parler d'un sujet qui lui tient à cœur. Elle s'est cette fois demandé où s'arrêtait la liberté d'expression et où commençait la censure sur le conflit israélo-palestinien.
"Des artistes payent leurs positions contre l'antisémitisme", a regretté la journaliste, citant l'annulation des concerts de la DJ Barbara Butch, avant de citer "deux autres cas qui ne sont pas aussi graves", la chanteuse Pink et Boy George, "les vrais artistes qui me font rêver aujourd'hui" : "Pour moi, c'est le dernier punk. Il tape juste, il tape fort et il paye fort", a-t-elle dit de l'ex-leader du groupe Culture Club, au cœur d'une controverse après la sortie de son titre "We Will Dance Again", dédié aux victimes attaquées par le Hamas le 7 octobre 2023 lors du festival de musique Nova. Caroline Fourest a alors souhaité que ce morceau soit passé "assez longuement" à l'antenne.
"Vous dites génocide, moi je dis guerre / Quand on est attaqué, c'est à ça que sert l'armée / Est-ce que ça dégénère ? Vous pouvez en être sûrs / Quand je sais que vous voulez nous tuer jusqu'au dernier, jusqu'au dernier d'entre nous / des jeunes filles assassinées brutalement le 7 octobre pour le crime de danser / vous condamnez les Juifs avec une mémoire sélective / Mais croyez-moi nous danserons à nouveau, on dansera à nouveau et il n'y aura pas de guerre", chante-t-il en soutien aux "citoyens juifs à qui l'on s'en prend pour ce qu'il se passe au Moyen-Orient". "Il essaie de répondre aux amalgames qui tuent", a-t-elle salué sa démarche.
"Vous êtes émue quand vous l'écoutez", a alors remarqué David Pujadas à la fin de l'extrait. "Je l’écoute beaucoup en ce moment", a-t-elle approuvé. "Il y a de l'émotion sur le plateau", observait le présentateur alors qu'il demandait à ses éditorialistes Ruth Elkrief et François Lenglet de réagir. "C’est honnêtement très courageux de la part de Boy George. C'est vrai, Il a pris des risques, il a été écarté de son spectacle et il a continué. [...] Il ne nie pas la souffrance des Palestiniens, il dit juste que ce n’est pas un génocide, c’est la guerre", a pris position la journaliste. "Je ne suis pas juif, je parle en tant qu’observateur de la société, mais qu’est-ce qu’on a raté pour que le débat soit cristallisé, violent à ce point ?", s'est interrogé son collègue.
Et Caroline Fourest de conclure sa chronique : "Aujourd'hui, je me fais traiter de génocidaire pour dire que je ne veux pas que l'émotion de la mort des civils palestiniens soit utilisée de façon antisémite. La gauche sectaire pro islamiste a gagné et a exclu la gauche humaniste, laïque, voltairienne et camusienne. Je demande à tous ceux qui sont un peu de bonne foi et sincères : arrêtez à temps, parce qu’un jour, c’est vous qui serez traités d’islamophobes, de génocidaires et d’extrême droite. C’est vous qui vous ferez courser physiquement. Et peut-être un jour, ce sont vos enfants qui se feront tuer à cause de ces amalgames."
Des propos qui ont fait place à un long silence sur le plateau, l'animateur ne parvenant pas à reprendre la parole et enchaîner sur la séquence suivante : "Maintenant, c'est David qui est ému, a constaté Caroline Fourest. J'ai réussi à émouvoir David ! Alors que quand on connaît l’immense professionnalisme qui est le tien et la façon dont tu sais tenir l’émotion à distance, je ne sais pas si je dois m’excuser ou te remercier." Ce à quoi le principal intéressé a répondu des trémolos dans la voix : "Merci Caroline et à mardi prochain", visiblement très touché.