Akim Omiri : "Soit il faut changer cet article 13, soit il faut contraindre Youtube à agir différemment"

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Akim Omiri : "Soit il faut changer cet article 13, soit il faut contraindre Youtube à agir différemment"
Akim Omiri se confie auprès de puremedias.com
Akim Omiri se confie auprès de puremedias.com © Chloé Bonnard
Le youtubeur Akim Omiri se confie auprès de puremedias.com au sujet de l'article 13 de la directive européenne sur le droit d'auteur.

La parole est aux youtubeurs. Au cours du mois de septembre dernier, le Parlement européen a voté une directive européenne sur le droit d'auteur, après avoir été validée sous d'autres versions par la Commission européenne et le Conseil européen. Mais depuis près d'un mois, Youtube tire la sonnette d'alarme concernant l'un des articles de cette directive européenne.

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Une pétition en ligne contre l'article 13

Dans ce texte qui vise à établir un meilleur rapport de force entre auteurs et sites web, l'article 13 est pointé du doigt par la plateforme. Cet article 13 veut imposer aux plateformes de diffusion de vidéo à passer des accords avec les titulaires des droits d'auteur, que ce soit pour la musique, l'image ou la vidéo, afin que les utilisateurs partagent de manière légale leurs contenus soumis à ces droits d'auteur. Sans accords, le site serait tenu responsable et contraint de bloquer la mise en ligne des vidéos, des images ou des sons.

Une pétition en ligne a ainsi été créée sur internet afin de modifier cet article 13 qui mettrait en péril l'avenir des youtubeurs. Du côté des vidéastes, certains ont tourné des vidéos pour sensibiliser leur communauté et appeler à signer la pétition. Ainsi, pour éclaircir le sujet, Akim Omiri (youtubeur de la société Mixicom, propriété de Webedia, éditrice de puremedias.com), signataire de la pétition, a accepté d'évoquer cette polémique, ainsi que la relation entre Youtube et les médias. Avec plus de 500.000 abonnés sur Youtube, le vidéaste est également en spectacle tous les dimanches et lundis au théatre BO St Martin, à Paris.

Propos recueillis par Florian Guadalupe

Ils ont dit
"On peut se retrouver avec une censure énorme pour beaucoup de créateurs."
Akim Omiri

puremedias.com : Comment avez-vous entendu parler de l'article 13 de la directive européenne sur le droit d'auteur ?
Akim Omiri : J'ai vu qu'il y avait pas mal de vidéos dessus. J'en ai regardé quelques-unes pour me renseigner, notamment celle de Julien Chièze, qui est dans le jeu vidéo. Effectivement, je me suis senti tout de suite concerné. J'ai vu les pétitions et j'ai signé.

Qu'est-ce que cet article 13 va-t-il changer concrètement ?
A l'origine, c'est une bonne idée des députés du Parlement européen. Ils veulent que les droits d'auteur fonctionnent. Quand quelqu'un crée un contenu, ils veulent que le créateur récupère ses droits si une personne les utilise. Ce qui est normal. Seulement, ils vont trop loin. Avec cet article, si je fais une vidéo avec une marque visible, ma vidéo est susceptible d'être bloquée. Ils ne vont pas se retourner contre les créateurs. Ils vont se retourner contre la plateforme. Youtube prend zéro risque et pousse tous les curseurs au maximum. Ils ne veulent pas faire face à plusieurs centaines de procès. Ils ne peuvent pas contrôler toutes les vidéos qui sont uploadées.

Selon vous, cet article est dangereux pour l'avenir des youtubeurs ?
On peut se retrouver avec une censure énorme pour beaucoup de créateurs. Ceux qui font du "Vlog", c'est fini. Ils ne peuvent pas contrôler ce qui va apparaître dans leur champ. Ceux qui font du "Gaming", c'est fini. Pour eux, il faudra avoir toutes les autorisations de tous les acteurs du monde des jeux vidéos. Il y a plein de catégories de vidéo qui ne vont plus pouvoir être publiées sur Youtube.

Vous réalisez de nombreux courts-métrages sur votre chaîne. Cet article 13 ne devrait en théorie pas être dangereux pour vous.
Moi, à titre personnel, je me sens moins touché. Tout ce que je produis sur ma chaîne est maîtrisé. Comme ce sont des fictions, je fais en sorte de contrôler les costumes, les décors, les marques. Ca ne ferait qu'une contrainte de plus, mais ce ne serait pas une contrainte insurmontable pour moi. Mais je suis solidaire avec tous les autres créateurs de Youtube. Je ne veux pas que la plateforme se bride et soit vidée de contenus intéressants.

