"Libération" et Jean Quatremer, c'est terminé. Après plus de 40 ans de collaboration, le journaliste quitte le journal aujourd'hui dirigé par Sonia Delesalle-Stolper, et ce dans un climat plutôt dégradé. "Même si nos chemins se séparent aujourd’hui, la direction de 'Libération' salue [le] travail exceptionnel [de Jean Quatremer], le remercie et lui souhaite évidemment le meilleur dans ses nouvelles aventures", a pourtant déclaré le quotidien le 29 juillet dans un communiqué cité par "Le Monde". Le son de cloche est moins cordial du côté du journaliste en partance pour "Marianne", qui est revenu sur son départ dans les colonnes du "Point".
"L’islamo-gauchisme et le wokisme ont gagné", a ainsi déploré Jean Quatremer auprès de l'hebdomadaire. Personne, jamais, n’est venu me dire en face ce qui n’allait pas, sauf à la toute fin, sur les réseaux sociaux, quand il est devenu évident que j’allais m’en aller". Le journaliste, qui se définit comme un social-démocrate, déplore la dégradation de l'ambiance au sein de la rédaction après l'affirmation publique de certaines de ses convictions, très contestées en interne. "Les engueulades auraient sans doute été saignantes dans le 'Libération' des années 1990, mais dans le 'Libération' de 2026, on ne débat plus. Mes ennemis en interne ne se dévoilaient pas et ne voulaient pas discuter, seulement me faire taire, a relaté le journaliste, toujours dans les colonnes du "Point". Je défends l’idée qu’Israël est une démocratie. Je constate que les preuves d’un génocide à Gaza restent introuvables. Je pense qu’on peut parler sans détour d’un antisémitisme musulman. Si je me trompe, n’importe qui à 'Libération' pouvait demander un espace pour tenter de le démontrer. Personne ne l’a fait."
Celui qui est aussi un intervenant régulier de la chaîne LCI a adressé une lettre d'adieu à son ancienne rédaction, publiée par "Le Point". Une missive dans laquelle, après avoir rendu hommage aux rédacteurs en chef qui se sont succédé et au journal, Jean Quatremer vise clairement certains de ses collègues, appartenant selon ses termes à "cette nouvelle gauche qui se vautre dans l’antisémitisme et défend la liberté d’exprimer… la même opinion qu’elle." "Je l’admets, je ne me reconnais pas dans cette gauche-là qui est la négation même des principes qui ont fondé 'Libé'. Certes ils sont très loin d’être majoritaires dans le journal et a fortiori dans sa direction, mais selon des méthodes de harcèlement éprouvées à l’extrême gauche, ils parviennent à me rendre l’air irrespirable, a notamment écrit le journaliste. Je n’ai pas l’intention d’en abandonner la moindre parcelle, ni de me plier à quelque discipline que ce soit, ni de consacrer mon temps à me justifier devant des groupuscules dans des procès de Moscou-sur-Seine. J’ai passé l’âge de céder aux intimidations des 'offensés' à géométrie variable", a-t-il également ajouté.
"Je me lève et je me casse", a posté Jean Quatremer sur X pour évoquer son départ. "Marianne" a, de son côté, annoncé son arrivée "en tant qu'éditorialiste". "Il y exprimera sa voix singulière, sociale-démocrate, comme l'avait fait avant lui Jacques Julliard en quittant 'Le Nouvel Observateur' en 2010", écrit l'hebdomadaire.