Elodie Mandel, directrice de la rédaction du magazine "Capital"
La tension est montée d'un cran au sein de "Capital". Jeudi 19 juin, la rédaction du mensuel économique, propriété de Prisma Media (groupe Bolloré), a adopté une motion de défiance contre sa directrice de la rédaction, Elodie Mandel, a annoncé la Société des journalistes (SDJ) dans un communiqué publié sur X. Une démarche rare, qui reflète un profond malaise dans l'équipe éditoriale. À la question posée par la SDJ : "Faites-vous confiance à la directrice de la rédaction pour assurer l'avenir de 'Capital' ?", 31 journalistes ont voté non, deux se sont abstenus. Aucun vote favorable.
Ce scrutin sanctionne, selon la SDJ, la stratégie menée depuis plus d'un an, mais aussi l'accélération brutale des coupes dans la rédaction. En moins de cinq mois, 17 postes ont été supprimés ou gelés, dont 13 CDI. Un tiers des effectifs a donc disparu, "sans compter la suppression du service correction", précise le texte de la motion. Un journaliste interne déplore que certaines rubriques, comme l'énergie, ne disposent même plus de rédacteur dédié.
Cette grogne s'inscrit dans un contexte plus large de crise pour Prisma Media. Moins d'un an après une rupture conventionnelle collective ayant conduit au départ de 27 salariés, la maison mère de "Capital" a annoncé en mai la suppression de 54 nouveaux postes sur près de 750 d'ici fin 2025. La direction invoque une baisse des ventes du magazine, des recettes publicitaires numériques en recul, et l'impact négatif des récentes évolutions des algorithmes de Google. À cela s'ajoute la perte du titre "Gala", cédé au "Figaro" en 2023, qui représentait à lui seul 10 % du chiffre d'affaires et un tiers de la rentabilité du groupe, rappelle "Le Monde".
Mais au-delà des raisons économiques, c'est la ligne éditoriale du magazine qui inquiète les journalistes. L'un des épisodes les plus symboliques de cette défiance a été la dépublication d'un article sur l'opticien Alain Afflelou, sans consultation préalable de son auteur. Le titre initial, "L'opticien star a trouvé comment grassement compléter sa retraite !", jugé problématique par la direction, a été modifié en des termes plus neutres avant d'être republié. Un acte perçu comme une volonté de lisser le ton du journal. "Sous prétexte de rendre Capital plus attractif vis-à-vis des chefs d'entreprise et des annonceurs, la direction s'éloigne de la ligne éditoriale historique du titre : fournir une information exigeante et indépendante à destination du grand public", accuse la SDJ. "Elodie Mandel veut éloigner le magazine du style mordant qui fait son identité", résume un journaliste, sous couvert d'anonymat.
Malgré ce contexte tendu, la direction de Prisma Media maintient son soutien à la rédactrice en chef. Pascale Socquet, directrice générale du groupe, affirme auprès du "Monde" qu'Elodie Mandel conserve "la confiance du comité exécutif pour mener à bien le projet de transformation dont 'Capital' a besoin". Pourtant, les chiffres ne sont guère encourageants. Le magazine s'est vendu en moyenne à 77.187 exemplaires par mois en 2024, en recul de 13,74 % par rapport à l'année précédente. Côté numérique, le bilan est encore plus sévère : selon la SDJ, la fréquentation du site a chuté de près de 46 % entre janvier 2024 et mai 2025. Les discussions entre la direction de Prisma et les partenaires sociaux se poursuivent jusqu'au 22 juillet, date prévue de clôture de la phase d'information-consultation.

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