Ils ont dit
"Ce n'est pas normal que sur internet, on se retrouve plus bridé qu'à la télévision."
Akim Omiri

Pourquoi avoir signé la pétition contre l'article 13 ?
J'ai signé cette pétition parce que je ne pense pas que cet article va faire avancer les choses. Ce n'est pas normal que sur internet, on se retrouve plus bridé qu'à la télévision. Sur le petit écran, ils peuvent utiliser toutes sortes de musique. Ce n'est jamais un problème parce qu'ils ont des services qui sont chargés de gérer les droits d'auteur. Les créateurs de Youtube n'ont pas les mêmes moyens qu'une télé.

Aujourd'hui, les vidéos reprenant des musiques non-libres de droit sont démonétisées. Ca existe déjà.
Oui, c'est vrai. Mais il y a une contrainte très mal faite sur Youtube. Si je fais une vidéo qui dure une heure et que j'utilise cinq secondes d'une chanson de Drake, par exemple, les droits d'auteur de toute ma création vont retourner à Drake. On reconnaît les droits d'auteur de la musique de Drake, mais on ne reconnaît pas mes droits d'auteur, tout le temps que j'ai passé en montage et en écriture. C'est très mal fait. Aujourd'hui, j'estime que pour les droits d'auteur, Youtube est très mal géré. Ca va être encore pire avec l'article 13.

Quelle serait alors la solution ?
Il faudrait une répartition des revenus sur la globalité. Par exemple, si l'utilisation de la musique représente 1% de la vidéo, l'ayant droit touchera 1% des revenus de la vidéo. La musique n'est pas de moi, c'est normal que l'ayant droit touche de l'argent. Mais ce n'est pas normal qu'il touche tous les droits de la vidéo. Pour moi, il devrait y avoir un prorata. Aujourd'hui, soit ta vidéo est démonétisée, soit elle est bloquée. Ca n'a aucun sens. Il n'y a que sur Youtube que ça se passe comme ça. Je trouve ça assez frustrant. Après, cette loi va arriver aussi sur Facebook et Twitter. Ce sera vraiment un blocage de tous les contenus vidéo.

De leurs côtés, Google et Youtube ont tenté d'influencer les youtubeurs. Certains ont été contactés et invités à réaliser des vidéos contre l'article 13.
Ils utilisent les armes qu'ils ont à leur disposition pour se défendre. Ceux qui ont répondu veulent tout d'abord défendre leurs intérêts personnels. Ils veulent également bien se faire voir par Youtube, je suppose. Il y a un intérêt pour les deux de communiquer là-dessus. Après il y a plein d'autres youtubeurs qui en ont parlé sans que Youtube ne les contacte parce qu'ils se sentent menacés. Je ne pense pas qu'il y ait eu besoin d'une demande de Google pour que plein de gens se soulèvent.

Ils ont dit
"Je pense que cette loi n'est pas bien menée."
Akim Omiri

L'article 13 a été réfléchi pour défendre les intérêts des créateurs. Comment se fait-il qu'il effraye autant les youtubeurs ?
Je pense que cette loi n'est pas bien menée. Je trouve ça très frustrant. Ils veulent pourtant bien faire. Certains complotistes vont imaginer que les télévisions sont derrière cet article pour récupérer des parts de marché. Si c'était le cas, les télévisions n'auraient pas compris qu'elles étaient dépassées depuis bien longtemps. Ce n'est pas parce qu'il y aura des contraintes sur Youtube que je vais me mettre à regarder la télévision. Si l'article 13 passe dans sa forme actuelle, les vidéastes trouveront un autre moyen de publier leurs contenus. Ce ne sera plus sur Youtube. Nous le ferons sur une plateforme qui ne sera pas européenne. Par exemple, une plateforme implantée en Russie.

Vous pensez qu'il peut y avoir une alternative aujourd'hui à Youtube ?
Oui. On est sur Youtube, parce que Youtube nous rémunère et que les gens sont dessus. A partir du moment où il n'y a plus de créations sur Youtube et qu'une autre plateforme se met en place, un vidéaste à plus d'un million d'abonnés peut faire migrer sa communauté s'il annonce que ses vidéos iront sur un autre site.

