Nikos Aliagas (Radio Notes 2018) : "J'ai toujours la même envie"

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Nikos Aliagas (Radio Notes 2018) : "J'ai toujours la même envie"
Par Benjamin Meffre Journaliste
Passionné par les médias, l’économie et la politique, Benjamin est rédacteur en chef de puremedias.com dont il a intégré la rédaction en 2013.
Nikos Aliagas
Nikos Aliagas © Pierre Olivier / Capa
A l'occasion de sa victoire dans la catégorie "voix masculine des radios généralistes", Nikos Aliagas s'est confié à puremedias.com.

Ce mercredi, puremedias.com, en partenariat avec "20 minutes", a dévoilé le palmarès de la deuxième édition des Radio Notes. Dans la catégorie "voix masculine des radios généralistes de l'année", c'est Nikos Aliagas qui s'est imposé. A cette occasion, le nouveau matinalier d'Europe 1 s'est confié auprès de puremedias.com.

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Propos recueillis par Benjamin Meffre.

puremedias.com : Les lecteurs de puremedias.com vous ont élu voix masculine des radios généralistes. Que ressentez-vous ?
Nikos Aliagas
: Je ressens de la gratitude. Merci à tous ! On fait ce métier pour construire un lien avec les gens. Au-delà des enjeux d'audience et de compétition, c'est d'abord un lien fort avec les gens. Je suis content de leur confiance. C'est encourageant pour moi et pour tous ceux de la rédaction avec qui je travaille. C'est bien. Je suis content. Merci !

Avez-vous l'impression d'être justement déjà parvenu à créer ce lien avec les auditeurs de votre matinale ?
Je crois. C'est quelque chose qui se construit au quotidien, petit à petit. Ce qui est très étrange entre la télévision et la radio, c'est qu'à la télé, le lien est beaucoup plus large et instantané. A la radio, il est beaucoup plus intime mais aussi beaucoup plus long à installer. Le temps radiophonique n'est pas le temps télévisuel. On est dans deux démarches complètement différentes. Chaque seconde compte à la radio. A la télé aussi, mais l'image est parfois plus forte que le reste. A la radio, les gens t'écoutent partout, en regardant la vie. Et le prix est élevé : l'intimité est par définition quelque chose de plus secret et de plus fragile. Donc, ça se construit.

Ils ont dit
"Nous avons réussi à parler aux auditeurs à hauteur d'homme"
Nikos Aliagas

Pour vous, le lien radio est plus fort que le lien télé ?
Il est différent. Le chemin est différent. Ce n'est pas parce que tu peux être vu par des millions de téléspectateurs, qu'automatiquement, le contrat éthique, moral, va se transposer de la télé à la radio. A la radio, on se sent à la fois plus libre parce que le débit est différent, le verbe est plus fort que l'image, et en même temps, ça prend du temps à installer. C'est un média d'habitude.

Que pensez-vous avoir réussi et que pensez-vous devoir encore améliorer dans cette matinale ?
Je pense que nous avons réussi tous ensemble à parler aux auditeurs à hauteur d'homme, et non pas du haut d'un piédestal ou d'une crypte journalistique où l'on parlerait entre nous. On crée ce lien. On est à l'écoute des habitants de Mourenx dans les Pyrénées-Atlantique en pleine crise des Gilets jaunes. On est allé les voir. Lors des inondations dans l'Aude, on est parti du jour au lendemain à la rencontre de ses habitants. Hier matin, on avait le maire d'une commune touchée pour savoir ce qu'il s'est passé depuis deux mois. En résumé : la proximité, le suivi et l'écoute. Il y a une règle d'or pour que quelqu'un vous écoute, c'est de l'écouter d'abord !
Ce qu'on n'a pas encore fait, c'est d'être encore plus sur le terrain. Mais ce n'était pas la priorité immédiate. Celle-ci était plutôt de rétablir un lien fort et de sincérité avec les gens. De leur dire : "On n'est pas là pour vous baratiner. On est là pour vous écouter et vous raconter les histoires de votre quotidien".

