Après avoir couvert l'actualité politique en long, en large et en travers sur La chaîne parlementaire pendant 14 ans jusqu'en 2024 et présenté la matinale week-end de franceinfo ces deux dernières saisons, Brigitte Boucher est revenue à ses premières amours, l'économie. Elle est désormais à la tête de "Good Morning Business", la matinale de BFM Business co-diffusée sur RMC Life tous les matins de 6h à 9h. "Il ne faut pas rester statique ou confortablement assis sur son siège", explique auprès de Puremédias celle qui a vu dans cette opportunité "un nouveau défi".
Propos recueillis par Léa Stassinet
Puremédias : Vous venez d'achever votre première semaine à la tête de "Good Morning Business", marquée notamment par une édition spéciale à la REF (Rencontre des Entrepreneurs de France, ndlr) du Medef. Comment avez-vous vécu ces premiers jours ?
Brigitte Boucher : C'est un retour aux sources pour moi parce que j'ai passé 10 ans aux "Échos", c'est là que j'ai commencé ma carrière. Après, je m'étais davantage tournée vers la politique. Je suis très heureuse de revenir à l'économie, ça m'apporte beaucoup. Il y a beaucoup de richesse sur le contenu de l'information, des profils très variés. Et puis surtout, c'est une actualité qui est assez optimiste, je trouve. Et, dans ce contexte actuel et dans ce contexte présidentiel, ça fait du bien aussi d'entendre des patrons qui ont envie de réussir, de produire, qui se donnent du mal, qui essayent, qui choisissent des solutions pour le pays. Et, quelque part, il y a une dimension aussi un peu patriotique, nationale qui me plaît, qu'il y avait aussi dans la politique. Quant à la "REF", c'est un rendez-vous très important. "Good Morning Business" est toujours délocalisée là-bas, c'est l'événement des patrons. Pour moi, c'était une évidence d'y être. J'aime être sur le terrain, là où ça se passe, on ressent mieux les choses, on est plus proche de ce que pensent les décideurs.
Après 15 ans de politique à LCP mais aussi sur franceinfo où vous meniez des interviews, vous avez eu votre dose ?
J'ai adoré la politique et j'y reviendrai peut-être. Mais j'avais besoin d'une parenthèse. Quand on passe beaucoup de temps en politique, on a parfois l'impression que c'est redondant, que les sujets se recoupent et que ça n'avance pas. L'économie offre un regard différent. Et puis, elle sera au cœur de la campagne présidentielle de 2027.
Qu'est-ce qui a motivé votre départ de la matinale week-end de franceinfo, un rendez-vous pourtant plus exposé médiatiquement ?
Vous savez, il y a plus d'auditeurs et de téléspectateurs réunis sur BFM Business que le week-end sur franceinfo. Mais je ne raisonne pas comme ça : je marche à l'envie, à l'intérêt et au challenge. Il ne faut pas rester statique ou confortablement assis sur son siège. C'est bien de bouger et de voir autre chose. Il faut se remettre en question et moi j'avais envie de nouveaux challenges. Ce nouveau défi s'est présenté et j'ai saisi l'opportunité.
Vous dites fonctionner à l'envie, vous avez quand même un œil sur les audiences ?
Le sujet majeur pour moi, il est de pouvoir intéresser les auditeurs ou les téléspectateurs. Après c'est sûr que plus vous faites d'audience, plus le contenu que vous apportez aux gens est entendu et reçu. Moi, c'est ça qui m'intéresse. C'est que l'actualité qu'on va leur proposer soit suffisamment intéressante, décryptée, analysée pour qu'eux, ils trouvent un intérêt à l'écouter. Après, regarder les chiffres pour regarder les chiffres, se dire : "je vais aller là parce qu'il y a plus d'audience", ça n'a jamais été un critère pour moi. J'ai passé 14 ans à LCP et avant, j'étais à I-Télé, l'ancien CNews, et je faisais beaucoup plus d'audience à I-Télé. Et pourtant, j'ai choisi d'aller à LCP parce que c'était un nouveau défi, parce que j'avais envie de faire plus de politique, et j'y étais très heureuse puisque j'y suis restée 14 ans. Et ce n'était pas du tout le critère de l'audience qui était pour moi important.
Vous succédez à Laure Closier, qui présentait "Good Morning Business" depuis quatre saisons. Avez-vous opéré des changements dans l'émission pour mettre votre patte, ou plutôt privilégié la continuité ?