Cet article 13 a tout de même la vocation de défendre les droits d'auteur. Cette régulation n'existait pas juridiquement sur cette plateforme. Comment trouver un juste milieu ?
Comme je le disais, une répartition au prorata pour la musique. Il y a aussi une bonne manière d'agir des créateurs. Il faudrait qu'il y ait un moyen de déclarer, de la part du vidéaste, les droits d'auteur utilisés dans sa vidéo et son temps d'utilisation. Ce serait aussi plus facile pour tout le monde. Personnellement, pour mes fictions, j'utilise des musiques qui sont soit réalisées par des proches, soit libres de droits, soit que je vais payer. J'ai pris un abonnement sur un site qui fournit un catalogue de musique. Je paye ces musiques. Au final, je suis dans la légalité.

Ils ont dit
"Nous ne voulons pas nous retrouver avec une page Tendances sur Youtube composée uniquement de replays de Cyril Hanouna."
Akim Omiri

Tous les vidéastes n'ont pas forcément les moyens de créer leur musique ou de les acheter.
C'est vrai. Je peux me le permettre parce que je suis dans des vidéos qui sont extrêmement chères et qui ne sont pas du tout rentables sur Youtube. Elles fonctionnent grâce aux aides du CNC, d'un producteur ou d'une marque. Si je n'avais pas ces aides, je serais incapable de créer ces fictions sur Youtube. Je n'en ai pas les moyens. Maintenant, cette loi a un problème. On parle des musiques, mais si on a un pull, Youtube va pointer du doigt la marque du pull alors qu'on n'est pas en train de faire la promotion de ce pull.

Concernant les marques qui apparaissent sur les vidéos, l'article 13 dans sa version actuelle ne touche pas à ce qu'on appelle "l'inclusion fortuite", c'est-à-dire lorsqu'une marque fait partie du décor mais qu'elle n'est pas le sujet de la vidéo. Beaucoup de vidéastes se sont d'ailleurs trompés sur cette nuance.
Oui, ce n'est pas la même chose. On est d'accord. Après, c'est une question d'éthique. Quand un créateur réalise une vidéo et qu'il sait délibérément qu'elle est orientée pour mettre en avant une marque, c'est normal que ce soit déclaré. En revanche, si un youtubeur teste un jeu vidéo et qu'il porte un pull de marque, ce n'est pas considéré comme une pub pour la marque du pull. Il y a deux différences. Après, pour une vidéo, un vidéaste peut mettre un pull sans marque. Ca peut aussi devenir des précautions qu'on aura à faire et qui ne sont pas handicapantes pour la création. Pourquoi les youtubeurs ont alerté sur les marques ? Parce que Youtube ne veut prendre aucun risque. La plateforme estime ne pas avoir le temps de savoir s'il s'agit d'une publicité pour une marque ou non et risque de bloquer certains contenus. Avec cet article 13, la responsabilité reviendrait désormais à la plateforme et plus aux créateurs. Finalement, c'est Youtube qui crée ce bras de fer avec l'Union européenne. Si Youtube bloque tout, Youtube va se bloquer lui-même. Les vidéastes iront ensuite ailleurs.

Youtube se défend également de ne pas avoir assez de moyens pour contrôler chaque vidéo mise en ligne sur son site.
Avec le nombre de vidéos qui sont uploadées chaque minute sur Youtube, ce n'est pas possible qu'il y ait des personnes derrière pour les modérer avant leur publication. Si on demande aux internautes de contrôler, certains vont s'amuser à signaler les vidéastes qu'ils n'aiment pas, pour le plaisir de les bloquer. Il faudrait un moyen pour contrôler ces vidéos, mais ce n'est pas faisable. Ou alors il faudrait restreindre les personnes qui pourraient uploader sur Youtube. Une sorte de certificat ou de contrat à signer. Aujourd'hui, si nous sommes sur Youtube, c'est parce qu'il est facile d'uploader. Nous pouvons nous permettre de publier des choses différentes de celles de la télévision. Mais nous ne voulons pas nous retrouver avec une page Tendances sur Youtube composée uniquement de replays de Cyril Hanouna. Donc, soit il faut changer cet article 13, soit il faut contraindre Youtube à agir différemment.

