"CNews n'est pas une chaîne d'information. C'est une machine de propagande", affirme le texte. Lancée le 10 juin 2026 sur la plateforme de pétitions citoyennes de l'Assemblée nationale, une pétition intitulée "Supprimer CNews de l'audiovisuel français" connaît depuis quelques jours une accélération spectaculaire. Alors qu'elle ne comptait qu'environ 45.000 signatures mercredi, elle a franchi le seuil des 100.000 jeudi, puis celui des 200.000 vendredi, avant de dépasser les 300.000 ce samedi 31 octobre.
L'auteur du texte, un certain Lucas Massoni, dénonce les nombreux dérapages éditoriaux qu'il attribue à la chaîne du groupe Canal+, contrôlé par Vincent Bolloré, et l'accuse de contribuer à la banalisation des discours racistes et des idées d'extrême droite. "Depuis 2019, CNews cumule 27 rappels à l'ordre et 630.000 euros d'amendes. C'est le record absolu de l'audiovisuel français", avance notamment le pétitionnaire. Il cite plusieurs séquences controversées diffusées à l'antenne, notamment des propos visant Aya Nakamura, Rima Hassan ou encore le maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko, comparé à un singe par un invité de la chaîne.
La pétition remet également en question les sanctions de l'Arcom, largement insuffisantes selon le texte pour filtrer les propos tenus sur la chaîne. "L'Arcom ne régule plus", peut-on lire. "Il a fallu une décision du Conseil d'État en 2024 pour obtenir un simple 'avertissement', la sanction la plus faible du code pénal. Des consignes internes à l'Arcom demanderaient de 'lever le pied'. Le régulateur est devenu le paillasson du régulé", poursuit la pétition.
Estimant que les sanctions financières ne suffisent pas à faire évoluer les pratiques de CNews, Lucas Masson ajoute : "Les amendes sont un théâtre pour Vincent Bolloré qui pèse plus de dix milliards d'euros. 100.000 euros d'amende, c'est une pièce tombée du canapé. Chaque sanction est un ticket d'entrée qu'il paye volontiers pour continuer à déverser son poison. Tant que le signal reste à l'antenne, il gagne." Il réclame enfin "le retrait immédiat de la convention TNT de CNews" et "la fermeture de la chaîne". "Une fréquence publique, ça se mérite, ça ne se souille pas", conclut-il.
Ce regain de signatures intervient dans un climat particulièrement tendu depuis l'attentat raciste de Trappes et de La Verrière, dans les Yvelines, qui a fait un mort et plusieurs blessés le 23 octobre dernier. Depuis cette attaque, plusieurs responsables politiques dénoncent la responsabilité qu'ils attribuent à certaines chaînes d'information dans la diffusion de discours stigmatisants.
"Depuis des années, cette pseudo 'chaîne' met une cible dans le dos des musulmans", a notamment accusé le député LFI Thomas Portes sur X. De leur côté, les députés écologistes Benjamin Lucas-Lundy et Léa Balage El Mariky ont demandé le retrait des accréditations des médias du groupe Bolloré à l'Assemblée nationale. Mardi dernier, une équipe de CNews n'avait d'ailleurs pas été autorisée à assister à une conférence de presse organisée au Palais-Bourbon en présence du maire de Trappes, Ali Rabeh. "Il faut cesser de considérer que CNews est un média", avait déclaré l'élu, affirmant qu'il n'aurait pas été capable de rester dans la salle en présence de la chaîne.
Les tensions se manifestent également sur le terrain. Après que les locaux des CNews aient été ciblés en marge des manifestations du 17 octobre, des journalistes de BFMTV et de CNews ont été pris à partie lors d'un hommage aux victimes de Trappes le 24 octobre. Ce dimanche, une nouvelle équipe de CNews aurait été agressée en marge de la mobilisation du samedi 31 octobre. La journaliste Régine Delfour a témoigné sur la chaîne d'un "déferlement de violence" et indiqué qu'un agent de sécurité avait été blessé et transporté aux urgences. Elle a toutefois précisé ne pas savoir si son équipe avait été spécifiquement visée en raison de son appartenance à CNews, le micro ne portant pas de bonnette identifiable.
Avec plus de 300.000 signatures, la pétition pourrait prochainement atteindre le seuil des 500.000 soutiens. Si ceux-ci proviennent d'au moins 30 départements ou collectivités d'outre-mer, le texte pourrait alors faire l'objet d'un débat en séance publique à l'Assemblée nationale, sous réserve d'une décision favorable de ses instances. Une telle procédure n'entraînerait toutefois ni la fermeture automatique de CNews, ni l'examen obligatoire d'une proposition de loi. Le retrait d'une autorisation de diffusion sur la TNT relève de l'Arcom, le régulateur de l'audiovisuel. La pétition permet donc avant tout de porter cette revendication dans le débat public, sans conséquence juridique directe sur l'avenir de la chaîne.
