Ils sont plusieurs dirigeants de l'audiovisuel à monter au créneau contre l'émergence des géants du streaming. Ce mercredi 11 février, c'est Maxime Saada, président du directoire du groupe Canal+, qui s'est inquiété de l'avenir du mode de diffusion historique de la télévision en France, lors d'un colloque devant le Sénat. Il a pronostiqué "dix ans à peu près" de survie à la TNT, qu'il estime condamné. Et ce, en raison du système archaïque qui régit la télé linéaire. "Tout le monde finira américain. Si on continue comme ça, on aura mis des règles pour protéger mais on finira tous américains", a martelé le patron de la chaîne cryptée. "Il y a un certain nombre de règles qui s'appliquent à nous et pas à d'autres et qui sont absurdes. C'est quand même fou de penser qu'on ne peut pas diffuser de gros films de box-office le samedi soir sur Canal+", s'est-il offusqué au sujet de cette différence de traitement.
"On est soumis à un certain nombre de règles qui ne sont pas nécessairement soumises aux acteurs américains, qui, eux, bénéficient à l'inverse d'un environnement, non seulement de marché très favorable mais également réglementaire et fiscal", a indiqué Maxime Saada, chiffres à l'appui. "Netflix, c'est 17% d'impôts là où Canal+ en France c'est 38% d'impôts", regrette le pourfendeur d'une levée de contraintes. En attendant, et face à ce constat, son groupe s’oriente plus que jamais vers le numérique et l’international. "Ces dernières années, le succès de Canal+ s’illustre par notre présence dans soixante-dix pays à l’international, quarante où nous sommes leader, 10 milliards d’euros de chiffre d’affaires et l’essentiel des profits réalisés en dehors de la France. Nous avons été obligés de nous développer à l’international car en France nous n’y arrivions pas", insiste-t-il.
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Son confrère de France Télévisions, Stéphane Sitbon-Gomez, s'alarme de cette même montée en puissance des plateformes américaines. Le directeur des antennes et des programmes du service public avait appelé sur France Inter à une "mobilisation collective pour défendre notre souveraineté culturelle française, notre capacité à produire nos propres récits, nos propres imaginaires, nos propres œuvres". En cause, le constat établi que les services de vidéo à la demande mettent à mal la consommation de l'objet télévisuel. "Soyons lucides : aujourd’hui, quand vous achetez une télévision, il y a un bouton Netflix. Si on continue sur cette trajectoire, demain tous les programmes que nous regarderons seront décidés à Los Angeles ou San Francisco, par Netflix, Paramount ou ce que deviendront leurs fusions", s'inquiète le numéro 2 du groupe audiovisuel, soucieux de trouver de solutions pour ralentir cette dynamique. "On doit bouger et il y a un enjeu de défendre la création française", plaidait sur les ondes celui qui milite pour une révolution.

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