Thomas Legrand ne veut plus se taire. L'éditorialiste de "Libération" avait été suspendu "à titre provisoire" de l'antenne de France Inter après la diffusion d’une vidéo polémique enregistrée à son insu le mettant en scène, avec Patrick Cohen, en train de discuter avec deux cadres du Parti Socialiste. Il espérait son retour sur les grilles de rentrée de la première radio de France mais n'a jamais vu son nom lors de la publication de l'agenda de septembre. Et pour cause, il a été évincé discrètement du groupe public par son employeur. "Cela fait un an qu’on me balade, et que j’accepte tout", a lâché le journaliste dans une tribune partagée dans les colonnes du "Monde". "In fine, la réponse de la présidence de Radio France (Sibyle Veil, ndlr), un an après, aura été mon invisibilisation totale et durable de l’antenne", déplore celui qui y voit la regrettable efficacité de la "campagne extérieure, mensongère et manipulatrice" qui l’a visé et à laquelle la direction du groupe a, de son point de vue, cédé.
Pourtant, au cours de la saison passée, Thomas Legrand avait bénéficié du soutien de la nouvelle patronne de la station, Céline Pigalle, et avait planché sur une nouvelle série de podcasts pour l’été. Il y a encore une dizaine de jours, ce collaborateur de 18 ans avait été sollicité pour assurer l’éditorial politique de la matinale du samedi matin. "Je voulais bien étudier l’idée, car revenir sur France Inter, c’était une façon de signifier que Bolloré et ses affidés n’avaient pas gagné", se résignait l'ex-animateur de "En quête de politique". Mais ses projets ne verront jamais le jour, malgré les messages envoyés à Sibyle Veil pour plaider sa cause.
"J’entends que Thomas Legrand soit déçu de ne pas être sur l’antenne de France Inter", estime Céline Pigalle face à nos confrères. "Il exige, il réclame, mais ce n’est pas comme ça qu’on obtient quelque chose de moi", rétorque la dirigeante, qui a choisi de confier le poste promis au banni à Camille Vigogne Le Coat, journaliste au "Nouvel Obs". Dans la foulée, Sibyle Veil aurait demandé aux Editions Radio France de mettre un terme à l'écriture du livre "Le Dictionnaire des ismes", une déclinaison des trois saisons de son ex-programme de débats d'idées. Sa suspension aurait également eu des conséquences sur d’autres projets audiovisuels.
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Face à cet effacement progressif, l'éditorialiste politique a été soutenu par la rédaction de Radio France, pour qui "sa mise à l’écart définitive" est synonyme de soumission aux pressions politiques. "Nous sommes indignés par la décision de ne pas réintégrer Thomas Legrand à France Inter", se sont insurgés les syndicats SNJ et SNJ-CGT, ainsi que la société des journalistes de Radio France, dans un communiqué publié le 26 juin, à la fin du dernier exercice.
En septembre 2025, Thomas Legrand et un autre journaliste de l’audiovisuel public, Patrick Cohen, avaient été filmés à leur insu dans un restaurant avec deux responsables du Parti Socialiste. La vidéo, tronquée, avait été diffusée par le magazine d’extrême droite "l’Incorrect", et abondamment relayée par les médias de Vincent Bolloré, CNews, Europe 1, et "le JDD", y relatant une connivence entre l’audiovisuel public et la gauche. France Télévisions et Radio France avaient assigné ces médias en justice pour "dénigrement", point culminant de vives tensions entre les deux camps. Une audience devant le tribunal des activités économiques de Paris est prévue mercredi 2 septembre 2026.
En outre, cette affaire avait entraîné l’ouverture d’une commission d’enquête de l’Assemblée nationale, où les deux institutions médiatiques ont été vivement critiquées par son rapporteur, Charles Alloncle, député UDR allié au Rassemblement national, qui prônent la privatisation de l’audiovisuel public.