Qui prendra sa place derrière le micro ? À l’approche de la saison 2025-2026, plusieurs mouvements se dessinent sur l’antenne de France Inter. Alors que "Télérama" confirme le départ de Claude Askolovitch, qui met fin à huit saisons de revue de presse pour rejoindre Novo19, une nouvelle voix du matin va également se repositionner.
Sonia Devillers, qui incarnait l’interview de 7h50 depuis la rentrée 2023 en lieu et place de Léa Salamé, abandonnera cette tranche-clé dès cet été, rapporte "Le Monde". Ce rendez-vous, écouté chaque jour par 2,18 millions d’auditeurs selon Médiamétrie (vague janvier-mars 2025), faisait d’elle une figure centrale du "7/10", matinale qui rassemble en moyenne près de 4,9 millions de personnes. Mais l’exercice, aussi prestigieux soit-il, n’était plus en phase avec ses aspirations.
"J’ai adoré cet exercice mais je ne suis pas prête à mordre pour avoir la petite phrase d’Éric Ciotti répondant à Mathilde Panot", confie la journaliste, lucide sur les tensions croissantes du paysage politique. Après une séquence marquée par les élections européennes puis des législatives anticipées, elle confie avoir été "moins nourrie journalistiquement" par une actualité centrée sur les alliances de partis et la communication stratégique.
À partir du 25 août, elle pilotera une nouvelle interview, cette fois à 9 heures, centrée sur les enjeux de société. Le format sera allongé, d’environ quinze minutes, et ouvert à des voix souvent moins entendues. "L’ambition est de raconter l’époque avec des invités qui ont vécu dans leur chair ce dont ils parleront à la première personne", détaille Sonia Devillers. La case se veut entièrement dépolitisée : ni responsables politiques ni experts, mais des témoins du réel, connus ou anonymes, dans un lien direct avec l’actualité.
Cette nouvelle émission remplacera "le débat du 7/10", qui, selon Adèle Van Reeth, directrice de la station, sera déplacé à un horaire encore non défini. Reste à savoir qui reprendra la prestigieuse case du 7h50. Aucun nom n’a encore été officialisé, mais les journalistes de BFM-TV Apolline de Malherbe et Benjamin Duhamel circulent dans les discussions. La première a confirmé rester sur BFM, tandis que le second serait encore à l’étude, parmi d’autres profils internes et externes.
Le départ de Sonia Devillers du créneau politique résonne aussi avec des événements récents. Le 28 mai 2024, son interview de Marion Maréchal avait suscité une vague d’harcèlement à son encontre. Face aux propos transphobes de l’eurodéputée, poursuivie pour injures et outrage sexiste, la journaliste avait tenu bon : "On ne parle pas d’une opinion, on parle d’un délit", avait-elle rappelé. Les conséquences ne se sont pas fait attendre : insultes, menaces, jusqu’à une lettre reçue à son domicile. "Pour la première fois en 20 ans de radio, on m’a adressé une lettre de menace chez moi", avait-t-elle confié sur le plateau de "C à vous" le 14 novembre.
Ce repositionnement professionnel, à l’orée d’un cycle politique chargé jusqu’à la présidentielle de 2027, s’inscrit aussi dans une volonté de redéfinir sa place dans le débat public. "La parole politique se déplace dans la société, c’est cette parole-là qu’il faut capter", défend-elle, fidèle à une vision plus sensible et incarnée du journalisme. Mais qui pour piloter la matinale en elle-même ? Si Adèle Van Reeth assure avoir "toute confiance" en Nicolas Demorand et Léa Salamé, rien n’est encore gravé dans le marbre.

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