C'est une ex-figure du groupe Vivendi qui prend la parole. Ancienne membre du comité exécutif et directrice de la stratégie et de l’innovation du groupe de Vincent Bolloré jusqu’en 2025, Félicité Herzog a choisi, dans un entretien accordé au "Monde", de dénoncer les pratiques au sein du groupe du milliardaire. "Il y a aujourd’hui un vrai problème avec ce groupe. Sur le plan politique. Et je pense qu’il faut tirer la sonnette d’alarme" lance-t-elle notamment, avant de préciser que le groupe Vivendi est paralysé par "la terreur" et "l'autocensure".
Ancienne membre du comité exécutif de Vivendi, Félicité Herzog connaît Vincent Bolloré depuis bien longtemps. Un homme qu'elle décrit, dans leurs premières années de collaboration, comme "subversif, libre, courageux, imaginatif et drôle". "On se parlait, il y avait beaucoup de discussions", explique l'ex-dirigeante, dépeignant le Vincent Bolloré de l'époque comme "tout à fait accessible". Selon elle, les choses ont pris une autre tournure à partir de 2021, avec l'entrée en bourse d'Universal Music. Vincent Bolloré investit alors et s'empare d'Europe 1, du groupe Prisma Media et du "Journal Du Dimanche", "un dépliant publicitaire pour l’extrême droite, selon Félicité Herzog. Vincent Bolloré s’est soudain retrouvé doté d’une puissance financière considérable et s’est vécu comme un faiseur de rois sur le plan politique. Ça l’a fait dérailler", ajoute-t-elle, en faisant notamment référence à la ligne éditoriale de la chaîne CNews.
Selon l'ancienne membre du comité exécutif de Vivendi, le départ officiel de Vincent Bolloré à la retraite en 2022 n'a rien changé, au contraire. "Son fils Yannick et ses proches collaborateurs font du ski nautique dans son sillage. Les gens sont pétrifiés. Ils préfèrent faire profil bas plutôt que de risquer de s’attirer des ennuis, et plus personne n’ose parler. C’est très dangereux pour une entreprise, et très impressionnant à voir". En décalage avec l'évolution de la société, Félicité Herzog décide de la quitter, en juin 2025. "Quand on est au comex [comité exécutif, ndlr], il faut être en phase avec ce qui se dit sur le plan politique. Se féliciter quand les résultats de CNews sont bons, se montrer épouvantée quand C8 perd son canal sur la TNT… Plus le temps passait, plus je me sentais en porte-à-faux. J’ai donc préféré m’en aller".
Jusqu'en février, cette dernière était encore la présidente de la librairie parisienne L'Ecume des pages, propriété du milliardaire breton. Un commerce qu'elle protégeait, selon ses dires, de toute ingérence du groupe Vivendi. "En dehors de quelques épisodes, dont une tentative d’organisation de signature pour le livre de Xenia Fedorova [l’ancienne rédactrice en chef de la chaîne prorusse RT France,ndlr], à laquelle je me suis opposée, il n’y a pas eu de dérive. Les libraires sont restés maîtres de la programmation et des tables." Mais il y a quelques semaines, Félicité Herzog précise que l'état major du groupe a mis la pression sur la librairie pour qu'elle participe au salon célébrant le bicentenaire d’Hachette, un évènement sponsorisé par les médias de la galaxie Bolloré, ce qui mettait les salariés mal à l'aise. "La pression était évidente. On nous a fait comprendre qu’il fallait revenir sur notre décision. Je l’ai vécu comme une intimidation. J’étais indignée et furieuse", a ajouté Félicité Herzog, qui a donc décidé là aussi de partir... et de faire valoir, publiquement, son mécontentement.

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