"Depuis plusieurs jours, des journalistes de France Télévisions sont la cible d'attaques diffamatoires de la part de la ministre de la Culture Rachida Dati, à la suite de l'enquête diffusée le 5 juin par 'Complément d'Enquête' et le 'Nouvel Obs' : 'Rachida Dati, la conquête à tout prix'". C'est ainsi que commence un communiqué de la Société des journalistes (SDJ) de France Télévisions, publié ce jeudi 19 juin au soir.
"À plusieurs reprises durant le tournage, nos journalistes ont été violemment pris à partie par la ministre et son équipe", dénonce la SDJ. Le reportage, diffusé le 5 juin sur France 2, révèle, documents à l'appui, que la ministre aurait perçu 299.000 euros d'honoraires du cabinet d'affaires Gide Loyrette Nouel, lié à GDF Suez (depuis renommé Engie), sans se déporter de votes sur les sujets liés à ce secteur au Parlement européen.
Publié sur les réseaux sociaux, un extrait montre Rachida Dati fuyant les micros de "Complément d'enquête", à la sortie d'un conseil à Paris. "Vous m'emmerdez, vous m'emmerdez", répète-t-elle, en tournant les talons : "Vous allez réaliser mon portrait ailleurs. Je ne parle pas avec des voyous. Vous êtes des voyous".
"Rachida Dati les a qualifiés de 'voyous', les accusant à tort d'avoir monnayé des témoignages de ses proches. Des propos aussi graves que mensongers", ajoute la SDJ dans son communiqué. Selon la Société des journalistes, lors d'un déplacement à Perpignan, le 23 mai, une conseillère spéciale de la ministre aurait même physiquement empêché un journaliste de filmer en frappant sa caméra. "Une agression inacceptable de la part d'une élue", dénonce encore la SDJ. Une décennie plus tôt, en 2015, Rachida Dati traitait Élise Lucet de "pauvre fille" dans les couloirs du Parlement européen, estimant que sa carrière était "pathétique", alors que la journaliste de "Cash Investigation" tentait de l'interroger, déjà, sur ses liens supposés entre à GDF-Suez.
La SDJ accuse également la ministre d'avoir exercé des "pressions sur la direction de France Télévisions" pour tenter de faire capoter la diffusion du reportage. Dans une interview accordée au "Monde", Tristan Waleckx, présentateur de "Complément d'enquête", avait déjà évoqué cet aspect : "Les pressions de Rachida Dati ont été bien réelles à l'égard de notre équipe, mais l'essentiel est que cela n'a eu aucune répercussion sur notre travail", a-t-il assuré. "À aucun moment, la direction n'a demandé la moindre modification du contenu du reportage, ce qui est pour nous un gage d'indépendance", s'est-il félicité.
"Elle a de nouveau menacé un journaliste, Patrick Cohen, en direct sur 'C à vous' le 18 juin, agacée par ses questions", rappelle ensuite le communiqué. Interrogée par le journaliste sur les révélations du reportage à propos d'un possible "conflit d'intérêts" avec GDF Suez, elle s'est lancée dans une contre-offensive inattendue.
"Monsieur Cohen, il y a une enquête 'Médiapart' qui vous a mis en cause pour harcèlement, management toxique. Est-ce que c'est vrai, monsieur Cohen ? Est-ce que vous harcelez vos collaborateurs ? Est-ce que vous êtes désagréable avec les gens avec lesquels vous travaillez ?", a questionné la ministre en retour. "Je n'ai pas d'enquête de justice… Je n'ai pas été accusé de harcèlement", s'est défendu le journaliste.
La ministre de menacer Patrick Cohen : "Vous pourriez tomber pour ce délit Monsieur Cohen. Il suffirait que je fasse un article 40 pour dénoncer suite à ce papier de 'Médiapart.' Je peux saisir le tribunal". "Je vous y invite, en l'occurrence, personne n'a été saisi, ni par la justice, ni en interne, au sein de Radio France. Il n'y a pas eu de saisine interne au sein de Radio France" a-t-il rétorqué. Dans l'enquête de "Mediapart" évoquée par la ministre, il n'est pas question de harcèlement mais de "gestion humaine agressive", dénoncée par d'anciens collaborateurs à France Inter entre 2010 et 2017.
Dans ce climat tendu, la SDJ conclut son communiqué par un appel clair : "Enquêter sur des personnalités publiques, poser des questions, confronter des faits : c'est le fondement de notre métier. Les menaces, les pressions, les agressions sont des atteintes graves à la liberté de la presse. Nous appelons chacun, à commencer par les élus de la République, à respecter ce droit fondamental."

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