Ils ont dit
"Youtube doit aussi faire un effort en recrutant des salariés dédiés à cette modération."
Akim Omiri

Aujourd'hui, Youtube dispose déjà d'un robot, "Content ID", qui bloque et démonétise des vidéos sur la plateforme en fonction de certains critères.
J'en ai été victime cette semaine. J'ai essayé d'uploader une vidéo pour le mouvement "On est prêt". Quatre associations veulent attaquer l'Etat français en justice. L'envie de plusieurs vidéastes était d'uploader une vidéo pour l'annoncer sur de multiples chaînes Youtube. Ma vidéo a été bloquée alors que j'avais le droit et que je faisais partie de cette vidéo. Je ne sais pas si c'était volontaire ou juste le robot. Cette campagne a été censurée par Youtube. Plusieurs chaînes ont été empêchées de mettre en ligne cette vidéo.

Youtube ne vous a pas donné de raison particulière ?
Je n'ai pas reçu de raison. Ma vidéo apparaissait en ligne. Mais au bout d'une heure, je n'avais qu'une vue et c'était moi. Les internautes ne pouvaient pas la visionner. Donc, il y a déjà une censure. Internet, ce n'est pas censé être la censure. Je pense que Youtube devrait laisser les internautes signaler les contenus. A partir d'un certain grand nombre de signalements, un humain contrôle ensuite la vidéo pour savoir si elle respecte les règles de la plateforme. Youtube doit aussi faire un effort en recrutant des salariés dédiés à cette modération. Il faut des humains derrière, car un robot ne peut pas savoir s'il s'agit d'une parodie ou s'il s'agit d'une publicité pour une marque.

Faudrait-il un CSA du web ?
Comment est-ce qu'on choisirait les membres de ce conseil ? Ils seraient combien pour le nombre de vidéos uploadées ? Je ne sais pas. Il faudrait peut-être des employés qui n'ont pas d'intérêt particulier à la mise en ligne de certaines vidéos. Ils devraient simplement agir en cas de placement de produit ou de vol de droits d'auteur. Comme aujourd'hui, dans les chaînes de télévision, il y a des services qui surveillent les émissions pour empêcher que ça déborde. Quand ça déborde, le public réagit souvent et le CSA décide alors de se pencher sur telle ou telle séquence.

Ils ont dit
"Si j'avais le budget de 'Joséphine, ange gardien', on entendrait parler de ce que j'aurais créé."
Akim Omiri

En parlant de télévision, pourquoi les youtubeurs sont-ils réticents à intervenir dans les médias traditionnels ?
La télévision a souvent été très condescendante lorsqu'elle a invité des youtubeurs. Les téléspectateurs l'ont vu avec Squeezie chez Ardisson et Natoo chez Ruquier. Ils nous parlent comme des gogols, mais en fait, nous leur faisons peur. Selon eux, nous ne faisons pas de vrais millions de vues. Mais nos vues sont comptabilisées. On ne peut pas tricher. L'audience de la télévision, c'est un sondage de Médiamétrie issu de boitiers présents dans un échantillon qui, pour moi, n'est pas forcément représentatif de la France. Les télévisions se sont tout de même mises au replay. Mais avant, il fallait être à heure fixe pour regarder leurs émissions. Ils sont dans des manières de consommer du contenu à l'ancienne. N'importe quelle vidéo de Youtube, je peux la visionner le jour comme la nuit. On est une menace car ils ne comprennent pas comment on peut faire autant de vues alors qu'on n'a pas les mêmes moyens qu'eux. C'est un peu pour ça qu'ils se réjouissent de l'article 13. Les télévisions estiment que nous n'avons pas les mêmes contraintes qu'eux. Mais on n'a pas les mêmes budgets qu'eux. Ils ont des millions d'euros à disposition pour créer des contenus. J'arrive à faire des fictions que j'estime meilleures que certains contenus à la télévision. Si j'avais le budget de "Joséphine, ange gardien", on entendrait parler de ce que j'aurais créé. On n'est pas à armes égales. J'ai envie de dire que c'est pour ça qu'on n'a pas les mêmes contraintes.

