Jean-Jacques Bourdin (P1) : "Je fais ce que je veux, c'est moi qui décide, voilà ma liberté"

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Jean-Jacques Bourdin (P1) : "Je fais ce que je veux, c'est moi qui décide, voilà ma liberté"
Jean-Jacques Bourdin, invité spécial de puremedias.com toute la journée.
Jean-Jacques Bourdin, invité spécial de puremedias.com toute la journée. © Visual Presse Agency
Toute la journée, Jean-Jacques Bourdin est l'invité exceptionnel de puremedias.com à l'occasion de la sortie de son livre, "L'homme libre" (Ed. Cherche Midi).

Toute la journée, Jean-Jacques Bourdin, matinalier sur RMC, est l'invité exceptionnel de puremedias.com. Le journaliste raconte dans son livre ("L'homme libre", Ed. Cherche Midi) les coulisses de ses entretiens quotidiens à la radio, sa vision du journalisme et du rapport de certains médias aux politiques. Il défend aussi son modèle, celui de donner la parole aux auditeurs, quotidiennement.

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Propos recueillis par Julien Bellver et Benoît Daragon.

puremedias.com : Votre livre, que vous avez choisi de titrer "L'homme libre", n'aurait-il pas pu s'appeler aussi "Tous pourris" ? Car vous décriez politiques et journalistes, aucun ne semble trouver grâce à vos yeux, à part peut-être Manuel Valls...
Jean-Jacques Bourdin : C'est à la limite du pamphlet. Mais je ne décrie pas, je rappelle à l'ordre seulement. Je ne veux pas donner de leçon, c'est juste ma vision des rapports avec les politiques et les journalistes. Chacun travaille comme il l'entend, j'explique juste quelle est ma conception du travail de journaliste, des rapports avec les politiques. J'ai un respect pour les politiques mais dans cette confusion générale, il est bon que nos élus soient extrêmement clairs dans leurs choix, les assument et réalisent ce qu'ils promettent. Les hommes politiques ne m'impressionnent pas et je ne pense pas les impressionner.

Pourquoi écrire un livre sur les coulisses de vos entretiens ? Il s'agit d'un exercice de transparence vis-à-vis de vos auditeurs ou c'est pour vous justifier auprès de celles et ceux qui critiquent la radio qui vous emploie, RMC ?
Je voulais revenir sur quelques épisodes marquants de mes rencontres avec les politiques, expliquer les coulisses. J'ai envie de faire passer certaines idées qui me tiennent à coeur. Et encore, je ne suis pas allé totalement au fond des choses ! Peut-être qu'un jour il y aura une suite à ce livre. Le dernier chapitre, le plus long, mériterait d'être développé.

Vous n'avez pas tout dit ?
Certaines idées peuvent être développées, comme ma vision du journalisme et de la société dans laquelle on vit. Mais je ne suis pas certain que cela soit si intéressant que cela.

"C'est moi qui décide, voilà ma liberté"

Vous écrivez que "l'âme journalistique peut être faible au point parfois de se perdre". Expliquez-nous...
De se perdre dans une complaisance inutile et néfaste. La complaisance, c'est quoi ? C'est se perdre dans les allées du pouvoir, se perdre dans les fastes de la République, se perdre dans une certaine connivence - même si je n'aime pas le mot.

Plus qu'avant ?
Non, cela a toujours existé. Et je pense même que c'est un petit peu moins le cas aujourd'hui. Mais compte tenu de la confusion générale, cela ne devrait pas exister du tout ! Je fais bien la distinction entre le journaliste "politique" et celui que je suis, un intervieweur qui n'a pas besoin d'aller au contact de l'homme politique en dehors de sa vie professionnelle. Le journaliste politique, cela ne me gêne pas, il peut aller dîner, déjeuner, rencontrer. Il a besoin d'informations, il doit bien aller les chercher.

Vous vous sentez seul, le seul "homme libre" ?
Non, non, non... Ce livre, c'est le mien, ce n'est pas celui des autres. Si je me qualifie d'homme libre, c'est que je le suis dans l'exercice de mon métier. Ici, je fais ce que je veux, je choisis qui je veux et les sujets que je veux. C'est moi qui décide, voilà ma liberté. Je l'explique dans ce livre.

"Je ne vais camper devant l'Elysée pour obtenir une interview de François Hollande"

Cette liberté, on peut la retrouver sur d'autres antennes ?
Je pense que d'autres journalistes sont libres, évidemment.

Vous avez traité François Hollande de "menteur", car il n'a pas encore honoré sa promesse : se rendre dans les studios de RMC. Vous expliquez l'avoir rencontré pendant une heure, à l'Elysée. Ce n'est pas le début de la connivence ? Vous avez hésité à y aller ?
Oui, j'ai hésité. Mais je me suis dit "comment faire ?". Mon objectif était clair, obtenir une interview. Il m'avait promis de venir une fois élu. Je m'en suis souvenu, c'est pour cette raison que j'ai sollicité l'Elysée, qui m'a expliqué que la meilleure des solutions était de rencontrer le président. J'ai réfléchi en me disant que si j'allais au bout, c'était bien. Il s'en est fallu de peu pour que je parte sans avoir de réponse mais il m'a dit à la fin qu'il allait honorer sa promesse. Nous n'étions plus à oui/non mais à oui et quand ! Moi je lui proposais dans les quinze jours, lui me l'a promis avant l'a fin de l'année... 2012 ! Nous sommes en 2014 et la promesse est non tenue. Je ne vais pas aller camper devant l'Elysée pour le faire venir ! S'il n'a pas envie, il ne vient pas !

