Les "Nuls" se déchirent. Depuis dix jours, une tribune anti-Bolloré fait le bonheur des journalistes cannois. Après l'annonce du patron de Canal+, Maxime Saada, de ne plus collaborer avec les signataires de cette pétition publiée par le collectif "Zapper Bolloré", le monde du septième art est divisé. Interrogé par nos confrères de l'AFP sur la Croisette, Alain Chabat a déploré le "coup de pression à deux balles" du patron de Canal+. "Il y avait plein de manières de réagir à ce truc-là. Mais de là à rajouter ce coup de pression à deux balles à des gens qui donnent une opinion, ou en tout cas qui ont une inquiétude, légitime ou pas...", a estimé le comédien à l'affiche du "Vertige" de Quentin Dupieux, présenté à Cannes. Une déclaration à l'opposé de celle de son camarade de jeu, Dominique Farrugia. "J’apporte tout mon soutien à Maxime Saada et aux équipes cinéma de Canal. J’ai longtemps travaillé avec eux et je sais ce que le cinéma français leur doit", a posté sur X le président de Shine Fiction (Banijay) ce matin.
Le 11 mai dernier, le journal "Libération" publiait une prise de parole du collectif "Zapper Bolloré", s'alarmant de la future mainmise du groupe du milliardaire breton sur le réseau des salles de cinéma UGC. Canal+, qui a déjà acquis 34 % du capital de la société, en vise les 100 % à l'horizon 2028. Une perspective très inquiétante pour le collectif, qui indiquait que Vincent Bolloré allait bientôt être "en position de contrôler la totalité de la chaîne de fabrication des films, de leur financement à leur diffusion sur petit et grand écran". "[...] Le milliardaire ne cache pas qu’il mène un 'projet civilisationnel', réactionnaire d’extrême droite, à travers ses chaînes de télé comme CNews et ses maisons d’édition. Si l’influence de cette offensive idéologique sur le contenu des films a été pour le moment discrète, nous ne nous faisons pas d’illusion : ça ne durera pas", pouvait-on notamment lire dans ce texte soutenu par 600 signataires, dont Juliette Binoche, Swann Arlaud, Raymond Depardon, Adèle Haenel ou encore le scénariste Arthur Harari.
"J'ai vécu cette pétition comme une injustice vis-à-vis des équipes Canal qui s'attachent à défendre l'indépendance de Canal+, dans toute la diversité de ses choix, a affirmé le dirigeant lors du "brunch des producteurs" du Festival de Cannes, selon des propos rapportés par l'AFP. En conséquence, je ne travaillerai plus, je ne souhaite plus que Canal travaille avec les gens qui ont signé cette pétition. [...] Je n’ai pas envie de travailler avec des gens qui me traitent de crypto-fasciste, je suis désolé, la limite, pour moi, elle est là." Le groupe Canal+ est à ce jour le premier financeur du cinéma français, rappellent nos confrères, malgré un budget alloué au secteur en baisse (170 millions d'euros d'ici 2027, contre 220 millions auparavant).
"Pouvons-nous encore croire à l'indépendance de Canal+ vis-à-vis du milliardaire d’extrême droite contre lequel il est désormais officiellement impossible de s’exprimer ?", a déploré le collectif Zapper Bolloré auprès de l'AFP, à la suite de la réaction de Maxime Saada. Gaëtan Bruel, président du Centre national du cinéma et de l'image animée (CNC), a "regretté" ce lundi 18 mai sur France Inter la réaction du président du directoire de Canal+. "Sur le plan de la liberté d'expression, ça pose question. Parce que le droit à la critique, ça fait partie de ce principe fondamental", a-t-il affirmé, avant de préciser : "Canal est toujours le premier soutien privé de la plus grande diversité du cinéma français [...] C'est factuellement faux de dire que Canal aurait renoncé à soutenir toute la diversité du cinéma. Je ne me retrouve pas dans les faits que [la tribune] dénonce (...) et il faut faire attention aux prophéties autoréalisatrices", a-t-il conclu.
Mardi 19 mai 2026, Catherine Pégard, ministre de la Culture, a jugé la réponse de Maxime Saada "disproportionnée". "J'ai entendu l'émotion, l'inquiétude qui s'expriment dans le secteur du cinéma comme elles se sont exprimées dans le secteur du livre récemment (...) Dans cette économie ambitieuse et fragile, Canal+ occupe une place importante en finançant aujourd'hui près d'un film français sur deux. Il participe à cette diversité de notre cinéma à laquelle nous devons veiller collectivement. La place majeure de cette entreprise dans le cinéma lui donne une voix qui compte. Je regrette que la réponse, disproportionnée à tout le moins, apportée aux inquiétudes bien réelles qui se sont exprimées, les avive", a-t-elle expliqué dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale.

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