Avec 4,9 % de temps d’antenne en 2025, les enjeux environnementaux n'ont jamais été autant traités dans les médias traditionnels. Et pourtant, le bilan annuel de l'Observatoire des médias sur l'écologie n'est pas bon. Un rapport publié ce jeudi 5 février par l'OME révèle que 665 fausses informations sur le climat ont été relayées à la télévision comme à la radio en France l'année dernière, soit en moyenne 13 par semaine. Des centaines d'heures d'antenne ont d'abord été passées au peigne fin grâce à une intelligence artificielle pour détecter ces fake news, puis ont été revérifiées par une agence de "fact-checking". Le résultat de cette analyse minutieuse souligne que la désinformation climatique n'infuse pas uniquement sur les réseaux sociaux.
L'explosion de cette couverture approximative dans les médias traditionnels est en partie liée au Président américain Donald Trump, selon Eva Morel de l'association Quotaclimat, qui a participé à l'élaboration de ce rapport. "Quand Trump prend la parole sur des questions de climat et désinforme à ce sujet, ça encourage certains médias à inviter des porte-parole d'une tendance alignée avec celle de Trump. Ce qui nous préoccupe, c'est que ce soit fait sans contradiction dès lors que des éléments viennent contredire la science du climat", analyse-t-elle. Parmi les thèmes climatosceptiques les plus récurrents figurent l'inefficacité imaginaire des énergies renouvelables, le caractère non-néfaste des voitures thermiques ou encore la prétendue absence de consensus scientifique sur le dérèglement climatique.
Ce rapport annuel permet de mesurer l'accentuation des disparités entre médias. Alors que les chaînes de télévision généralistes et les médias publics "agissent comme des remparts" face à la désinformation, Europe 1, RMC, CNews et Sud Radio apparaissent comme les cancres de la classe. "Il y a quatre médias qui sont clairement, aujourd’hui, des relais proactifs de désinformation, et pour qui le levier de la régulation est le seul outil qui pourrait les stopper", détaille la secrétaire générale de QuotaClimat.
Pour une heure de programme consacré à l’information climatique diffusée, Sud Radio propage en moyenne deux fausses informations, tandis que CNews en véhicule une toutes les 35 minutes. Les relayeurs de ces fake news sont "à 32% des invités, 24% des invités politiques et 20% des journalistes". Par ailleurs, "80% de ces cas, prononcés par des journalistes, sont recensés sur CNews et Europe 1". Pour rappel, en novembre dernier, le Conseil d’État a confirmé la condamnation de la chaîne d'info du groupe Canal+ à 20.000 euros d’amende pour la diffusion de propos climatosceptiques non contredits à l’antenne.
Face à constat "inquiétant", l'Observatoire recommande davantage de formation des journalistes pour pouvoir contrer, en grande partie, les invités qui s'arc-boutent derrière leur position. "On s'adresse vraiment aux journalistes et aux médias", assure Eva Morel. "On leur demande de se former davantage sur les questions environnementales et surtout sur les narratifs les plus fréquents. Si on apprend par cœur la réponse à ces narratifs, on est en capacité de contrer près de 80% de la désinformation qui circule dans l'audiovisuel. Il y a des solutions à notre portée." Quotaclimat appelle à un sursaut à l'approche des municipales, les périodes électorales étant propices à la désinformation sur le climat.
Une bonne nouvelle émerge tout de même : "Plus les médias d’information généralistes informent, moins ils désinforment", assure la responsable de cette association. Une tendance qu’elle espère voir se poursuivre, renforcée par une résolution adoptée à la mi-janvier par l’Assemblée nationale. Certes non contraignante, elle "vise à garantir l’intégrité de l’information sur le changement climatique face à la désinformation climatique et aux ingérences étrangères".

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