La radio, ce sont des habitudes, il ne faut pas perdre les auditeurs, surtout quand la voix de la matinale change. Je ne voulais pas les faire fuir, d'autant plus que le travail de Laure était très bon. Il n'y avait aucune envie de tourner la page. J'ai simplement apporté ma touche : nous avons créé une tribune politique quotidienne, ce qui a du sens en cette période de campagne présidentielle. Nous avons aussi supprimé une interview pour donner un peu d'air car il y avait beaucoup de rendez-vous, on courait tout le temps. Désormais on se donne un peu plus de temps pour analyser et décrypter, tout en gardant le rythme.
Comment décririez-vous le ton de cette matinale ? S'adresse-t-elle aussi aux néophytes ?
Elle s'adresse aux passionnés d'économie, mais l'idée est aussi de faire grandir le panel d'auditeurs. Si on jargonne trop, on parle entre nous. J'ai toujours à cœur de pouvoir apporter de l'information qui soit analysée, qui soit décryptée, qui soit compréhensible. Même pour moi, certains sujets économiques restent très abstraits et demandent de la pédagogie. Mon rôle de journaliste est d'offrir une information accessible à tous.
Vous quittez une matinale week-end pour une matinale quotidienne. Vous lever en pleine nuit ne vous fait donc pas peur ?
Je ne sais pas si on s'habitue vraiment à se lever en pleine nuit mais c'est plus facile que cela ne l'a été (rires). C'est une organisation assez précise et c'est assez drastique comme quotidien. Il faut éviter les écarts. Moi, je suis marathonienne, donc ça ne me fait pas trop peur car cette discipline, je l'ai d'une certaine manière. Aujourd'hui, je l'applique plus au travail qu'au sport (rires). Mais elle ne me fait pas peur. Si vous voulez pouvoir durer, il faut avoir une rigueur de fer.
L'an dernier, après une interview tendue avec Danièle Obono (députée LFI) dans laquelle vous n'étiez pas d'accord sur le fait d'employer le terme "génocide" pour parler de la situation à Gaza, vous avez été cyberharcelée et menacée, et aviez révélé avoir porté plainte. Où en est l'enquête aujourd'hui ?
C'est terminé aujourd'hui, l'enquête est close. Ce que je veux dire, c'est que toutes les opinions peuvent s'entendre, mais dans ce cas précis, je ne donnais pas une opinion : je rappelais une vérité factuelle, qui n'a pas plu dans le camp des Insoumis. J'ai fait mon travail et je pense l'avoir fait honnêtement, sans prendre parti. On ne peut pas s'en prendre aux gens parce qu'on prend une opinion pour une information. Et puis moi, je suis capable de me défendre mais à partir du moment où on s'en prend à mes enfants et où il y a des menaces de mort, je considérais qu'il fallait aller porter plainte.
Cet épisode est-il révélateur d'un climat politique et social plus tendu, qui va forcément rendre la campagne présidentielle plus violente ?
Cette élection sera certainement la plus tendue qu'on ait connue. Les Français veulent de la radicalité parce qu'ils veulent que ça change, donc c'est pour ça qu'on voit aujourd'hui Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon, souvent au deuxième tour face-à-face dans les sondages. Je pense qu'il y a aussi une faillite des politiques depuis des années à changer la vie des gens, changer le quotidien, à avoir le courage de faire les choses. Et donc il y a une sorte de ras-le-bol qui s'exprime dans la société, et ce ras-le-bol s'exprime en se tournant vers les extrêmes. Donc ça va être violent, et ça le sera d'autant plus que c'est amplifié par les réseaux sociaux et qu'il faut s'attendre aussi à un certain nombre de cyberattaques et donc à de la désinformation. Ce sera une campagne difficile.
Allez-vous recevoir des candidats dans "Good Morning Business" ?
J'aimerais évidemment que les candidats à la présidentielle viennent nous parler de leur programme économique. Durant la "REF" cette semaine, on s'est aperçu que leurs programmes n'étaient pas encore tout à fait chiffrés. Mais je leur tends la main et je leur dis : "Venez en parler !" dans notre matinale, parce que l'économie sera vraiment au cœur de 2027. Il y a la problématique de la dette, des déficits, des retraites, le coût du travail... Tous ces sujets-là, il va falloir les traiter et avoir le courage de les prendre à bras le corps.
Maintenant que vous êtes dans le groupe RMC BFM, peut-on imaginer vous voir ponctuellement sur d'autres médias du groupe, comme BFMTV ?
Ce n'est pas prévu comme ça. Cet été, on m'avait proposé de faire des remplacements sur BFMTV, je l'ai fait très volontiers. Je suis évidemment disponible s'ils ont besoin de moi mais ce n'est pas prévu aujourd'hui. Je suis à fond dans la matinale de BFM Business et je vais me concentrer là-dessus.