Pourquoi un tel fossé s'est créé entre la télévision et Youtube ?
Je vais répondre personnellement à cette question. Aujourd'hui, je travaille sur Youtube, mais je me considère comme un créateur. Je le fais sur cette plateforme parce que Youtube me permet de créer. Mais si j'ai des possibilités de création sur un autre média comme la télévision ou le cinéma, je communiquerai pareil là-dessus. Pour moi, l'importance est de pouvoir créer. L'importance n'est pas d'être sur Youtube. Si j'ai la même liberté à la télévision, je ne me priverai pas de la faire. Par exemple, je viens de finir d'écrire une série. Avec mon équipe, nous essayons de trouver un partenaire à la télévision qui serait capable de la produire. Mais une de mes contraintes, c'est la mise en ligne de ma série sur ma chaîne Youtube après diffusion sur le petit écran. J'ai envie que ce contenu soit accessible gratuitement au plus grand nombre. Ca ne m'intéresse pas de vendre des DVD.

C'est une sécurité pour vous d'imposer cette contrainte à un diffuseur ?
Oui. On ne touche pas non plus les gens à la télévision ou au cinéma de la même manière que sur Youtube. Il y a des gens qui ne sont pas capables de débourser 10 euros au cinéma pour un film, mais qui apprécient la gratuité de Youtube. A l'inverse, il y a un public qui suit le créateur sur Youtube et qui va le soutenir à la télévision ou au cinéma. Il y a deux manières de penser. Cette série que j'ai écrite, des proches m'ont conseillé de réaliser un financement participatif. J'ai du mal à demander de l'argent aux abonnés. Je ne suis pas à l'aise avec ça. Il y a aussi la peur de ne pas atteindre l'objectif. Donc, effectivement, la télévision et internet se regardent mutuellement, avec parfois de la rancoeur et parfois de la compassion.

Ils ont dit
"Le modèle de publicité du replay de TF1, c'est de la prise d'otage"
Akim Omiri

Youtube n'est-il pas le fruit de la télévision ?
Oui. J'ai grandi avec la télé. Quand je suis devenu adulte, Youtube est arrivé. Ca fait quelques années que je crée dessus. Je suis le produit d'un gamin qui a grandi avec la télévision. Ecrire des fictions pour la télévision ne me débecte pas. Mais on nous met des contraintes. Pour l'avoir déjà fait, on m'a demandé de retirer des blagues. A ce moment, je leur dis : "Oui, mais si vous venez me chercher pour ma plume, laissez-moi faire mon style. Vous allez perdre l'intérêt de m'avoir. Gardez vos auteurs de 'Joséphine, ange gardien'."

"Joséphine, ange gardien" est une fiction sur TF1. Sur la même chaîne, il y a quand même eu une série avec Norman, Cyprien et Natoo.
Ce sont les seuls qui vont avoir cette liberté parce qu'ils ont plusieurs millions d'abonnés. Et encore, je ne suis pas sûr que leur série "Presqu'adultes" n'a pas été soumise à des contraintes. Je ne sais pas, je n'ai pas écrit avec eux. Au final, ils ont permis à ce que leurs vidéos soient sur leur chaîne. C'est un compromis que je trouve très intelligent. Mais ce qui me dérange, c'est qu'ils ont fait un produit de télévision. Ca ne leur ressemble pas totalement. En tout cas, quand j'ai regardé la série, j'ai senti une sorte de compromis constant. Ceux qui les suivent n'ont pas forcément apprécié les voir à la télévision, et sur internet, ça ressemble trop à la télévision.

Depuis plusieurs années, la télévision essaye de s'adapter à la consommation des contenus sur internet avec les replays. Et certains programmes marchent plutôt bien.
Oui, c'est vrai. Il y a aussi une question de disponibilité. Il faut aussi faire de la qualité. Il a plein d'émissions mises en replay qui n'intéressent personne. Celles qu'on va regarder, c'est parce qu'elles sont intéressantes, dans l'air du temps, avec des sujets pertinents. "Quotidien" doit plaire justement. "Burger Quiz", les téléspectateurs vont le voir en replay. C'est d'ailleurs la seule émission qui m'a fait regarder de la télévision dernièrement. Mais j'ai été très énervé parce qu'il y avait énormément de publicités sur le replay. C'était trop. Parfois, c'est plus de deux minutes de publicité. En soi, ça ne me gêne pas. Mais on ne peut pas la passer, ni couper le son, ni changer d'onglet sur le navigateur. Ce modèle de publicité, c'est de la prise d'otage. C'est une preuve qu'ils n'ont pas compris les codes d'internet. Ils ne respectent pas les codes. Au final, je suis parti regarder l'émission ailleurs, sur des sites où l'émission était uploadée sans cette publicité intrusive.

