La décision du tribunal correctionnel de Paris a fait l'effet d'une onde de choc jeudi 25 septembre. Nicolas Sarkozy, 70 ans, a été condamné à cinq ans de prison, dont trois avec sursis, pour association de malfaiteurs dans l'affaire des financements libyens. L'ancien chef de l'État a immédiatement annoncé son intention de faire appel, dénonçant une décision injuste. Le lendemain, il a reçu un soutien inattendu, celui de Karine Le Marchand.
"Vous savez que je prends très peu la parole pour la politique, parce que je présente 'Une ambition intime' et que j'essaie de rester neutre", commence-t-elle dans une vidéo tournée dans un parking et publié en story Instagram ce vendredi. "Mais en tant que Française, citoyenne, je ne comprends pas ce qu'il se passe avec Nicolas Sarkozy, 70 ans, ancien président de la République", poursuit l'animatrice de "L'amour est dans le pré".
"On vient de dire qu'il n'avait pas eu d'enrichissement personnel. On vient de démontrer que l'article de départ de 'Mediapart' était faux. Que l'enquête est donc partie d'un faux…" poursuit-elle. "Et on le condamne à 5 ans (de prison) alors qu'on a des jeunes qui tabassent un policier qui sont relâchés, que des mecs sous OQTF condamnés jusqu'à 11 fois qui agressent des femmes sont relâchés. Je ne comprends pas. Je ne comprends pas cette justice. Je suis extrêmement choquée. Je ne pouvais pas ne pas le dire."
Un discours qui reprend la rhétorique développée dans certains médias comme CNews. Karine Le Marchand conclut son message par un appel direct : "Nicolas, tu as tout mon soutien. Carla tu as tout mon soutien. Et si je peux faire quelque chose, vous me le demandez." L'animatrice ne s'est pas arrêtée là. Plus tard, elle a reposté sur Instagram un extrait de "Quotidien", dans lequel le journaliste Nicolas Bastuck détaillait les arguments juridiques de la décision. Elle a accompagné la vidéo d'un commentaire ironique : "Condamné pour l'intention…". Face aux critiques, Karine Le Marchand a répliqué frontalement : "À ceux que mes opinions dérangent, je vous conseille de ne pas suivre mes réseaux. Rien ni personne (et surtout pas vos petites remarques désobligeantes sous pseudonyme) ne me feront taire ou changer. Passez votre chemin, bonne route."
Cette prise de position personnelle s'inscrit dans un contexte judiciaire complexe, où la question de la fameuse "note libyenne" publiée par "Mediapart" en 2012 continue d'alimenter les débats. Lors du prononcé du jugement, la présidente du tribunal, Nathalie Gavrino, a estimé que "le plus probable est que ce document soit un faux". Et d'ajouter : "Aucun élément (pendant le procès) n'a permis de corroborer le contenu de la note, qui paraissait fragile."
Une appréciation qui a immédiatement fait bondir le cofondateur de "Mediapart", Edwy Plenel. Sur X, il a rappelé : "La note libyenne révélée par 'Mediapart' n'est pas un faux. Le point de vue personnel exprimé par la présidente du tribunal est contredit par plusieurs décisions de justice." Il insiste : "La justice française a, par trois fois, définitivement débouté Nicolas Sarkozy et Brice Hortefeux de leur plainte pour faux et usage de faux déposée contre 'Mediapart'. Après plus de trois ans et demi d'enquête, deux juges d'instruction ont en effet estimé (…) que le document n'était ni un faux matériel ni un faux intellectuel."
La Cour de cassation a confirmé ce jugement en 2019, consacrant le non-lieu obtenu par "Mediapart" et validant son travail journalistique. Carine Fouteau, présidente et directrice de la publication de "Mediapart" a souligné auprès de l'AFP que, malgré des "attaques rudes, médiatiques et politiques" au fil des années, la décision de justice consacre aujourd'hui "l'importance d'une presse indépendante des pouvoirs". La note au cœur de la polémique avait été publiée le 28 avril 2012 : signée par l'ex-chef des services de renseignement extérieur libyen, elle évoquait un "accord de principe" pour financer la campagne de Nicolas Sarkozy à hauteur de 50 millions d'euros.
Si le tribunal correctionnel a relaxé Nicolas Sarkozy des faits de corruption, il l'a reconnu coupable d'avoir "laissé ses proches collaborateurs et soutiens politiques sur lesquels il avait autorité solliciter les autorités libyennes afin d'obtenir ou tenter d'obtenir des soutiens financiers en Libye" pour sa campagne présidentielle de 2007. Les magistrats parlent de faits "d'une gravité exceptionnelle, de nature à altérer la confiance des citoyens dans ceux qui les représentent et sont censés agir dans le sens de l'intérêt général".

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