Un peu plus d'un mois après sa mise en demeure pour représentation d'un "courant de pensée prédominant", la chaîne CNews se retrouve, une nouvelle fois, interpellée par l'Arcom. Cette fois, l'autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique a décidé de sanctionner financièrement la chaîne du groupe Canal+, pour "incitation à la haine fondée sur l’origine et la religion". Cette décision se base sur deux séquences datant de juin et de septembre 2025, et diffusées dans l'émission "100% Politique".
Dans la première séquence, plusieurs chroniqueurs de CNews dont Erik Tegnér avaient été amenés à commenter les violences commises en marge de la victoire du Paris Saint-Germain en finale de la Ligue des Champions. Le fondateur du média identitaire "Frontières" n'avait alors pas hésité à qualifier les causeurs de troubles de "barbares", terme utilisé par le ministre de l'Intérieur de l'époque Bruno Retailleau. "C’est important ce qu’il dit. Quand il dit le mot ‘barbare’, ça veut dire quoi ? C’est-à-dire qu’il parle de gens qui n’ont pas la même civilisation que nous. C’est ça l’étymologie du mot barbare. Donc moi, je veux bien qu’on parle de justice, qu’on parle de forces de l’ordre, mais on ne va pas mettre tout le monde dans les prisons. Le problème, il est civilisationnel", avait notamment soutenu Erik Tegnér avant de soutenir "à 100%" des propos d'Éric Zemmour, dont une vidéo avait été diffusée à l'antenne. "Ils cassent, ils pillent, ils volent, ils agressent, ils brûlent. […] Ils sont pour la plupart des enfants de l’immigration arabo-musulmane. […] Ils détestent la France et les Français. Les Blancs, les ‘Gwers’ sont leurs ennemis […] Si nos casseurs du samedi soir méritent le nom de barbares, c’est bien dans la tradition des barbaresques, comme on disait au XVIIème siècle, évoquait notamment le président du parti Reconquête.
Pour l'Arcom, CNews a failli à deux reprises dans cette séquence, d'abord en ne maîtrisant pas les propos d'Eric Tegnér, ensuite en diffusant l'extrait vidéo d'Eric Zemmour sans apporter suffisamment "d'éléments de contexte et de contradiction". "Ont ainsi été diffusés sans contradiction suffisante des propos qui véhiculent des stéréotypes particulièrement infamants et inquiétants à l’encontre des personnes supposées issues de l’immigration, qui sont présentées comme un élément irréductiblement allogène au sein de la population française, constituant pour le reste de celle-ci, en raison d’une particulière propension à la violence et d’un ressentiment qui trouveraient leur racine dans leur appartenance à une 'civilisation' étrangère, un danger grave et croissant", affirme l'autorité de régulation.
La seconde séquence litigieuse concerne une nouvelle fois Erik Tegnér, qui avait commenté à l'antenne le comportement et la tenue vestimentaire d'une élue de Molenbeek-Saint-Jean, en Belgique. "Si ces gens-là, qui portent des tissus […] si on dérange tant que ça, si on ne veut même plus nous voir, […] si à Molenbeek c’est si invivable, changez de bord, quoi, allez-y ailleurs, dégagez", avait notamment lancé le fondateur de "Frontières". "Si les intervenants ont pris des précautions dans la formulation de certains des propos litigieux, celles-ci apparaissent insuffisantes pour en atténuer le fort caractère stigmatisant, alors qu’aucune contradiction ou mise en perspective n’a été apportée par le présentateur ou les autres personnes présentes en plateau", a déploré l'Arcom.
Pour les manquements cités ci-dessus, CNews écope donc d'une amende de 200.000 euros. Interrogée par l'AFP, la chaîne a précisé qu'elle allait solliciter un recours devant le Conseil d’État.