Ils ont dit
"L'erreur des marques et des chaînes de télévision est de donner du crédit à des personnes alors que leur contenu est néfaste."
Akim Omiri

Dans l'une de vos dernières vidéos, "Le dernier buzz", vous pointez du doigt les excès de Youtube. Selon vous, les médias sont-ils dans une trop grande quête au buzz ?
Oui, totalement. Il y en a qui sont prêts à tout pour être vus. Ca amène des dérives. Aujourd'hui, tout le monde peut se filmer. Tout le monde a un portable avec un son correct. Certaines blagues au nom du buzz mettent des gens en danger. C'est normal qu'ensuite il y ait des réactions extrêmes quand tu crées quelque chose d'extrême. A la télévision, Cyril Hanouna a fait semblant de tuer quelqu'un et a fait croire à Matthieu Delormeau qu'il serait coupable. Ce n'est plus de la fiction. Ce n'est plus maîtrisé. Il y avait des caméras cachées bon enfant, comme "Surprise sur prise". Une fois la personne piégée, on lui disait aussitôt qu'il s'agissait d'un canular. Dans "Touche pas à mon poste", Cyril Hanouna a fait croire ça à son chroniqueur pendant plusieurs jours. C'est du sadisme ! Il y a une quête de buzz qui est malsaine.

La télévision est responsable de cette dérive ?
En tout cas, la télévision glorifie ce genre de personnes. La télévision glorifie "Les Marseillais" et "Les Ch'tis", des gens qui ont zéro talent et qui n'ont rien créé. Ils en font des soi-disantes stars. Les enfants les suivent sur les réseaux sociaux. Ils les pensent comme des modèles. Je croise des jeunes qui me disent : "Plus tard, je veux être connu". Connu n'est pas un métier. Il faut travailler pour être reconnu. Ce ne doit pas être "j'ai bafouillé sur une phrase" ou "j'ai fait une faute de français", ce n'est pas ça que les jeunes doivent admirer. Les marques ont leur rôle à jouer là-dedans. Si les gens continuent de perdurer dans cet univers, c'est parce que des marques vont les entretenir pour faire de la publicité. Pourquoi eux ? Parce qu'ils ont créé une petite communauté qu'ils vont ensuite faire grandir avec ces marques. Sans les marques, ces personnes-là retourneraient dans l'oubli.

Cette popularité quitte en effet le cadre de la télévision grâce aux réseaux sociaux qui n'existaient pas il y a 15 ans.
Exactement. Il y a 15 ans, certains candidats de télé-réalité ont totalement disparu. Pire, certains sont tombés en dépression ou se sont même suicidés. Avec les réseaux sociaux, les gens s'abonnent à ceux qui ont fait des télés de merde et continuent de les suivre parce qu'ils dévoilent leur quotidien. Il y a un côté assez malsain sur les réseaux sociaux. Je ne suis pas très présent. Je ne fais pas des "stories" tous les jours pour montrer mon quotidien. Je ne veux pas me montrer pour dire : "J'ai rencontré Gad Elmaleh". Je ne ressens pas le besoin de me montrer dans ma vie personnelle. J'aime que les gens me suivent pour mon travail et pas pour des choses futiles. Aujourd'hui, on a l'impression que pour aimer quelqu'un sur les réseaux sociaux, on doit suivre son quotidien, ses sorties, ses rencontres. L'erreur des marques et des chaînes de télévision est de donner du crédit à des personnes alors que leur contenu est néfaste. C'est nauséabond. Ce n'est pas un bon modèle pour la nouvelle génération. Car elle va vouloir reproduire ce que font ces personnes-là, c'est-à-dire dévoiler constamment son quotidien, où elle va, ce qu'elle fait. C'est ça qui me dérange.

Ils ont dit
"Mes vidéos ne sont jamais rentables. Je fais des vidéos pour pouvoir faire des vidéos."
Akim Omiri