Ils ont dit
"Arnaud Lagardère et Laurent Guimier m'ont dit la même chose : 'Continue !'"
Nikos Aliagas

Que vous ont dit Laurent Guimier et Arnaud Lagardère au moment de la révélation de la première vague d'audience aux résultats décevants ?
Arnaud Lagardère et Laurent Guimier m'ont dit la même chose : "Continue ! On a un projet, on le défend !". Je me rappelle que la "Star Academy" a mis deux mois avant d'envoyer des signaux forts. Sur NRJ, je suis arrivé quand la radio était cinquième. Ce n'est qu'au bout d'un an qu'on a commencé à remonter, pour finir deuxième avant que je parte. C'est pareil pour les équipes de foot. Tu peux avoir des mois et des mois de championnat un peu dur. Tu encaisses. Et au bout d'un moment, tu vas marquer, d'une façon ou d'une autre. Ce ne sont pas les certitudes qui te font avancer, c'est le travail. C'est la course qui est importante, la manière dont tu vas négocier les virages, dont tu vas comprendre les difficultés. Moi j'aime bien dans le sport le gars qui arrive à la fin et qui est champion parce qu'il a plus encaissé que les autres. Il ne faut pas monter au filet à tout prix, faire du bruit. Ca ne marche pas, ça, en radio. Tu n'es pas là pour faire un numéro de claquettes personnel dans la matinale. Mon travail, c'est d'accompagner, de raconter, de relater une info, de la mettre en perspective et de la confronter. Après, tu rentres chez toi.

Que va-t-il faire dans cette galère ? C'est ce que beaucoup ont pensé en vous voyant accepter ce défi périlleux alors que tout allait bien pour vous, que vous étiez au sommet. Pourquoi avoir fait ce choix ?
Parce qu'il n'y a pas de sommet ! Il n'y a que des chemins et des défis. Dans nos métiers, le début de la fin, c'est la posture. La posture devient l'imposture lorsque tu finis par croire toi-même à ta posture. Je ne sais pas ce que cela signifie "être au sommet". Moi, je suis un artisan. Quand j'arrive sur un plateau de télévision, que je vois un technicien, ma première question, c'est : "Où sont les caméras ? Il y a qui aujourd'hui dans le conducteur ? A quelle heure on commence ? A quelle heure on doit rendre l'antenne ?". C'est pareil à la radio. J'ai toujours fonctionné comme cela, même quand je fais un prime devant plusieurs millions de téléspectateurs. L'idée n'est pas de dire : "Waouh, c'est génial ! Je regarde l'objectif en prenant la pause". Je ne sais pas faire ça. Je suis donc allé dans cette matinale parce que je me sens artisan et journaliste. Mais aussi parce que j'aime Europe 1 ! Ca peut paraître accessoire de dire cela, mais c'est la réalité. C'est une radio que j'écoutais gamin. C'est une radio dans laquelle je travaille depuis des années. J'aime sa rédaction, l'héritage d'Europe 1, celui des Gildas, des Bellemare. Ce sont ces gens-là qui m'ont aussi donné envie de faire ce métier.

Je me suis dit qu'à 50 ans, c'est bien aussi de redescendre dans cette arène-là, en tant qu'artisan. C'est bien de refaire mon métier de base - car je viens de là - et peut-être même dans l'épreuve, la difficulté. Je ne suis pas arrivé à Europe 1 avec des certitudes. Je suis arrivé avec l'envie, l'envie d'en découdre. Et j'ai toujours la même ! Certains pourraient croire que c'est dur pour moi. Ok, mais c'est génial ! C'est même pour cela que c'est bien.

