Sonia Mabrouk a annoncé à l'AFP avoir présenté sa démission à la chaîne d'information du groupe Bolloré ce vendredi 6 février. Elle évoque "une altération certaine et effective de (s)a relation avec une partie de la direction de CNews" depuis sa prise de distance avec le maintien de Jean-Marc Morandini à l'antenne de CNews, pourtant définitivement condamné à deux reprises, notamment pour corruption de mineurs. "Hier, aujourd'hui, comme demain, ma boussole restera la préservation de l'intérêt des victimes", a ajouté la journaliste dans un communiqué transmis à l'agence de presse.
Depuis le mercredi 4 février, la présentatrice était absente de l'antenne et a été remplacée pour son émission quotidienne "Midi News". En cause ? Une altercation musclée avec le directeur général de CNews Serge Nedjar, ce mercredi matin avant sa première prise d'antenne. Selon les informations du journaliste Clément Garin, confirmées par l'émission de TMC "Quotidien", l'incident a eu lieu hier, quelques minutes avant "La grande interview "de la journaliste, diffusée simultanément sur Europe 1 et CNews. Alors qu'elle se trouvait en loge maquillage un peu avant 8 heures, Sonia Mabrouk reçoit la visite imprévue de Serge Nedjar, qui s'emporte face à elle. "Jean-Marc Morandini restera coûte que coûte. Et ceux qui ne sont pas contents, c'est la porte, la porte, la porte", lui aurait-il lancé selon des témoins de l'altercation. "Mais c'est moi la porte ?", aurait rétorqué sous le choc la journaliste avant d'expliquer à son patron que ce qu'elle souhaite, c'est un départ de la chaîne dans de bonnes conditions. Elle quitte alors la pièce et disparaît quelques minutes avant de se rendre sur le plateau pour mener, comme prévu, son interview de Franz-Olivier Giesbert.
Durant l'interview, Sonia Mabrouk ne laisse rien paraître et donne le change à l'antenne. Mais une fois l'entretien terminé, la journaliste décide de rentrer chez elle sans assurer la tranche "Midi News", diffusée juste après "Morandini Live" et assurée donc ce jour-là ainsi que ce jeudi 5 février par Elodie Huchard.
Les tensions avec sa direction ont commencé le mardi 20 janvier, lorsque la journaliste a été interpellée en direct par son invité du matin, le député PS Jérôme Guedj. "Je n'avais pas prévu de le faire, et pardon d'inverser les rôles, mais comment vivez-vous aujourd'hui le fait que Jean-Marc Morandini soit maintenu sur l'antenne de votre groupe ?", avait demandé l'élu. "Votre question est parfaitement légitime, et je ne vais pas me défausser mais la décision de maintenir Jean-Marc Morandini est une décision qui ne m'appartient pas. C'est la décision de CNews qui a assumé cette décision par fidélité, semble-t-il à son égard", a rappelé Sonia Mabrouk. "J'ai beaucoup de respect pour ma direction, pour ma hiérarchie, mais en aucun cas, ça ne vaut de cautionner cela, et en aucun cas c'est une complaisance morale", a poursuivi celle qui ne souhaite pas se substituer à la justice.
La journaliste a alors rappelé que son collègue n'avait pas été condamné à ne plus exercer sa profession. Puis, elle a fendu la carapace, laissant parler ses émotions : "CNews, c'est ma chaîne de cœur. Je suis une femme libre, une citoyenne, une mère de famille, et je suis personnellement engagée dans la lutte contre les violences sexuelles. Et je pense ce matin, comme vous, aux victimes et aux mineurs, mais on ne peut pas nous faire ce procès, me faire ce procès. Les seules valeurs, quelles que soit nos différences et nos convictions politiques, sont le respect de chacun, de la dignité de chaque personne, et de la sanctuarisation de l'intégrité physique et morale de chacun. Ça, ce n'est pas négociable, c'est pas à géométrie variable et c'est ma seule boussole personnelle et professionnelle. J'ai la liberté de le dire comme une femme libre, mais aussi parce que CNews, c'est la chaîne de la liberté d'expression." Pour rappel, le 14 janvier dernier, la Cour de cassation a rejeté le pourvoi de Jean-Marc Morandini après sa condamnation en appel pour corruption de mineurs, rendant donc définitif le jugement prononcé le 21 mars 2025 par la cour d'appel de Paris. L'animateur de CNews avait été condamné à deux ans de prison avec sursis et 20.000 euros d'amende pour des messages de nature sexuelle envoyés à trois adolescents entre 2009 et 2016.
Il avait cependant été maintenu à l'antenne, et avait renoncé le 22 janvier à contester une condamnation pour harcèlement sexuel dans un autre dossier, ce qui la rendait également définitive. Après la prise de parole de Sonia Mabrouk, d'autres figures de la chaîne comme Laurence Ferrari et Pascal Praud, avaient également pris leurs distances avec le maintien de l'animateur de "Morandini Live" à l'antenne, se disant aux côtés des victimes.
"Mes propos, pourtant largement partagés notamment en interne, ont conduit à une situation que je déplore mais dont je prends acte", a conclu Sonia Mabrouk ce vendredi 6 février dans sa déclaration transmise à l'AFP. La journaliste de 48 ans a précisé qu'elle restera à l'antenne de CNews le temps de son préavis, soit un mois.
Jean-Marc Morandini est par ailleurs visé par une nouvelle plainte pour "tentative de corruption de mineurs" mais pour des faits prescrits. Cette plainte porte sur "des faits qui auraient été commis en 2012", et a été déposée par un homme âgé de 17 ans à l'époque, selon le procureur de Lille Samuel Finielz. Ces faits "sont prescrits depuis 2022", a-t-il ajouté. Par conséquent, "aucune enquête ne sera ouverte compte tenu de la prescription".

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