Sur votre chaîne Youtube, vous proposez des contenus très qualitatifs qui peuvent concurrencer sérieusement la télévision. De quelle manière Youtube est passé de la vidéo amateure filmée dans une chambre à une fiction avec plus de moyens ?
C'est le fait d'être suivi. Au début, on tourne des vidéos qui ne coûtent pas chères. On arrive à être drôle avec trois bouts de ficelle, avec l'écriture. C'est du montage aussi. Il y a un buzz sur une des vidéos. Ca fonctionne. A ce moment, les marques vont s'intéresser à toi et investir en toi car tu es moins cher que la télévision. Pour certaines marques, ça leur redonne une image plus jeune et plus cool. Ils vont ainsi nous donner les moyens de créer du contenu avec de gros moyens. Quand j'ai réalisé "Révolution des androïdes" avec Cyril (un autre youtubeur, ndlr), j'ai eu une aide d'un éditeur de jeu vidéo. J'ai accepté parce que je trouvais le jeu vidéo génial. Il faut que le produit me plaise. On a accepté parce qu'on a suivi nos envies. On voulait amener quelque chose de qualitatif sur la plateforme. Pour être totalement transparent, la dernière vidéo que j'ai faite, je ne touche quasiment rien, car la production coûte très cher à notre échelle. Mes vidéos ne sont jamais rentables. Je fais des vidéos pour pouvoir faire des vidéos. Mon argent, je me le fais avec mon spectacle au théâtre BO Saint-Martin. Pour le moment, je fonctionne comme ça. Tôt ou tard, j'espère qu'on me contactera pour me donner les moyens de créer un film au cinéma.

Vous bénéficiez des aides du CNC pour certaines de vos vidéos. Avez-vous suivi il y a quelques mois la polémique autour des aides attribuées à Cyprien ?
Pour moi, Cyprien a fait en sorte que le CNC reconnaisse les vidéos Youtube comme de vraies créations. C'est en partie grâce à lui que des youtubeurs touchent le CNC aujourd'hui. Je ne peux pas en vouloir à Cyprien, qui a fait en sorte que ça existe, d'avoir réclamé aussi une part du CNC pour tourner des fictions. Maintenant, je peux comprendre que des gens estiment que Cyprien n'aurait pas dû demander les aides du CNC parce qu'il est le youtubeur français le plus suivi, parce qu'il a des marques qui vont le voir. Ce sont deux partis pris.

Ce qui a également été pointé du doigt était sa présence au sein même de la commission qui accordait les aides aux vidéastes.
Je trouve ça dommage qu'il en fasse partie, oui. Quand il a présenté sa vidéo, il n'était pas parmi ceux qui votaient. Il respectait la règle. Je trouvais ça normal. Des gens vont dire : "Mais il est là quand il faut voter pour d'autres. Ils ont dû se valider entre eux". Je n'y étais pas. Je ne sais pas.

Ce fonctionnement de l'attribution des aides du CNC existe aussi dans les commissions autour des productions au cinéma, dans le jeu vidéo et à la télévision.
Exactement. Ca a toujours été comme ça. Encore une fois, ce sont les gens qui ont voulu créer un buzz. Si je fais une vidéo sur Cyprien, il y aura forcément des gens qui vont cliquer. Des gens vont être contents de pouvoir cracher sur Cyprien.

Ils ont dit
"Si au bout de deux mois l'Etat n'a pas répondu favorablement à ce qu'on demande, les poursuites judiciaires s'enclencheront"
Akim Omiri

Avec plusieurs personnalités comme Guillaume Meurice, Fanny Agostini, Marion Cotillard, McFly et Carlito et Juliette Binoche, vous avez sorti une vidéo dénonçant "L'affaire du siècle" et l'inaction climatique de l'Etat français. Pouvez-vous m'en dire plus ?
Je fais partie de ces influenceurs qui ont adhéré au mouvement "On est prêt". Tous les jours, on essayait de donner aux gens des bonnes pratiques, simples à appliquer pour changer notre manière d'émettre du CO2 au quotidien. Ca s'est fini par une annonce. On attaque l'Etat en justice. Pourquoi ? Parce que celui qui a le plus gros impact au quotidien, c'est l'Etat. Si l'Etat décide d'interdire les pailles en plastique, ça fait des milliers de tonnes de plastique qui ne seront pas reversées dans la mer. Dès que l'Etat prend des mesures, ça change tout. Je peux décider de ne pas utiliser de pailles, mais ça n'aura pas le même impact que si les pailles sont interdites. C'est l'Etat qui a le plus gros impact sur l'environnement et c'est donc à lui d'agir. Vu que l'opinion du peuple ne suffit pas, on est obligé d'utiliser le dernier recours qui est la justice.

Le mouvement "On est prêt" a donc assigné en justice l'Etat français ?
On a envoyé un courrier recommandé à l'Etat qui a deux mois pour répondre. Si au bout de deux mois l'Etat n'a pas répondu favorablement à ce qu'on demande, les poursuites judiciaires s'enclencheront.

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