"Méthodes discutables, harcèlement et reportages bidon" : c'est ainsi que le média d'extrême droite "Frontières" présente l'émission "Cash investigation" dans une vidéo mise en ligne sur Youtube le 22 juin, intitulée "Investigation Cash : La vérité sur Élise Lucet !". Décrivant leur contenu comme une "contre-enquête", les auteurs affirment vouloir révéler "les zones d'ombre de la journaliste et les vérités cachées derrière les méthodes du service public".
Face à l'ampleur de la diffusion de cette vidéo, la rédaction de "Cash investigation" et France Télévisions ont réagi publiquement ce mercredi. Dans un long communiqué publié sur les réseaux sociaux, elle dénonce une "longue liste de fake news et d'approximations". Parmi les affirmations jugées trompeuses, celle de l'influenceur Marc Blata, interrogé par "Frontières" à propos d'un numéro de "Cash investigation" le visant directement.
Il y déclare que l'équipe du programme aurait dépensé 1.000 euros pour un dîner à Dubaï. Or, selon la société Premières Lignes, qui produit l'émission, la note s'élevait en réalité à 290 euros. La confusion entre dirhams et euros n'a pas été corrigée par "Frontières", qui n'a jamais contacté la production pour vérifier les propos de l'influenceur, visé par des plaintes pour escroquerie. Autre erreur factuelle : Marc Blata affirme qu'Élise Lucet est venue avec 4 à 5 personnes, augmentant ainsi les frais de tournage. En vérité, seules trois personnes sont venues de Paris, le reste de l'équipe ayant été recruté localement pour limiter les coûts. Le restaurant présenté comme "luxueux" était simplement le lieu choisi par Marc Blata pour tourner son interview.
Le média d'extrême droite critique également les méthodes d'interview d'Élise Lucet, qu'il accuse de piéger ses interlocuteurs sans les prévenir. Une accusation que la rédaction juge infondée : "Nous contactons systématiquement les personnes visées plusieurs mois avant la diffusion", rappelle-t-elle, affirmant que "Frontières" n'a jamais sollicité d'interview ni contacté l'équipe.
Enfin, "Frontières" affirme que l'émission a fait l'objet de poursuites et condamnations pour diffamation ou violation de domicile. Là encore, "Cash investigation" rectifie : l'émission n'a jamais été condamnée ni sanctionnée par l'Arcom. "Ces 3 contre-vérités ou approximations ne sont que quelques exemples parmi les nombreuses erreurs factuelles qui ponctuent la vidéo de 'Frontières'", résume le communiqué.
Cette vidéo survient deux jours avant la diffusion d'une enquête de "Cash Investigation" intitulée "Politique et business : les liaisons dangereuses ?", qui s'intéresse notamment à Pierre-Édouard Stérin, milliardaire et soutien assumé de l'extrême droite. Ce dernier a apporté son soutien financier au média "Frontières", explique encore la rédaction.
Sur les réseaux, le réalisateur de la vidéo, Jordan Florentin - intervenant régulier de CNews - qui se présente comme "grand reporter" pour "Frontières", s'est félicité du succès viral de son reportage : "300.000 vues en 36h sur YouTube pour notre contre-enquête sur Élise Lucet et le service public ! Le véritable contre-pouvoir, c'est nous et on va rien lâcher". La vidéo totalise désormais plus de 380.000 vues.
"Frontières", ex-"Livre Noir", est un média fondé en 2021 par Erik Tegnér, Swann Polydor et François de Voyer. Décrit par "Le Monde" et "Télérama" comme un "outil de propagande identitaire au service de la mouvance zemmourienne", il est régulièrement critiqué pour ses méthodes de désinformation, ses montages orientés et ses liens financiers opaques. Une étude de la Fondation Jean-Jaurès le qualifie même d'"organe de propagande antirépublicaine".

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