"Il nous a été demandé de 'partir' de cet 'événement privé'". Dans un article publié le 22 janvier, une journaliste du "Monde" raconte avoir été, au même titre que plusieurs autres de ses confrères, refoulée d'un meeting de soutien à Rachida Dati organisé de façon informelle dimanche 18 janvier. Dans le détail, la ministre de la Culture, candidate à la mairie de Paris pour le scrutin prévu les 15 et 22 mars prochains, était invitée à un après-midi "galette des rois" à la fédération LR de Paris, qui s'est transformé selon nos confrères en une réunion de soutien à celle qui espère succéder à Anne Hidalgo.
Déplorant ne pas avoir accès à la candidate, qui ne fait "ni conférence de presse ni événement ouvert aux médias" durant sa campagne, les journalistes présents ont alors saisi l'occasion pour tenter d'avoir quelques mots de Rachida Dati. Mais "tous n’ont pas reçu le même accueil", explique la journaliste. "Si la plupart ont pu être accrédités, 'Le Monde' et 'Marianne' n’ont pas eu l’autorisation d’entrer, au prétexte que la demande avait été mal ou pas formulée. Deux photographes de l’association Divergence ont connu le même sort", poursuit-elle, ajoutant qu'il n'avait pas été expressément dit qu'ils étaient "interdits" d'entrer. "Alors que nous avions pu entrer avec les militants, il nous a été demandé de 'partir' de cet 'événement privé'", ajoute Hélène Bekmezian.
Une journaliste de Radio Nova venue faire une chronique humoristique a elle aussi subi le même sort. Alors qu'elle avait été autorisée à couvrir l'événement, elle a été poussée vers la sortie "au motif que Radio Nova, c'est pas possible". "Rachida choisit qui elle veut, c’est hallucinant…", déplorait auprès du "Monde" un haut cadre des Républicains. D'autres élus proches de la candidate, à l'image de Jack-Yves Bohbot, entré au Conseil de Paris en 1989, ou Inès de Raguenel, vice-présidente du groupe de Rachida Dati, ont essayé de faire changer d'avis les équipes de la maire du VIIe arrondissement de la capitale, mais rien n'y a fait, provoquant l'incompréhension d'autres soutiens de la candidate. Sylvain Maillard, soutien venu de Renaissance, et Delphine Bürkli, maire du IXe arrondissement et membre d’Horizons, "étaient aussi marris qu’interloqués de voir des journalistes refoulés", écrit "Le Monde".
Rachida Dati et la presse entretiennent des rapports compliqués, comme elle n'en a pas fait mystère au micro de France Inter. "En 2020, j’ai fait toute la campagne en vents contraires, dans la presse je n’ai eu que des articles de bout en bout négatifs. Au bout d’un moment, je n’ai pas envie de perdre ni mon énergie ni mon temps là-dedans", affirmait-elle.
Une séquence avait beaucoup fait parler il y a quelques mois. Invitée de "C à vous" sur France 5 et interrogée par Patrick Cohen sur une enquête de "Complément d’enquête" et du "Nouvel Obs" sur un potentiel conflit d'intérêts entre elle et GDF Suez, le ton était rapidement monté. "Mais monsieur Patrick Cohen, est-ce que vous êtes dans le dossier ? Non. Est-ce que vous êtes magistrat ? Non. Ce n'est pas à vous que je dois répondre si je dois répondre; Mais les réponses ont toutes été données, puisque mon dossier est clôturé" lui a lancé Rachida Dati, avant que le journaliste ne la reprenne en lui disant que ce dossier n'était pas "clôturé".
"Vous n'avez pas d'élément de ce qui a été dit. Est-ce que vous avez vérifié ? Monsieur Cohen, il y a une enquête Mediapart qui vous a mis en cause pour harcèlement, management toxique. Est-ce que c'est vrai, monsieur Cohen ? Est-ce que vous harcelez vos collaborateurs ? Est-ce que vous êtes désagréable avec les gens avec lesquels vous travaillez ? C'est affirmé dans une enquête Mediapart. Est-ce que vous pouvez me répondre ?" l'a questionné Rachida Dati. "Ne détournez pas la question. Je n'ai pas d'enquête de justice... Je n'ai pas été accusé de harcèlement" a tenté de se défendre, en vain, le journaliste. "Le harcèlement, c'est un délit, M. Cohen. Avez-vous harcelé vos collaborateurs ? Est-ce que vous êtes désagréable avec vos proches ?", l'a invectivé Rachida Dati avant qu'Anne-Elisabeth Lemoine ne l'interrompe d'un "Madame la ministre".
"De la même manière, on a dit qu'à 'C à vous" que l'ambiance est épouvantable, que vous pleurez toute la journée et que tout le monde est mis en cause. Est-ce que c'est vrai ? Ça m'intéresse, moi" a lancé la ministre à la journaliste. "Vous allez vous contenter de mon non. Non, c'est faux" a rétorqué Anne-Elisabeth Lemoine visiblement agacée avant de tenter de définitivement reprendre la main sur la fin de l'interview. "Donc nous on va se contenter de votre non, c'est faux". Mais la ministre de continuer à s'en prendre Patrick Cohen : "Vous pourriez tomber pour ce délit Monsieur Cohen. Il suffirait que je fasse un article 40 pour dénoncer suite à ce papier de Médiapart. Je peux saisir le tribunal" a-t-elle menacé Patrick Cohen. "Je vous y invite, en l'occurrence, personne n'a été saisi, ni par la justice, ni en interne, au sein de Radio France. Il n'y a pas eu de saisine interne au sein de Radio France" a-t-il expliqué avant de conclure : "Ce n'est pas très reluisant ce que vous faites, madame Dati. C'est déshonorant".

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