"Depuis des années, Raymond Domenech tient un journal intime... Il nous en a confié l’accès intégral". C’est par cette révélation choc que s’ouvre "Le Bus : Les Bleus en grève", le très attendu documentaire de Netflix consacré au fiasco le plus retentissant de l’histoire du football français. Souvenez-vous : en 2010, sous les yeux des caméras du monde entier, l’équipe de France refusait de s’entraîner en soutien à Nicolas Anelka, exclu par la Fédération française de football (FFF) après un violent clash avec Raymond Domenech dans les vestiaires.
"Mon histoire me conduira sur l’échafaud"Raymon Domenech
Seize ans après ce traumatisme sportif et médiatique, plusieurs protagonistes de l’époque prennent la parole pour la première fois afin de raconter ce qu’il s’est réellement passé à Knysna. Construit comme un thriller, ponctué d’un cliffhanger final que Netflix demande à la presse de ne pas révéler, le documentaire retrace la lente décomposition des Bleus à partir de l’échec en finale de la Coupe du monde 2006 face à l’Italie. Pendant 79 minutes, le spectateur assiste surtout à la descente aux enfers d'un homme : Raymond Domenech. Dépassé par les événements et obsédé par son ambition de décrocher le Graal, le sélectionneur perd progressivement pied. Sa demande en mariage lunaire à Estelle Denis en direct à la télévision, sa passion assumée pour l’astrologie pour construire ses stratégies sportives, ou encore son incapacité à communiquer avec ses joueurs vont précipiter les Bleus vers le désastre de Knysna. "Je suis dépassé, beaucoup de monde attend notre chute. Juste envie de m’arrêter. Mon histoire me conduira sur l’échafaud, écrit-il dans son journal intime. Estelle (Denis) veut que je travaille ma com' mais je m’en fous. Qu’ils aillent tous se faire foutre !".
Dans ses notes, Raymond Domenech n'épargne personne : "J’ai parfois des montées de haine envers ces abrutis", écrit-il à propos des Bleus, avant de s’en prendre personnellement à plusieurs joueurs. "Yoann Gourcuff ? Mais qu’il est con. Autiste léger d’abord et con ensuite", "Nicolas Anelka, dans le genre c’est un vrai connard", ou encore "Thierry Henry ? Lion banal : il se regarde le nombril".
Au fil des minutes, le documentaire montre à quel point Raymond Domenech s’enfonce dans la paranoïa et le chaos. "Quelqu’un du vestiaire a bavé", lâche-t-il persuadé de sentir "l'odeur de complot" et obsédé par l’idée de découvrir "la taupe", "un enculé qui raconte…".
Agrémenté des témoignages de plusieurs membres du staff de l’époque — François Manardo, ancien chef de presse des Bleus, ou encore Robert Duverne, préparateur physique — ainsi que d’anciens joueurs comme Patrice Evra, William Gallas et Bacary Sagna, le documentaire produit par Yoan Zerbit et Stephen Kamga revient évidemment sur le clash avec Nicolas Anelka à la mi-temps du match de France-Mexique (0-2) et la mythique Une de "L’Équipe" qui en a découlé. "Je suis formel, il ne me l’a jamais dit", affirme Raymond Domenech dans le documentaire, une version corroborée par plusieurs protagonistes. "Il m’a tutoyé. Ce n’était jamais arrivé. Pour moi, ça a été le pire de tout".
Mais alors pourquoi Raymond Domenech n’a-t-il jamais publiquement démenti la Une de "L’Équipe" affirmant qu’Anelka l’avait traité de "fils de pute" dans les vestiaires ? "Parce que je m’en fous. Vous pouvez pas imaginer à quel point je m’en fous. Mentir, démentir, ça m’importait peu", répond-il face caméra. Le sélectionneur assure même avoir "bien dormi" après la découverte de cette couverture devenue historique et ses conséquences désastreuses pour l’image du football français. Nicolas Anelka écopera finalement de 18 matches de suspension, la sanction la plus lourde jamais infligée à un joueur de l’équipe de France.
Entre luttes de pouvoir, ego surdimensionnés et chaos médiatique, le documentaire de Netflix offre une plongée fascinante dans les coulisses ultra-verrouillées des Bleus. Après "De rockstar à tueur : le cas Cantat", la plateforme confirme une nouvelle fois son savoir-faire pour raconter des grandes fractures françaises.

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