C'est une tribune qui traduit l'angoisse de ses journalistes. Publiée le 5 février dans les colonnes du "Monde" à l'initiative de la Société des journalistes de l’Agence France-Presse, cette prise de parole révèle la préparation d'une grande restructuration au sein de l'agence née au lendemain de la seconde Guerre mondiale. Une restructuration qui va concerner les postes d'expatriés, dont l'effectif, dans les conditions qui sont celles actuellement en vigueur, pourrait prochainement être divisé par 3.
Dans cette tribune soutenue par le SNJ, la CGT, FO, SUD, la CFDT, la CFE-CGC, la CFTC et les représentants du personnel au conseil d’administration de l’AFP, les journalistes font part "de [leur] grande inquiétude face au projet de réforme actuellement présenté par la direction, qui, en ciblant les règles régissant la mobilité des journalistes et leurs conditions d’expatriation, aura pour conséquence funeste de détruire in fine le réseau historique de l’agence." L'AFP, comme bien des entreprises de presse, connaît actuellement des difficultés économiques qui menacent directement aujourd'hui une grande partie des postes de journalistes basés aux quatre coins du globe. "Pour faire des économies, la direction veut remettre en cause ce qui fait son socle et sa force : la mobilité de ses journalistes dans l’ensemble du réseau mondial. Parce qu’elle estime que l’AFP n’en a plus les moyens, elle veut diviser par trois le nombre des postes expatriés proposés, pour des périodes de trois à cinq ans, à l’étranger, lit-on dans la tribune. Seuls 80 à 90 postes resteraient accompagnés des aides financières (logement, scolarité pour les enfants, déplacements…) dont ils bénéficient actuellement, les autres étant soumis désormais à des conditions locales (contrat de droit du pays, salaires, protection sociale, retraite…) nettement moins avantageuses." Une vision court-termiste, selon la Société des journalistes de l'AFP.
Pour les rédacteurs de la tribune, la mise en place de ce nouveau système va sensiblement fragiliser le travail des bureaux de correspondants à l'étranger. "Qui peut croire qu’à l’avenir, réduire drastiquement leurs conditions financières convaincra autant de journalistes de partir à l’étranger ? Qui peut croire qu’en contrepartie, les salaires locaux seront augmentés, puisque la direction s’est fixé comme objectif de faire des économies ?", s'interroge-t-on. Les journalistes de l'AFP redoutent également une cristallisation du réseau lentement mis en place au fil des 80 années d'existence de l'agence. "Nous avons évidemment conscience des difficultés financières que rencontre l’AFP, comme tous les acteurs du secteur. Mais nous pensons que le projet de la direction, court-termiste car uniquement motivé par des arguments comptables, conduirait à notre disparition pure et simple [...] Si ce qui fait l’essence même de l’AFP se dilue ou disparaît, quelle sera notre plus-value face à nos concurrentes ?". Le texte se termine par un appel lancé à tous les "clients" de l'AFP. "Aujourd’hui, devant la gravité de la situation, nous sollicitons le soutien des [...] médias, institutions, ONG, entreprises, de tous ceux qui sont attachés au maintien de la seule agence internationale d’origine française et européenne, dans ce monde où l’information est devenue un champ de bataille."

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