"Je n'ai jamais parlé de liste noire". Lors de l'Assemblée générale du groupe Canal+ ce vendredi 29 mai, Maxime Saada, président du directoire du groupe audiovisuel est longuement revenu sur la polémique qui agite le monde du cinéma depuis plusieurs semaines. Le point de départ : une tribune parue dans "Libération" initiée par le collectif Zapper Bolloré, qui s'y inquiétait de la future acquisition par le milliardaire Vincent Bolloré (actionnaire de référence de Canal+) du réseau des salles de cinéma UGC, et du danger que cela pouvait présenter pour la pluralité dans les films proposés au cinéma. Approuvée par plus de 4.000 professionnels du cinéma à ce jour, la tribune avait provoqué le courroux de Maxime Saada, qui avait affirmé que le groupe Canal+ ne travaillerait dorénavant plus avec les signataires.
Ce vendredi donc, Maxime Saada a précisé ses propos. Après avoir remercié "l'immense majorité des professionnels du secteur qui n'ont pas signé cette pétition", il a affirmé que dans cette pétition, c'était "la stratégie industrielle de Canal+ qui est attaquée" et non pas Vincent Bolloré, car "Canal+ n'est pas contrôlé par le groupe Bolloré, qui est notre actionnaire de référence mais qui n'est pas en contrôle". Il est ensuite revenu sur le sentiment d'"injustice" que lui et les équipes de Canal+ ont ressenti. "Quand on parle de 'vision fasciste de l'imaginaire collectif' à côté du nom Canal+, c'est la réputation des équipes et l'intégrité des équipes de Canal+, la mienne qui est attaquée", a-t-il réitéré.
Il a cependant réfuté toute "liste noire" de ceux qui auraient signé le texte. "Je n'ai évidemment jamais parlé de liste noire. Il est pas question pour nous d'aller traquer les techniciens qui ont signé la pétition et de ne plus travailler, de ne plus financer les films dans lesquels, pour lesquels ils travaillent, ça n'a aucun sens. On a un minimum de conscience, et on ne va pas traquer des gens qui qui ont besoin de leur travail pour manger et pour vivre. Évidemment, il n'en a jamais été question, et il n'en sera jamais question", a-t-il assuré. En revanche, le patron de Canal+ a expliqué que les demandes de financement de projets seraient toujours étudiées au cas par cas, en comité cinéma. "Mais il est vrai que je vais ajouter une nouvelle dimension sur les dossiers qu'on va étudier, et je ne veux pas m'en cacher. Et cette dimension, ça sera : quelle est la considération qui est portée par les personnes qui portent ce projet vis-à-vis de Canal+ ? Est-ce que ces personnes ont porté un préjudice à Canal+ ou non ? Je ne peux pas ne pas prendre en compte cela, ça serait inconséquent. Si quelqu'un sonne chez vous, vous traite de fasciste et ensuite vous demande de l'argent, peut-être que vous ne lui donnerez pas de l'argent. Et on va faire exactement pareil", a-t-il imagé.
Ces propos vont-ils rassurer la profession ? Ce mercredi 27 mai, 14 associations de techniciens du cinéma et de l’audiovisuel ont affirmé avoir été "troublées" par les déclarations de Maxime Saada à l’encontre des signataires de la tribune "Zapper Bolloré". "Nous souhaitons réaffirmer collectivement notre attachement à la liberté d’expression, droit fondamental de notre démocratie, ainsi qu’à la possibilité, pour chacune et chacun, d’exprimer une conviction, une inquiétude ou un désaccord sans crainte que cela ne puisse fragiliser les conditions d’exercice de son travail au quotidien", avaient-ils écrit.
"La création ne prospère ni dans la peur, ni dans l’uniformité. Elle se nourrit d’indépendance, de pluralisme, de contradiction et de respect mutuel", ont assuré, de leur côté, les 14 associations de techniciens de l'audiovisuel et du cinéma dans leur communiqué, relayé par "Satellifacts". Selon elles, l'inquiétude exprimée dans la tribune de "Libération" et approuvée par les 4000 signataires "mérite d’être entendue et discutée" et "le dialogue entre l’ensemble des acteurs de notre secteur" devra à l'avenir être renforcé. Les organisations de techniciens, qui soulignent dans leur communiqué le rôle central du groupe Canal+ dans le financement du cinéma dans l'Hexagone, sont rejointes dans leur prise de position par l'association Les monteuses et monteurs associés (LMA). Dans une communication distincte publiée le 23 mai, celle-ci avait martelé que "la mise au ban de qui que ce soit en raison de propos exprimés publiquement n’[était] pas tolérable" et que "cette tentative d’intimidation de la profession n’[avait] pas sa place dans le débat démocratique". "Il est inadmissible que les signataires d’une tribune libre puissent être ainsi menacés", avait déploré la LMA, qui s'était dite "choquée" des propos de Maxime Saada. "De tels agissements sont très inquiétants pour l’avenir, pour la liberté d’expression et de création, et ils nous obligent à la plus grande vigilance."
Selon "Satellifacts", Cyrille Bolloré, fils de Vincent Bolloré, a tenté d'éteindre l'incendie le 27 mai dans le cadre de l'assemblée générale du groupe détenu par le milliardaire breton. Cyrille Bolloré a assuré être "dans l’apaisement [et] la bienveillance." "Ne pas aller financer un scénariste […] est un truc qui, à mon avis, n’est pas à la hauteur du débat", a-t-il notamment déclaré avant de minimiser l'influence du groupe sur Canal+, n'y ayant qu'une "participation".

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