Laurence Bloch
"Laurence Bloch propose de sacrifier la radio linéaire". Dans un communiqué daté de ce lundi 16 juin 2025, intitulé "Quand Laurence Bloch se renie et nous trahit", le Syndicat national des journalistes (SNJ) de Radio France critique de fond en comble la réforme de la ministre de la Culture Rachida Dati, visant à réunir, au sein d'une holding dénommée France Médias, les groupes France Télévisions et Radio France ainsi que l’Institut national de l’audiovisuel (Ina), dès le 1ᵉʳ janvier 2026. Il fustige tout autant le rapport sur "l’accompagnement à la constitution de la holding".
Désormais entre les mains des députés qui poursuivent ce mardi l'examen du texte en commission des Affaires culturelles et de l'éducation, celui-ci a été écrit par Laurence Bloch. Étonné par son contenu, jugé "incompréhensible" eu égard les positions passées de l'ancienne patronne de France Inter et "irréaliste" tant "ce projet repose sur une très hypothétique sanctuarisation des budgets de l’audiovisuel public", "ce rapport est-il son œuvre ou celle d'un chatbot écrivant ce que la ministre de la Culture voulait y lire ?".
Le SNJ s'interroge. "Car ce rapport propose de faire reposer la holding sur les quatre plateformes existantes ICI, Franceinfo, Radio France et France Télévisions (les deux groupes publics seront ainsi des filiales, au même titre que l’information de proximité (ICI) et l’information en continu (Franceinfo), ndlr). Ainsi donc Laurence Bloch envisage-t-elle tranquillement la disparition pure et simple de ce qu’est Radio France, mais aussi de nos contrats de travail ?", suppose le SNJ, selon qui "toute (la) démonstration (de Laurence Bloch) repose sur la nécessité de produire des contenus à destination de ces plateformes… En clair de faire comme les autres, les médias privés, ce qui est contraire à notre mission de service public".
Le syndicat attribue en ce sens à l'ancienne directrice des antennes et de la stratégie de Radio France l'intention de "sacrifier la radio linéaire". "Il est clairement question de réallouer des moyens vers le numérique, en particulier pour la production de formats natifs pour les réseaux sociaux, en oubliant que leurs algorithmes sont le premier obstacle à la diffusion d'une information fiable. Ainsi le buzz deviendrait-il l’indicateur premier de la performance et du service rendu par l’audiovisuel public ?", suspecte-t-il.
Dans "Télérama" ce mardi 17 juin 2025, Laurence Bloch rétorque à ses détracteurs que "l’audiovisuel public doit acquérir la même puissance sur le numérique que sur le linéaire, car il est au cœur de la vie des citoyens. Il faut accueillir davantage de métiers en lien avec lui, réorganiser les compétences et les qualifications. Il ne faut pas sacrifier le linéaire, mais rééquilibrer les deux jambes de la production et de la distribution".
"Qui va décider de cette primauté du numérique ?", enchaîne le SNJ, évoquant ici la gouvernance de la holding. "Un(e) patron(ne) aux pleins pouvoirs que Laurence Bloch désigne en arbitre des choix financiers. Incompréhensible, venant de quelqu’un qui a longtemps vécu de la radio et qui sait bien que les arbitrages se feront toujours au détriment de l’audio", critique le syndicat qui évoque plus loin le "danger" que ferait peser sur l'indépendance de l'audiovisuel public "la création d’une direction de l’information unique".
"Une seule et même personne pour résister aux pressions, pour valider des projets d’investigations sensibles, pour décider de couvrir telle ou telle actualité lointaine et risquée... ou pour recevoir les ordres d'un ministre de l'Information, façon Alain Peyrefitte avec l'ORTF. Rien que de donner corps à cette idée en l'écrivant représente un cadeau immense à celles et ceux qui rêvent d’un contrôle politique de l’audiovisuel public".
Dans une interview au journal "Le Monde", ce dimanche 15 juin 2025, la ministre de la Culture a répondu à cette crainte du SNJ. "Il n’y a pas de mainmise du pouvoir politique sur l’audiovisuel public : le PDG sera nommé, avec un projet et une équipe, par une autorité indépendante, soit un mode de nomination semblable à celui qui a cours actuellement, et qui est indépendant du politique", estime Rachida Dati, pour qui "le statu quo n'est pas une option".
"Les concurrents de l’audiovisuel public ne sont plus TF1, M6, RTL, ou Europe 1, mais YouTube, TikTok, Prime et Netflix… L’irruption de l’intelligence artificielle a accéléré ce processus et va évidemment l’amplifier. Laurence Bloch démontre clairement que le statu quo n’est pas une option. L’organisation en filiales autour des quatre plateformes existantes (ICI, Franceinfo, Radio France, france.tv) permettra d’articuler les enjeux de coopération entre les structures et le développement d’offres éditoriales renforcées pour s’adresser à tous".
Après deux tentatives avortées en juin et décembre 2024 (pour cause de dissolution de l’Assemblée nationale, d’abord, en raison de la chute du gouvernement Barnier, ensuite), puis celle d’avril 2025 (le texte avait été retiré de l’ordre du jour faute de temps pour l’examiner), la locataire de la rue de Valois défendra dans l’Hémicycle ce texte portant la réforme de l’audiovisuel public à partir du lundi 30 juin 2025.

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