Ils ont dit
"Je respecte la décision de Laurence Boccolini"
Nikos Aliagas

J'ai lu que vous avez voulu un temps être prêtre. Vivez-vous une vie de moine maintenant que vous êtes matinalier, en plus de vos nombreuses autres émissions à la télévision ?
Je n'en suis pas loin (rires). Mais avec ma femme, on est deux ! (rires). En réalité, j'ai toujours eu cette vie, à quelques détails près. Je ne fais pas de soirées. Je ne vis pas dans les paillettes. Quand je finis un gros prime de variété, je ne vais pas en boîte avec les chanteurs après. Je me fais une soupe, une tisane, et au lit ! Disons que j'ai un peu déplacé le curseur depuis mes débuts à la matinale. Je m'endors avec mes enfants. En fait, je les vois plus qu'avant, c'est l'un des paradoxes ! L'après-midi par exemple, je vais chercher ma fille à l'école alors qu'avant, je ne pouvais pas car je passais toute l'après-midi à faire autre chose. Après, il y a des périodes plus tendues que d'autres, notamment en fin d'année car j'ai pas mal de tournages. Mais c'est vraiment gérable. Il suffit juste de ne pas sortir.

Laurence Boccolini quitte Europe 1. Pas trop triste ?
Je respecte sa décision. Ca ne correspondait peut-être pas à ce qu'elle voulait. Elle a été cohérente avec son envie. Il ne faut pas aller contre car sinon ça s'entend. J'espère qu'elle le fera pour déployer ses ailes ailleurs, comme elle le fait depuis toujours. C'est une grande pro et une bonne copine. C'est une fille bien, Laurence. Ce n'est pas grave. Bonne chance pour la suite et inch'allah !

Avez-vous le temps, avant de vous coucher, de regarder Alessandra Sublet, votre remplaçante dans "C'est Canteloup" sur TF1 ?
Je ne la vois pas tous les jours parce que je ne peux pas. C'est l'heure où les enfants crient et ne veulent pas dormir (rires). Mais je la regarde souvent en replay, le matin. C'est ma famille, Nicolas Canteloup. Et ça le restera pour toujours. On a passé sept ans ensemble dans une loge. Ca crée des liens forts (rires). Alessandra, elle est forte. Elle s'est adaptée et a bien compris le concept. Je crois que ça marche bien. Je suis content pour eux.

Ils ont dit
"Il n'y a pas 'd'embrouille' avec Jean-Marc Dumontet"
Nikos Aliagas

"Nikos est l'un de nos amis mais il faut qu'Europe fasse les bons choix au bout d'un moment", déclarait récemment Jean-Marc Dumontet, le producteur de Nicolas Canteloup. Comprenez-vous cette sortie ?
On en a parlé... Je pense qu'il avait des choses à dire. Jean-Marc Dumontet dit toujours les choses. C'est dans son droit de les dire. On s'est expliqué, on a parlé et il n'y a pas "d'embrouille". Il ne faut pas donner plus d'importance à des mots qui signifient ce qu'ils signifient, mais ne change rien à la détermination d'une rédaction, ni à mon amitié pour lui. Ce sont des mots et plus que les mots, je crois dans les actes. Et l'acte réel, c'est que Nicolas Canteloup est tous les jours avec moi à l'antenne et que je suis fier de l'avoir. Ce sont des mots, des mots, des mots... Que restera-t-il après les mots ?

Aujourd'hui, dans vos multiples activités, laquelle vous rend le plus heureux ?
C'est de me réveiller et de me dire : "Je suis encore vivant !". J'ai toujours vu la vie comme un décompte à la Benjamin Button. Dès le premier jour, tu sais que c'est plié. A partir de là, il faut vivre. Je suis peut-être un peu polymorphe à mettre ainsi la même intensité dans une expo photos, un bouquin, à la radio... Vivre, c'est reconnaître l'Autre. J'ai besoin de l'Autre. Pour moi, toutes ces activités, qui peuvent paraître différentes au premier abord sont la même chose : raconter des histoires humaines. C'est ça qui m'intéresse. Et tout ça passe vite. Il ne faut pas avoir de regrets.

Nikos Aliagas
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