C'est une tribune qui a trouvé de l'écho, en plein Festival de Cannes. Le 11 mai, "Libération" publiait une prise de parole du collectif "Zapper Bolloré", s'alarmant de la future mainmise du groupe du milliardaire breton sur le réseau des salles de cinéma UGC. Vivendi, qui a déjà acquis 34% du capital de la société, en vise les 100% à l'horizon 2028. Une perspective très inquiétante pour le collectif, qui avait indiqué que Vincent Bolloré allait bientôt être "en position de contrôler la totalité de la chaîne de fabrication des films, de leur financement à leur diffusion sur petit et grand écran". "[...] Le milliardaire ne cache pas qu’il mène un 'projet civilisationnel', réactionnaire d’extrême droite, à travers ses chaînes de télé comme CNews et ses maisons d’édition. Si l’influence de cette offensive idéologique sur le contenu des films a été pour le moment discrète, nous ne nous faisons pas d’illusion : ça ne durera pas", pouvait-on notamment lire dans ce texte soutenu par 600 signataires, dont Juliette Binoche, Swann Arlaud, Raymond Depardon, Adèle Haenel ou encore le scénariste Arthur Harari.
Depuis la Croisette, Maxime Saada, le président du directoire du groupe Canal+, propriété de Vincent Bolloré, a affirmé que cette tribune était un point de non-retour pour ses signataires, et que son groupe ne collaborerait plus avec eux à l'avenir. "J'ai vécu cette pétition comme une injustice vis-à-vis des équipes Canal qui s'attachent à défendre l'indépendance de Canal+, dans toute la diversité de ses choix, a affirmé le dirigeant lors du "brunch des producteurs" du Festival de Cannes, selon des propos rapportés par l'AFP. En conséquence, je ne travaillerai plus, je ne souhaite plus que Canal travaille avec les gens qui ont signé cette pétition. [...] Je n’ai pas envie de travailler avec des gens qui me traitent de crypto-fasciste, je suis désolé, la limite, pour moi elle est là." Le groupe Canal+ est à ce jour le premier financeur du cinéma français, rappellent nos confrères, malgré un budget alloué au secteur en baisse (170 millions d'ici 2027, contre 220 millions auparavant).
"Pouvons-nous encore croire à l'indépendance de Canal+ vis-à-vis du milliardaire d’extrême droite, contre lequel il est désormais officiellement impossible de s’exprimer ?", a déploré le collectif Zapper Bolloré auprès de l'AFP, suite à la réaction de Maxime Saada. Gaëtan Bruel, président du Centre national du cinéma et de l'image animée (CNC), a "regretté" ce lundi 18 mai sur France Inter la réaction du président du directoire de Canal+. "Sur le plan de la liberté d'expression, ça pose question. Parce que le droit à la critique, ça fait partie de ce principe fondamental, a-t-il affirmé, avant de préciser : Canal est toujours le premier soutien privé de la plus grande diversité du cinéma français [...] C'est factuellement faux de dire que Canal aurait renoncé à soutenir toute la diversité du cinéma. Je ne me retrouve pas dans les faits que [la tribune] dénonce (...) et il faut faire attention aux prophéties autoréalisatrices", a-t-il conclu.
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