L’heure était aux explications. Leader de La France insoumise et co-président de l'Institut La Boétie, Jean-Luc Mélenchon avait été invité par Anne-Claire Coudray dans son "13 Heures", le samedi 23 août, pour évoquer le mouvement de blocage annoncé pour le 10 septembre par son parti politique. Un mot d’ordre qu’il a martelé lors de cette intervention en direct depuis Châteauneuf-sur-Isère, dans la Drôme, où se déroulent les "Amfis d’été", soit la rentrée des classes de LFI. "Cet appel à s'investir" doit, selon lui, être le préambule à la motion de censure que son camp entend déposer. Mais, le capitaine de route s’est également expliqué sur le refus de LFI d’accréditer un journaliste du "Monde" à cet événement.
Olivier Pérou, co-auteur avec la journaliste de "Libération" Charlotte Belaïch de "La meute", livre-enquête sur le fonctionnement interne du mouvement, a en effet vu son attestation rejetée par La France Insoumise. Jean-Luc Mélenchon s'est est expliqué, dépeignant "un livre qui explique que nous sommes une secte, alors que nous sommes le premier parti parlementaire de la gauche à l'Assemblée, qui met en cause nos vies privées qui ne respecte pas le principe du contradictoire". "Nous avons le droit de refuser la personne qui est responsable, et nous avons dit à ces deux journaux que nous avions un problème", s'est-il ensuite défendu, se sentant parfaitement légitime pour ne pas délivrer ce bout de plastique encarté à ce suiveur.
"Vous ne pouvez pas penser, vous les journalistes, que vous avez le droit de vous comporter en dehors de votre déontologie et que nous allons sourire. Nous sommes des personnes et nous revendiquons notre dignité humaine", a insisté l'homme défiant envers les médias, interrompu dans son propos par la présentatrice de cette édition. 70 journalistes avaient obtenu leur accréditation pour cet événement de rentrée politique. Puremédias vous propose de visionner cet extrait de son interview dans la vidéo en tête d'article.
Dès jeudi soir, dans un éditorial, le directeur du "Monde", Jérôme Fenoglio, a élevé "la plus vive protestation contre cette entrave caractérisée à la liberté de la presse et à l’accès à l’information". "Aucune formation, quel que soit son bord politique, n’avait jusqu’à présent prononcé une telle mesure d’éviction contre un de nos journalistes à l’occasion d’un événement de ce type", a-t-il fustigé, apportant son soutien à son collaborateur. Plusieurs journalistes et sociétés de journalistes ont vivement réagi à cette affaire, et défendu la position de leur confrère. "La SDJ de BFMTV rappelle que ce n'est pas aux partis politiques de choisir leurs journalistes", a-t-elle fait savoir sur X, dénonçant "une atteinte grave à la liberté de la presse". "Violer la liberté de la presse, c'est refuser son droit d'enquêter. C'est ce que fait LFI en interdisant Olivier Pérou parce qu'il est le coauteur du livre 'La meute'", s'est ému Edwy Plenel, le cofondateur de "Mediapart".
De son côté, La France insoumise avait réagi via l'AFP, affirmant que "les principes qui régissent la liberté d'information sont assortis de règles déontologiques (respect du contradictoire, protection de la vie privée, rigueur, sources multiples)" et que "celles-ci ont été largement bafouées dans l'ouvrage que monsieur Pérou a consacré à la France insoumise". LFI accuse le journaliste d'avoir "lourdement diffamé" le mouvement politique et d'avoir "inventé de fausses informations" sur sa vie interne. Et le parti d'affirmer que "contrairement à ce que la direction du 'Monde' indique, cela n'empêche nullement ce journal d'être représenté pour nos universités d'été. La rédaction du 'Monde' est tout à fait la bienvenue pour couvrir cet événement", sous-entendu en envoyant un autre journaliste qu'Olivier Pérou. Une hypothèse immédiatement écartée par Jérôme Fenoglio dans son édito.
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