Une clause de conscience était en négociation pour permettre aux journalistes de "Capital", en désaccord avec la nouvelle ligne éditoriale du magazine, de quitter la rédaction. Elle est désormais officiellement validée. Dans un communiqué écrit le 24 novembre, la société des journalistes du mensuel économique a indiqué que "la direction de Prisma Media a accepté d'ouvrir une négociation sur l'ouverture d'une clause de conscience à Capital". Cette annonce fait suite aux tensions au sein des bureaux du titre de presse depuis sa reprise en main par des proches de Vincent Bolloré. Les syndicats s'inquiètent en effet de la montée en puissance de l'interventionnisme de la nouvelle direction, composée de bras droits du milliardaire, arrivés à la rentrée : Gérald-Brice Viret, patron de Canal+ France, nommé vice-président de Prisma, et Serge Nedjar, directeur général de CNews, catapulté à la tête de toutes les rédactions du groupe.
Comme révélé dans le communiqué, l'entreprise de presse a "décidé d'appliquer de manière unilatérale les dispositions issues de la négociation". Des mesures, "qui augmentent les indemnités conventionnelles de départ prévues pour les journalistes", acceptées "de façon quasi-unanimes" par les membres de la SDJ qui ont pu voter. La clause de conscience est ouverte chez Capital jusqu’au 30 avril 2026. En conséquence, les salariés permanents de "Capital", et non pas les pigistes occasionnels, pourront renoncer à leur contrat "s'ils estiment que le changement de la ligne éditoriale", imposée par la nouvelle direction, "crée une situation de nature à porter atteinte à leur hauteur, à leur réputation ou à leurs intérêts moraux". Un cas qui rappelle la centaine de départs du groupe RMC BFM après son rachat par l’armateur CMA CGM du milliardaire Rodolphe Saadé.
"Les journalistes de Capital acceptent l'ouverture de cette clause de conscience avec la fierté d'avoir défendu un magazine économique de qualité, en plaçant l'intérêt du lecteur avant toute chose et en travaillant de façon indépendante", est-il surligné dans le message partagé sur les réseaux sociaux.
Le pic de friction a été atteint lorsque la rédaction de "Capital" a appris que la Une du numéro du mois de décembre était consacrée à l'audiovisuel public, sous le titre "La gabegie". "Aucun journaliste n'a voulu traiter ce sujet 'dérapage' demandé par la direction, car nous savions pertinemment le traitement idéologique attendu", expliquait l'un des journalistes frondeurs au site "L'informé". Face à ce refus, Serge Nedjar s'était tourné vers un renfort extérieur… issu du "JDD", hebdomadaire appartenant au groupe Bolloré. C'est Florian Anselme, ancien chroniqueur de "Touche pas à mon poste" et collaborateur régulier des médias de l'homme d'affaires, qui a été chargé d'écrire cette enquête. Habitué des papiers concernant France Télévisions - qu'il décrit tour à tour comme "au bord de l'asphyxie" ou "à la dérive" - il était déjà intervenu sur plusieurs couvertures mettant en cause le service public.
Le déménagement, prévu le 15 décembre prochain, dans les locaux de ceux de CNews et du "JDD" n'a fait qu'amplifier le malaise et le climat de défiance ambiant. D'autant que cette décision avait été prise malgré un vote unanime des élus contre ce transfert, leur avis n'étant que consultatif. Le 19 juin dernier, une motion de défense avait visé la directrice de la rédaction, Elodie Mandel, l'équipe éditoriale lui reprochant des coupes dans les effectifs, des choix éditoriaux contestés et des décisions jugées unilatérales. "Sous prétexte de rendre Capital plus attractif vis-à-vis des chefs d'entreprise et des annonceurs, la direction s'éloigne de la ligne éditoriale historique du titre : fournir une information exigeante et indépendante à destination du grand public", accusait la SDJ. Le magazine s'était vendu en moyenne à 77.187 exemplaires par mois en 2024, en recul de 13,74 % par rapport à l'année précédente.

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