Appartenez-vous tout à cette élite, médiatique, que vous critiquez tant ?
Oui, c'est ce que je dis à Jean-Michel Aphatie qui explique que les journalistes ne sont rien ! Ce n'est pas vrai, évidemment qu'on fait partie d'une élite. Je dénonce les excès de communication, les communicants. Ils sont nécessaires mais parfois trop, c'est trop ! Les hommes politiques sont tellement cornaqués, conduits, préparés que toute spontanéité et sincérité disparaissent.

On peut lutter contre ça ?
Oui ! C'est aussi à l'homme politique de lutter et de prendre ses responsabilités. Nous, on ne doit pas rentrer dans le jeu.

"Les communicants font beaucoup de mal à l'interview politique"

Les communicants, omniprésents autour des politiques, ne sont-ils pas en train de tuer l'interview politique ?
Les communicants font beaucoup de mal à l'interview politique. Les hommes politiques, je ne comprends pas leur façon de se comporter ! Ils ont besoin d'être sincères, de répondre ou de dire "je ne sais pas", d'être ce qu'ils sont. Ils sont suffisamment intelligents, cultivés, pas tous mais beaucoup, informés. Ils ont des convictions à défendre, non ? Il y a des moments de sincérité, parfois. C'est mon rôle de les sortir des griffes des communicants.

Il y a des bons clients ?
Manuel Valls est un assez bon client. Il est très préparé, un peu trop préparé d'ailleurs. Il est franc mais parfois, on ne sait plus qui il est.

Sommes-nous en pleine crise de confiance, entre les Français et ses élites (médiatiques, politiques) ? Tous les sondages le disent...
Je le ressens d'une manière incroyable. Il y a cette méfiance, même cette défiance, bien réelle. Je suis frappé d'entendre certains responsables politiques nier cette crise de confiance. Ce n'est pas faire injure à l'homme politique que de le dire ! Il y a une vraie défiance, parce que ça fait des années qu'on nous dit que l'homme politique utilise le citoyen pour parvenir à ses fins.

Vous échappez à la défiance à l'égard des journalistes ?
C'est parce que je veux y échapper que je défends ardemment cette conception du journalisme ! Je campe sur mes positions ! Les critiques s'estompent au fil du temps, pourquoi ? Parce que ça marche de mieux en mieux sur BFMTV et RMC. Plus vous êtes dans la lumière et moins on vous critique, ce qui est assez stupide. Moi je revendique une forme de diféfrence, sans prétention. Si je peux aider des jeunes journalistes à savoir dire non...

"Il est inadmissibible que de très grands médias appartiennent à de très grandes entreprises"

Vous êtes un lanceur d'alerte ?
J'avertis ! "Lanceur d'alerte", c'est un peu trop fort. J'avertis d'une confusion et d'une irresponsabilité partagée. Le citoyen est aussi responsable, on ne peut pas tout demander au politique. Et je ne suis pas le porte-parole des auditeurs ! Parfois, on m'arrête pour ça dans la rue et on me dit, "Allez-y, rentrez-leur dedans ! il faut leur faire mal !". Vous imaginez la violence du propos ? Comme s'il y avait une immense rancoeur accumulée. Je me méfie de cette violence, c'est pour cela que je veux leur donner la parole, c'est aussi un exutoire. Même si l'heure que je passe avec eux, c'est 80% de témoignage avant de l'opinion.

Vous écrivez aussi que "l'amabilité de TF1 à l'égard de l'Elysée a de quoi laisser songeur". Qu'entendez-vous par là ?
Il est inadmissible qu'en France, de très grands médias appartiennent à de très grandes entreprises (Bouygues pour TF1, NDLR), qui dépendent de la commande publique et donc de l'Etat. Je croyais que François Hollande avait fait la promesse de faire cesser ces pratiques. Je croyais qu'il avait redonné toute son indépendance au CSA. J'attends de voir dans les mois qui viennent, et nous pourrons mesurer cette nouvelle indépendance ! J'attends de voir si LCI va passer en gratuit. Nous verrons, nous apporterons les commentaires à ce moment-là.

TF1 a toujours été proche du pouvoir politique...
Oui, mais le nouveau pouvoir en place a toujours été contre la concentration des grands médias.

Vous dites être "libre", un "journaliste libre". Quel est le responsable politique le plus libre selon vous ?
Je pense à Daniel Cohn-Bendit, Jean-Pierre Raffarin, il y en a quelques uns... Ca semble vous gêner, ce titre de mon livre !

C'est provocant, à l'égard de vos confrères...
Oui, c'est provocateur. Mais j'assume cette liberté ! Mais encore une fois, cela ne veut pas dire que les autres ne le sont pas.

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